2007
Informations sociales
Partie 2 : Modes de vie des familles - en contrepoint
Ségrégation sociale et scolaire : le cumul des inégalités
Caroline Helfter
Au cÅ“ur des débats contemporains, la question du rapport entre cohésion sociale et mixité résidentielle constitue un thème majeur d’analyse des sociologues. Marco Oberti, chercheur à l’Observatoire sociologique du changement, l’aborde en se plaçant sur le terrain de l’école
[1] . Pour ainsi dire victime de son succès, explique-t-il, celle-ci n’est plus à même d’offrir à chacun la même éducation, indépendamment de son origine sociale, mais aussi de son lieu de résidence. Faisant l’objet de très grandes attentes de la part des parents, le champ scolaire est, en effet, devenu un espace de concurrence pour l’obtention des meilleurs titres. Dans ce contexte, analyse le sociologue, l’accès aux établissements présentés comme les plus performants d’un côté et l’évitement de ceux perçus comme les plus disqualifiés de l’autre participent simultanément d’une tendance au renforcement de la ségrégation scolaire. À cet égard, la logique territoriale de la carte scolaire, qui détermine l’établissement public d’affectation des élèves selon leur lieu de résidence, ne fait que valider les inégalités socio-économiques. En effet, comparativement à ceux des communes et arrondissements populaires, les collèges et lycées des secteurs les plus favorisés bénéficient d’une plus grande richesse en options, langues rares, sections internationales et autres classes à horaires aménagés. D’où l’avantage de résider à proximité ou, si tel n’est pas le cas, de connaître finement l’offre éducative – et les circuits de l’institution – pour faire le choix d’un programme spécifique permettant de rallier, par dérogation, ces “pôles d’excellence” – quand ce n’est pas, tout simplement, en produisant une adresse fictive. À la lumière des pratiques des familles les mieux nanties, qui sont les plus nombreuses à recourir à la scolarisation hors secteur, Marco Oberti souligne que, loin d’être le simple reflet de la ségrégation urbaine, la ségrégation scolaire se trouve ainsi renforcée par les comportements des parents. Effet paradoxal d’une mesure visant à agir en faveur de la mixité sociale, la sectorisation joue, ainsi, de façon parfaitement inégalitaire au profit des familles les plus favorisées qui sont les mieux à même de s’y soustraire. En revanche, les classes populaires voient leur assignation spatiale renforcée par une assignation scolaire qui fonctionne de manière beaucoup plus efficace à leur égard.
[1]
Voir “La dissociation sociale et scolaire de l’espace urbain”
de Marco Oberti, in
L’épreuve des inégalités,
sous la direction d’Hugues Lagrange, PUF, 2006, 376 p., 24 euros.