Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 123 à 124
doi: en cours

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Partie 3 : Stratégies des familles et interventions publiques - en contrepoint

n° 141 2007/5

2007 Informations sociales Partie 3 : Stratégies des familles et interventions publiques - en contrepoint

Vivre ou survivre

Paule Paillet
Un sens à la vie est un livre de rencontres. Rencontres de l’auteur avec les gens de la cité HLM dont elle est gardienne. Rencontres du lecteur avec des vies aux marges de notre société, où l’inhumanité se confronte à la volonté d’exister, pour soi et pour les autres, malgré tout. Livre optimiste ? Sûrement pas. Mais dont le pessimisme ne doit rien à un apitoiement stérile. Une suite d’épisodes où certains protagonistes se retrouvent fugitivement. Un style lyrique qui capte d’emblée l’intérêt, un lyrisme sans grandiloquence, une parole que l’on surprend, des objets entrevus par une porte à demi ouverte.
C’est un univers de la précarité : des appartements, des squats où l’eau et l’électricité manquent souvent, où courent les blattes. Un univers du no futur où l’avenir est incertain, le bonheur improbable, l’amour gangrené par le chômage, l’alcool, ou les images des traumatismes d’autrefois. Un monde vide où les habitants ont perdu leur ancrage, leurs repères, un monde saturé de menaces. La promiscuité engendre le racisme, conduit au meurtre à cause d’une haine imbécile, ressassée jour après jour. Les esprits sont formatés : lorsque, à la suite d’un obscur règlement de compte, l’appartement d’un jeune couple est mis à sac, la compassion des voisins ne va qu’au jeune garçon : “Quand on fait des enfants, il faut les assumer.” C’est le signe d’un bien-penser conventionnel. La transmission du malheur se niche dans des comportements qui veulent en venir à bout : une femme élevée dans la crasse et le désordre appelle sa fille Blanche ; ce prénom constitue une dénégation, peut-être inconsciente, de ses jours chaotiques et sordides, mais elle bat sa fille pour lui apprendre les bonnes manières… Cette bonne volonté dévoyée, cette tentative ratée de conjurer le sort sonnent comme une condamnation de l’espoir. Blanche, c’est un symbole. Dominique Bourgon se contente de suggérer avec force la détresse de l’homme anéanti. La vie quotidienne dans le HLM est pauvre culturellement. Hors de la cité, le travail pour ceux et celles qui en ont un n’est pas non plus le lieu où restaurer l’image de soi, retrouver son humanité. En usine, les cadences du travail à la chaîne, d’une harassante monotonie, lacèrent les corps de douleur et anesthésient l’esprit. Le SBAM (Sourire, bonjour, au-revoir, merci), strictement surveillé par la direction pour les caissières de grande surface, ne laisse plus de sourire le soir pour le compagnon.
Il y a beaucoup de malheur dans cet univers où l’on peut mourir sans que presque personne ne s’en aperçoive. Mais pas que du malheur, de l’énergie aussi. La mère qui proclame le droit de sa petite fille au rêve, face à l’assistante sociale qui soutient qu’elle n’a besoin que de vitamines. La rage orchestrée par les coups assenés sur les machines par les ouvrières d’une usine – où elles ont pourtant été humiliées – qui vient de fermer. Sans un seul mot de théorisation, le constat que propose l’auteur de notre société est profondément politique.
·  Dominique Bourgon, Un sens à la vie, Le Seuil, 2007.
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