Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 25 à 25
doi: en cours

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Partie 1 : Les fondements d'un droit à la protection des travailleurs - La pensée de…

n° 142 2007/6

2007 Informations sociales Partie 1 : Les fondements d’un droit à la protection des travailleurs - La pensée de…

Otto Eduard Leopold von Bismarck (1815-1898)

Comte, puis prince, Bismarck ne fait en rien partie des écrivains, des sociologues, des économistes, des philosophes progressistes ou des doux poètes… Homme politique à l’origine de l’unité allemande, il fut parlementaire prussien et diplomate polyglotte avant de devenir le premier chancelier de l’Empire qu’il contribua à édifier, à coups de guerres notamment. Artisan de la victoire sur la France en 1871 (et de l’annexion de l’Alsace-Lorraine…), il est un héros national outre-Rhin. Dans le monde du social, il est connu pour avoir donné son nom à un certain type de régime social : le genre “bismarckien”. En un mot, il s’agit des systèmes d’assurance sociale attachés au travail, reposant sur une solidarité socioprofessionnelle. Le travailleur et sa famille sont protégés par des assurances obligatoires.
En réponse à l’agitation socialiste et pour combattre les socio-démocrates, Bismarck engage, à la fin du xixe siècle, une série de réformes sociales qui firent de l’Allemagne, dans un contexte de profondes mutations économiques, un grand précurseur en matière de protection sociale. Interdisant, d’un côté, le parti social-démocrate, il introduit, de l’autre, des législations très novatrices et favorables aux partisans potentiels de la social-démocratie ou du socialisme. Le dessein bismarckien était clair : “Messieurs les démocrates joueront vainement de la flûte lorsque le peuple s’apercevra que les princes se préoccupent de son bien-être.” En 1883 est ainsi mis en place le premier système d’assurance maladie obligatoire pour les ouvriers. L’édifice repose sur des institutions particulières dont la gestion est confiée aux représentants ouvriers. À partir de 1884, les industriels doivent cotiser à des caisses qui gèrent le risque d’accident du travail. Enfin, en 1889, une loi sur l’assurance vieillesse met en place des retraites (qui pouvaient être prises à 65 ans – âge qu’on atteignait rarement à l’époque).
Tous ces éléments sont au fondement d’une première forme de sécurité sociale intégralement attachée à l’emploi. Institutionnellement, ce sont les employeurs et les travailleurs qui cotisent à des caisses, celles-ci étant gérées par des représentants du patronat et du salariat. Ainsi responsabilisés, les partenaires sociaux, tout de même très encadrés par l’État, s’accordent pour protéger les travailleurs. Tout ce système, né de craintes liées au progrès du mouvement socialiste, inspirera de nombreux pays, dont le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Autriche, l’Italie, la Belgique ou la France.
Bismarck n’était ni un tendre ni un rêveur. Sa démarche consistait principalement à encadrer et à satisfaire un prolétariat grandissant qui s’organisait en syndicat. Sa vision politique, très conservatrice et militarisée, tenait en quelques formules, célèbres. “Ce n’est pas par des discours et des votes de majorité que les grandes questions de notre époque seront résolues, mais par le fer et par le sang.” À la base donc d’une vision et d’une organisation de la protection sociale, tout comme d’un Empire et de conflits d’envergure, Bismarck verra ensuite son nom donné, en particulier, à un cuirassé de 40 000 tonnes (coulé en 1941) et à un archipel à l’est de la Papouasie. Destinée personnelle (et sémantique) d’exception pour un personnage qu’on pourrait décrire comme un grand-père fondateur, inattendu, du système de protection sociale actuel.
·  Julien Damon, Pensées et souvenirs, 1898.
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