2007
Informations sociales
Partie 2 : Périmètres et frontières – ••• en contrepoint
L’usager : un nouveau protagoniste ?
Alain Vulbeau
Laurent Barbe, Une autre place pour les usagers ?, Paris, La Découverte, 2006
À quelles conditions l’usager des secteurs social et médico-social peut-il occuper la place d’un acteur à part entière ? Laurent Barbe répond à cette question en insistant sur trois points : la loi, l’éthique, la technique.
La loi dite de 2002-2 a le triple objectif de “refondre le pilotage des politiques publiques, le triptyque planification-autorisation-financement et les obligations pesant sur les établissements et services”. Dans ce cadre légal, l’usager devient un acteur pourvu de droits en termes de dignité, d’information, d’expression et de libertés individuelles. Ce dernier aspect peut se détailler de la manière suivante : respect de la vie privée, intimité, sécurité, droit de donner son avis sur l’action le concernant, droit de regard sur le fonctionnement de la structure, citoyenneté et vie familiale. À cet effet, la loi envisage des outils comme la charte des droits et libertés, le livret d’accueil, le règlement, le médiateur, le contrat de séjour et des instances de participation.
Selon l’auteur, cette loi ne peut être pleinement appliquée que si le travailleur social se dote d’une éthique relationnelle fondée sur une image plurielle de l’usager. L’intervention professionnelle doit être intégrée dans une cohérence où s’imbriquent les différentes professionnalités, et il est nécessaire d’obtenir l’adhésion de la personne prise en charge. Plus fondamentalement, il ne faut pas penser l’usager comme un cas social mais comme un être complexe à la fois sujet de droit, sujet politique, “autre, frère ou prochain”, être social, etc. L’auteur suggère même de faire appel à une notion paradoxale où l’usager doit aussi être considéré comme un mystère, c’est-à-dire une personne qui ne peut pas être totalement transparente aux savoirs, aux techniques et aux disciplines en usage dans le travail social.
Si l’usager-acteur est porteur d’une nouvelle compétence sociale au sein de la structure d’accueil, cela n’implique pas un désinvestissement du travailleur social. Il est nécessaire d’accompagner l’évolution de la situation de l’usager par la mise en place de dispositifs et de réflexions. L’auteur reprend point par point les principes de la loi, puis, à partir de constats sur le fonctionnement actuel des structures, propose des pistes d’action s’appuyant sur des expérimentations en cours. Le cas du livret d’accueil permet de pointer différentes initiatives : ainsi une structure pour personnes handicapées a mis au point un document avec des pictogrammes expliquant des fonctionnements. La question de l’association des usagers aux décisions qui les concernent renvoie au problème des désaccords et des tensions au sein d’une structure. L’auteur suggère que, par le dialogue, on parvienne à la contractualisation aussi bien sur des points fondamentaux que sur des aspects plus mineurs liés à la vie quotidienne.
F. Dubet a justement défini le travail social comme un “travail sur autrui”, mais avec les analyses de ce livre, l’usager-acteur contribue à créer le travail avec autrui.