Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 6 à 9
doi: en cours

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Partie 1 : Des acteurs et des mouvements

n° 139 2007/3

2007 Informations sociales Partie 1 : Des acteurs et des mouvements

La question familiale, un périmètre incertain

En guise d’introduction

Monique Sassier Ex-directrice de l’Unaf, inspecteur de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche, elle a coordonné l’ouvrage (avec T. Fossier, H. Noguès et G. Brovelli) sur L’avenir des tutelles, Dunod, 2000.
Le monde multipolaire des politiques publiques familiales et sociales recèle complication et complexité. Traversé par des concurrences, il traverse lui-même des frontières et recherche son ou ses périmètres, car ce grand domaine particulier de la famille peut aussi s’élargir et englober tous nos modes de vie qui sont, chacun à leur niveau, ressortissants de la famille.
La plupart des acteurs des politiques en direction des familles sont indécis concernant le statut et le périmètre à donner à la question familiale. Elle est le plus souvent traitée comme une politique publique institutionnelle, mais chacun hésite sur sa configuration : la famille est-elle publique, privée, contractuelle, intime ? Dépend-elle de l’État, d’un acteur de proximité ou reste-t-elle un dernier havre secret de nos vies qui fait que chacun lui confère la limite qu’il oppose à l’intervention de l’autre ? Ainsi, l’État ne doit-il pas intervenir dès lors qu’elle est en difficulté ? La fonction universelle de la politique familiale est interrogée.
Informations sociales a choisi de faire intervenir dans ce nouveau dossier les acteurs des politiques en direction des familles car ils détiennent une compréhension de l’histoire et une part du devenir de ces politiques. Leur discours nous renseigne sur l’état des lieux de la famille et sur la manière dont ce domaine s’est construit et évolue. Qu’appelons-nous désormais “la politique familiale”, ou plutôt les politiques en direction des familles ?
Dans une première partie, “Des acteurs et des mouvements”, nous suivons les méandres de l’histoire faite par les hommes et les femmes du siècle dernier. Tout d’abord, nous souhaitions retourner aux racines et en retrouver les acteurs, ceux qui ont construit les repères fondateurs et les soubassements de ce qui deviendra une démarche institutionnelle. Ensuite, nous voulions comprendre quels ont été les artisans d’une forme avancée de rationalisation de l’action publique familiale qui se traduit dans la LOLF aujourd’hui, forme d’esprit gestionnaire auquel la famille et ses politiques n’échappent pas. Quels sont les personnages importants qui ont permis de transformer l’ensemble des initiatives pour en faire système ? Michel Chauvière et Rémi Lenoir nous parlent d’eux.
Mais les cartes ne sont jamais définitivement jouées : la décentralisation a produit de nouvelles évolutions qui sont de deux ordres au moins.
Tout d’abord, une redistribution du jeu entre les échelons national, départemental et communal a eu lieu, qui croise une implication nouvelle des acteurs. Dans ce contexte, les familles elles-mêmes ont-elles pris la main ? Mais surtout quelles familles ont pris la main ? C’est ATD (Aide à toute détresse) qui nous répondra quant à sa conception de rester “un acteur inédit qui brise l’entre-soi des acteurs officiels”.
Vient ensuite une réorganisation des jeux de pouvoir : Sylvain Lemoine exprime son point de vue et interroge, pour demain, la place de l’acteur de la CAF, emblématique des changements possibles : gestionnaire, partenaire ou créateur de politiques familiales et sociales ? Les associations seront-elles partie prenante de la conception de l’avenir ou choisiront-elles d’être délégataires de la mise en Å“uvre ? Quelle place pour le conseil général, et ce au-delà des textes ?
Comment lit-on dans les différentes contributions d’acteurs qui exposent leur point de vue et, de ce fait, s’exposent la place que ceux-ci entendent investir pour protéger les droits des familles ? Comment penser les “dosages” entre investissement et efficacité de gestion ?
Dans une deuxième partie, “Périmètres et frontières”, nous avons choisi une méthode plus impressionniste et proposé aux auteurs de débattre du ou des périmètres des politiques familiales. Peut-on encore penser différemment le familial et le social ?
Tout d’abord, des médiateurs, intervenants sociaux et aidants familiaux, définissent leur action en fonction du pragmatisme de la demande et de leur offre. Inscrits dans une logique de déspécialisation, ils dessinent le périmètre en fonction de leurs mouvements. Les frontières sont celles qu’ils tracent, notamment en l’absence de définition de leurs missions. Quel est le rôle pour les familles au sein des réseaux d’écoute et d’appui des parents ? Benoît Bastard le trouve, quant à lui, plutôt restreint.
Mais bien d’autres experts interrogent les périmètres. Anthropologues et sociologues sont des acteurs puissants en ce domaine. Et s’il semble que les seconds aient pris le pas sur les premiers, c’est que les frontières sont mouvantes entre les dimensions (biologique, sociale et juridique) de la parenté. Tout serait-il famille ? Julien Damon, en observateur des dépenses publiques, trace les cercles des coûts et se demande si tout ne fait pas famille, de la maternité à la retraite.
Nous découvrons au fil des exposés combien la représentation professionnelle et personnelle de chacun forge un périmètre à sa mesure, dans une fonction subjective invisible, mais pour autant bien présente. Il est néanmoins plus intéressant encore de considérer combien le législateur a déjà intégré les évolutions donnant ainsi figure humaine et familiale à ces politiques : par exemple, comment la réforme des successions et des libéralités, implicitement, fait beau jeu à la liberté individuelle, à la prise en compte des sentiments dans la définition du lignage… inaugurant un périmètre renouvelé par le désir de l’individu.
Dans la troisième partie, “Des acteurs différenciés en France et en Europe”, Jérôme Minonzio mesure combien leur recensement ressemble à “l’air du catalogue” chez Don Giovanni, tant le paysage est éclaté au niveau local principalement, plus encore qu’au niveau national. L’angle de vue est celui de l’évaluation.
Quant au niveau européen, les périmètres semblent à tout le moins incertains, voire absents, le plus souvent articulés à ceux de l’emploi pour développer la conciliation des temps : travail et famille.
Ce numéro nous enseigne surtout qu’en ce domaine, il faut compter avec les êtres qui ont fait, qui font et qui feront l’histoire. Au centre des préoccupations devra se trouver et se maintenir l’équilibre intime entre le privé et le public. Il conviendra également d’être attentif au positionnement de la famille dans le réseau des acteurs.
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