Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 83 à 84
doi: en cours

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Partie 2 : Des populations emblématiques, des situations problématiques - en contrepoint

n° 142 2007/6

2007 Informations sociales Partie 2 : Des populations emblématiques, des situations problématiques - en contrepoint

L’emploi en mutation

La notion d’emploi ne renvoie pas seulement à l’activité d’une personne au travail : elle permet, de façon plus large, de penser des situations collectives et des politiques. L’emploi est un ensemble de droits et de règles, une trajectoire de vie et une composante du statut social. Ses mutations ont des effets sur différents niveaux, comme les normes d’emploi, les dynamiques salariales ou la durée et les conditions de travail.
Il s’était stabilisé sur un ensemble de normes : salariat, CDI, employeur unique et protection sociale contre les différents risques de la vie. Depuis au moins trois décennies, on assiste à une fragmentation de ces normes qui débouche sur ce que les auteurs diagnostiquent comme une “balkanisation” du statut de l’emploi.
Dès le milieu des années 1970, les formes particulières d’emploi (intérim, CDD, temps partiel) ont fait leur apparition pour s’installer durablement et de façon significative. En 2003, le CDD est devenu la norme du recrutement dans les entreprises du secteur privé de plus de dix salariés, avec 70 % d’embauches sous ce dispositif. L’extension du travail à temps partiel, qui concerne désormais 17,5 % des actifs, correspond à une flexibilisation de la relation d’emploi. Une conséquence de cette mutation peut s’observer avec la déstabilisation du SMIC comme garantie de revenu. Désormais, 3,5 millions de personnes, dont 80 % de femmes, reçoivent un salaire inférieur au SMIC mensuel, constituant une part de ce que l’on appelle les travailleurs pauvres.
Les politiques de l’emploi ont institué les emplois aidés, essentiellement à destination des jeunes qui sont 2,2 millions concernés par ces dispositifs. Souvent fondé sur un principe d’exonération des charges sociales, ce nouveau type d’emploi développe un transfert de financement de la protection sociale des employeurs vers l’État. Ce “dédouanement” de prise en charge correspond à une déresponsabilisation des entreprises. Plus généralement, les formes particulières d’emploi prennent le risque d’encourager l’extension d’emplois de faible qualité qui émargent aux budgets de l’État sans protéger de façon durable contre le chômage. Les populations qui constituent les cibles privilégiées des mutations de l’emploi sont les jeunes, les femmes, les travailleurs âgés et les immigrés. Loin d’être des populations marginales affectées par des dispositifs périphériques, les auteurs insistent sur leur importance quantitative au regard de ce qui constituait autrefois la norme du salarié : l’homme autochtone de 25-50 ans. De plus en plus, les jeunes sont affectés par le “basculement générationnel”, c’est-à-dire l’incertitude d’avoir un sort plus favorable que celui de leurs parents. Les femmes font face à des discriminations diverses concernant les salaires et les postes. L’usage de la main-d’Å“uvre immigrée ou d’origine immigrée apparaît comme un instrument de pression sur la condition salariale.
Signalons que cet ouvrage prend en compte systématiquement la dimension européenne : les auteurs concluent que la France a plutôt suivi les recommandations communautaires et ne se situe pas dans une supposée exception nationale.
·  Alain Vulbeau, IRES, Les mutations de l’emploi en France, Paris, La Découverte, coll. “Repères”, 2005.
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