2007
Informations sociales
Partie 1 : Les fondements d’un droit à la protection des travailleurs - en contrepoint
Redécouvrir Jean Fourastié
Même s’il n’avait pas imaginé la fameuse expression “les Trente Glorieuses” pour désigner l’extraordinaire essor économique des années 1945-1975, pendant lesquelles le pouvoir d’achat des Français a augmenté de 200 % en raison d’un taux de croissance annuel de l’ordre de 7 %, le nom de Jean Fourastié (1907-1990) serait certainement passé à la postérité.
À travers les ouvrages qu’il a publiés et les chroniques qu’il a tenues dans la presse, Jean Fourastié a en effet initié les Français à une discipline, l’économie, qui, jusque-là, passait soit pour une spéculation purement théorique, soit pour un ensemble de recettes apprenant à celui qu’on n’appelait pas encore “le consommateur” à dépenser avec raison.
Bien des idées que Jean Fourastié a émises il y a une cinquantaine d’années sont aujourd’hui si répandues qu’on serait tenté de penser qu’elles appartiennent à une sorte de savoir spontané proche de l’évidence, et que nul ne saurait contester.
L’une des pistes les plus fécondes qu’il a suivies est celle des incidences de l’accélération du progrès technique (mécanisation, robotisation et informatisation), qu’il appelle “productivité” et dont il avait pressenti, dès 1949, qu’elle allait bouleverser non seulement le mode de production mais aussi les rapports sociaux. Sa conviction était que la distinction classique établie par Colin Clark entre secteurs primaire, secondaire et tertiaire (production, transformation et services) devait être révisée pour prendre en compte les progrès que les technologies et la rationalisation des méthodes apportent – de façon différentielle – à chacun d’entre eux.
Au final et contre une idée communément répandue, Jean Fourastié a souligné le mouvement continu de baisse des prix “réels” en comparant ceux-ci, sur une longue période, au salaire horaire d’un manÅ“uvre homme, adulte, non qualifié, et en montrant que cette baisse, même si le prix “monétaire” est plus élevé, est directement proportionnelle à l’amélioration de la productivité.
Sur la question du travail, son analyse l’a conduit à cette anticipation, amplement vérifiée depuis dans les faits, que les carrières professionnelles ne suivraient plus des trajectoires linéaires mais qu’un même individu exercerait successivement des activités différentes au cours de sa vie. Là encore se manifesterait un effet du progrès technique : à une date où l’informatique était, pour le commun des mortels, autant un argument de science-fiction (les “cerveaux artificiels”) qu’une technique véritable, Jean Fourastié percevait clairement que de nombreuses activités, principalement dans les secteurs de la transformation et des services, étaient destinées, grâce à cette science nouvelle, à passer dans les secteurs à progrès technique et à forte productivité, avec, pour contrepartie, l’obligation d’une formation ininterrompue et des changements profonds dans les métiers auxquels celle-ci conduit.
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Pierre Grelley, “Productivité et richesse des nations”, recueil de textes de Jean Fourastié, Paris, Gallimard, 2005, 628 p., 17 euros.