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Informations sociales

2007/7 (n° 143)

  • Pages : 148
  • Éditeur : CNAF


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La fameuse apostrophe de Voltaire dans Candide à propos du conflit entre la France et l’Angleterre : “Vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada, et qu’elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut !” traduit bien l’incompréhension que la France – y compris du fait de ses meilleurs esprits – a parfois manifestée à l’égard du Québec.

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Les premiers Français à aborder sur les rives du Saint-Laurent, Thomas Aubert en 1508, puis Jacques Cartier en 1534, y rencontrèrent, comme ce dernier le raconte dans son journal, des Amérindiens et des Iroquois qui leur parurent, de prime abord, plutôt accueillants envers les étrangers. Cette époque (1508-1607) fut celle d’une série d’explorations visant à découvrir une voie maritime vers la Chine et, accessoirement, à rapporter du poisson. Cette partie du Canada, sans avoir été alors réellement colonisée, gagna cependant, dès 1524, sur les cartes le nom officieux de Nouvelle-France. Dix ans plus tard, Jacques Cartier, au terme du premier de ses trois voyages, plantait l’étendard royal sur le territoire aujourd’hui appelé Gaspésie. Chargé, en 1541, de fonder une colonie en Amérique, le navigateur, sa mission accomplie, revint en France en rapportant en abondance ce qu’il croyait être de l’or et des diamants… et qui n’était que des minéraux banals et des cristaux de quartz, fondant par cette erreur même la réputation d’un Canada qui ne serait que terre d’illusions, ce qui explique peut-être le mépris qu’il inspira plus tard à Voltaire.

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La mésaventure découragea quelque temps les colonisateurs en puissance. Mais la nécessité d’assurer le ravitaillement des pêcheurs et des chasseurs de peaux ramena les navires de guerre et, en 1608, Samuel de Champlain fonda la ville de Québec, à partir de laquelle toute la péninsule fut progressivement conquise grâce à des alliances avec les autochtones algonquins et hurons contre les Iroquois.

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La colonisation connut deux époques : celle, “capitaliste”, du régime des compagnies à charte, pendant laquelle le développement du pays fut confié à des sociétés commerciales (1627-1662), puis celle, “politique”, du gouvernement royal (1663-1760), caractérisée par la mise en place, à l’initiative de Louis XIV, d’institutions destinées à administrer le territoire et dirigées par un intendant et un évêque.

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La guerre – dite de Sept Ans – contre les Anglais que Voltaire évoquait fut perdue par la France, que le traité de Paris, en 1763, obligea à choisir entre sa colonie de Nouvelle-France ou ses colonies des Antilles. Et le Canada devint ainsi anglais.

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Ce que les armes n’avaient pas pu conserver a été préservé par la culture. Dès la conquête anglaise, les Canadiens francophones, partisans ou non de l’indépendance de la province et très majoritaires au Québec, se sont dressés contre l’usage exclusif de la langue anglaise. Après la fameuse allocution du général de Gaulle s’écriant, en juillet 1967, “Vive le Québec libre !”, depuis le balcon de l’hôtel de ville de Québec, deux lois, la loi 22 adoptée en 1974 et la loi 101 de 1977, ont organisé et légitimé le bilinguisme dans la Belle Province. Cette fois-ci, c’est vous qui avez fait le Huron, M. Voltaire…

Pour citer cet article

Grelley Pierre, « Ils sont anglais, est-ce la faute à Voltaire ? », Informations sociales 7/ 2007 (n° 143), p. 91-92
URL : www.cairn.info/revue-informations-sociales-2007-7-page-91.htm.

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