2007
Informations sociales
Partie 3 : Stratégies des familles et interventions publiques - en contrepoint
Une lettre ouverte au ministre
Alain Vulbeau
Ce livre a un projet double : il raconte les étapes de la vie d’un jeune adulte de Seine-Saint-Denis, issu d’une famille française kabyle, et il témoigne de la discrimination qui frappe les populations pauvres ayant connu l’immigration. L’auteur prend le parti de faire une sorte d’auto-reportage sur sa propre vie, en se servant de sa compétence professionnelle puisqu’il est aujourd’hui journaliste pour la presse audiovisuelle. Cet auto-reportage se présente en même temps sous la forme d’une lettre ouverte qu’il adresse à N. Sarkozy, ministre de l’Intérieur au moment de la publication du livre, et lui également fils d’immigré de Hongrie. Ce qui donne une tonalité très particulière, entre interpellation provocante et analyse sociopolitique de la réalité contemporaine de la vie en banlieue.
L’expérience de l’auteur est marquée d’abord par la vie dans une cité de Seine-Saint-Denis, avec, très tôt, la honte d’être pauvre et d’avoir des parents immigrés. Ce qui le conduit à s’inventer des cadeaux fictifs à la rentrée des vacances de Noël pour pouvoir ressembler à ses camarades de classe. Au moment de la sortie de l’école, il s’enferme dans les toilettes pour cacher qui est sa mère, femme simple qui ne connaît pas les codes vestimentaires et linguistiques en vigueur. Dernier d’une famille de neuf enfants, il est élevé par ses frères et sĹ“urs et surtout par un frère aîné qui s’efforce de le protéger de problèmes sérieux qui commencent à toucher la cité : la violence et la drogue.
Son expérience juvénile passe aussi par le décrochage scolaire, le racisme et la relégation. Avec sa “gueule de Karcher”, il ne peut aller en boîte, trouver un emploi et doit sans arrêt apprendre à se contenir devant la police. Il s’enfonce peu à peu dans la délinquance et se retrouve en prison. Pour rompre ce cycle, il décide de partir le plus loin possible. C’est en Australie, pays qu’il traverse à vélo, qu’il découvre une vie normale, sans racisme à son encontre. C’est même là qu’il éprouve le sentiment d’être réellement français. Après un retour malheureux en France, il repart vivre plusieurs années en Australie et en prend la nationalité. Lorsqu’il revient en France, il suit avec succès des études pour devenir journaliste. Il découvre un monde auquel il n’avait pas eu accès jusque-là, mais le racisme ou, à tout le moins, un certain paternalisme postcolonial règne toujours à son encontre. Son livre est une façon de poursuivre son trajet sans oublier d’où il vient.
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N. Dendoune, Lettre ouverte à un fils d’immigré, Paris, Éditions Danger public, 2007.