Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 55 à 55
doi: en cours

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Partie 2 : Modes de vie des familles

n° 141 2007/5

2007 Informations sociales Partie 2 : Modes de vie des familles

La communauté contre le communautarisme ?

Jacques Barou
Les politiques d’intégration tendent souvent à présenter le lien communautaire comme incompatible avec la citoyenneté républicaine. Or ce lien demeure très présent et n’est pas exclusif du développement d’une conscience d’appartenance à une plus large entité.
Les individus se pensent d’abord fréquemment comme membres d’un groupe aux limites concrètes dans lequel ils se sentent reconnus en tant qu’acteurs à part entière. C’est au sein de ce groupe qu’ils trouvent d’abord une entraide, une solidarité directe et une convivialité, c’est-à-dire une possibilité de partager des temps forts avec des gens qui ont des références et une mémoire communes. Celui-ci, qui peut être appelé “communauté”, n’est pas systématiquement lié à une origine étrangère ni à une appartenance religieuse. Il ne s’agit pas de la communauté abstraite, fondée sur la conscience d’avoir des intérêts communs, sur l’acceptation de lois communes et sur la culture d’une différence avec le reste de la population. Il ne s’agit pas non plus d’une communauté de circonstance, comme le groupe informel constitué par des gens que divers processus de marginalisation ont conduits à se retrouver ensemble dans les mêmes lieux et qui n’ont pour tout fondement de lien social qu’un sentiment flou de rejet. C’est une communauté qui dispose d’une certaine capacité d’organisation à caractère pérenne et qui est susceptible de sécréter des leaders qui ne soient ni des représentants autoproclamés tenant leur légitimité de la reconnaissance qu’ils parviennent à obtenir de l’extérieur, ni des caïds qui s’imposent à travers des rapports de force. Si ce type de communauté dispose d’une hiérarchie, celle-ci ne peut être fondée que sur des rapports de confiance interne non institutionnalisés.
La plupart des travaux sur les migrations ont fait ressortir une tendance à la reconstitution, dans le pays d’accueil, de milieux sociaux et culturels inspirés de l’organisation de la société de départ. La grande majorité des migrants ont d’abord connu diverses formes de regroupements avant de se disperser, avec des destins variés, dans leur société d’adoption. La communauté leur aura servi de milieu protecteur et régulateur avant qu’ils puissent évoluer à l’aise dans leur nouveau pays.
De ce point de vue, elle est une réalité concrète toujours susceptible d’évoluer. En tant que milieu d’entraide et de socialisation, elle peut jouer un rôle qui prépare ses membres à exercer des responsabilités de citoyens. Les déficits de socialisation observés chez les jeunes des quartiers dits difficiles ne sont pas liés à des replis communautaires mais, au contraire, à l’affaiblissement ou au dysfonctionnement de communautés qui ne parviennent plus à transmettre des valeurs et à apprendre la vie en société. C’est en figeant les communautés, en leur déléguant la gestion totale du devenir de leurs membres que l’on crée un phénomène de communautarisme.
Dans les quartiers sensibles, les pouvoirs publics, en quête d’interlocuteurs, désignent souvent de fait des leaders censés représenter les diverses composantes de la population, ce qui revient à leur reconnaître une existence indépendante les unes des autres. Ne faudrait-il pas plutôt partir des communautés existantes et les inciter à identifier des intérêts communs jusqu’à se fondre en une communauté de quartier ?
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