Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 27 à 28
doi: en cours

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Partie 1 : Données de contexte - en contrepoint

n° 141 2007/5

2007 Informations sociales Partie 1 : Données de contexte - en contrepoint

Errance et placement

Caroline Helfter
Certains événements survenus pendant leur enfance ont une influence notable sur les difficultés actuelles des utilisateurs de services d’aide aux sans-domicile. C’est très nettement le cas du placement, explique le chercheur Jean-Marie Firdion [1]. L’enquête réalisée en 2001 par l’INSEE auprès d’un échantillon représentatif de 3 027 personnes fréquentant les structures d’hébergement ou les distributions de repas chauds – 1 940 hommes et 1 087 femmes – met ainsi en évidence la surreprésentation des personnes qui ont été placées en famille d’accueil ou en institution durant leur minorité : 30 % des sans-domicile ont vécu cette situation (28 % d’hommes et 32 % de femmes), soit une proportion sans commune mesure avec celle de 2 % qui se rencontre dans la population générale “avec logis”.
Il s’avère, en revanche, impossible de distinguer l’effet propre du placement sur la situation présente des usagers de services d’aide, de celui qu’ont pu avoir les circonstances ayant précédé, causé ou suivi la décision de les écarter de leur famille. Au regard du contexte familial qui a été le leur pendant l’enfance ou l’adolescence, les sans-domicile ne semblent, en effet, pas se distinguer des personnes logées ayant également connu le placement. Violences intrafamiliales, parents malades ou décédés, difficultés financières de la famille : comme dans la population générale, ces trois facteurs augmentent chez les sans-domicile fixe la probabilité d’avoir été placés.
Cet antécédent influence durablement leur vie d’adultes. Par rapport à l’ensemble des sans-domicile, ceux qui l’ont vécu présentent une vulnérabilité accrue. Jean-Marie Firdion observe en outre que le risque d’avoir subi une agression aux cours des deux dernières années est supérieur de 40 % chez les hommes ayant été placés, et presque de 80 % chez les femmes. Comme si d’avoir passé son enfance dans un contexte rude n’avait pas permis aux intéressé(e)s d’apprendre des modes de résolution non violente des conflits ni de développer une suffisante estime d’eux-mêmes pour se protéger, avance le chercheur. Dans un tout autre domaine, celui du recours aux services sociaux, l’effet du placement est également très important, mais il se fait seulement sentir chez les hommes : ces derniers ont une probabilité plus élevée (de près d’un quart) d’avoir entrepris une démarche récente auprès d’un bureau d’aide sociale. Le placement aurait-il émoussé la confiance des femmes dans les institutions ?
 
NOTES
 
[1]In Économie et statistique, nos 391-392, INSEE, 2006, 14,80 euros.
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