2007
Informations sociales
Le social en recherche
Le social en recherche
— Pierre CHAUVIN, Isabelle PARIZOT, Nadège DROUOT, Nathalie SIMONNOT, Anne TOMASINO, Enquête européenne sur l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière. Observatoire européen de l’accès aux soins de Médecins du monde, Médecins du monde, 62 rue Marcadet, 75018 Paris, juin 2007, 74 p. téléchargeable sur www.mdm-international.org
— Pierre MULLER, Xavier PETILLON, Gabrielle BRIZARD, Observation sociale des territoires de Maine-et-Loire, INSEE, pays de la Loire, 105 rue des Français Libres, BP 67401, 44274 Nantes, cedex 2, février 2007, 48 p. www.insee.fr/pays-de-la-loire
— Gilles BOULIDARD, Philippe CAFFIN, L’observation, quels indicateurs, pour quelles finalités ?, Centre de ressources de la politique de la ville, Bretagne Pays-de-Loire, 19 rue Romain-Rolland, 44100 Nantes, juillet 2006, 39 p. www.resovilles.com
— Tim GREACEN, Thomas SAÏAS, Christelle GOLDNER, Pascale TESSIER, Les troubles psychiques en centre maternel, Centre de Chaligny, 15, rue de Chaligny, 75012 Paris, décembre 2006, 131 p.
L’art d’une chercheuse
Maryse MARPSAT, Explorer les frontières. Recherche sur des catégories « en marge ». Mémoire présenté en vue de l’habilitation à diriger des recherches en sociologie. INED, n° 145, documents de travail. INED, 133 boulevard Davout, 75980 Paris cedex 20, 2007, 279 p.
Les lecteurs assidus de cette rubrique ne découvriront pas aujourd’hui le nom de Maryse Marpsat. Sociologue, statisticienne, Maryse Marpsat, dont le nom est souvent associé à celui de Jean-Marie Firdion, produit un travail de fond sur la question des personnes sans domicile. À l’origine de la première enquête de l’INED sur ce thème, sans laquelle l’enquête de l’INSEE de 2001 qui a permis la première estimation sérieuse du nombre de personnes sans domicile en France n’aurait pas eu d’existence, Maryse Marpsat a su avec intelligence et rigueur conduire une réflexion sur les notions de sans-abri et d’absence de domicile. Quelques lecteurs de cette rubrique et d’autres, sans doute pas assez nombreux, ont eu le bonheur de lire « le monde d’Albert La Panthère, cybernaute et sans domicile à Honolulu », co-écrit par Maryse Marpsat et Albert Vanderburg. Un ouvrage à deux voix, plein d’humour et de déraison, écrit à partir d’échanges sur le Web, portrait magnifique d’un homme sans domicile et qui faisait du monde son abri quotidien. La réalisation d’une habilitation à diriger des recherches (HDR) conduit son auteur à rendre compte de son parcours, à mettre en perspective ses itinéraires de vie et de recherche. À côté des sans-domicile, Maryse Marpsat s’est intéressée à l’art brut. Elle a publié quelques articles sur ce sujet. Un pas de côté dans une carrière de chercheuse très académique ? Non, plutôt le souhait d’interroger le monde par ses à-côtés, ses creux, ses étrangetés. L’art brut se construit à côté de l’art légitimé comme le sans-domicile est à côté des autres. À la lecture de ce mémoire s’éclaire alors une autre manière de construire des catégories et ce que nous appelons la réalité. Les trajectoires de chercheur sont aussi des trajectoires humaines. Il arrive que Maryse Marpsat fournisse des pistes d’explication de son itinéraire en allant du côté des ruptures de l’adolescence, des passages à l’âge adulte. Séquence émotion, toujours légère, mais qui donne au texte une vraie profondeur, bien au-delà des statistiques. 1452
Les créations d’associations
Cécile BAZIN, Jacques MALET, La France associative en mouvement, Centre d’étude et de recherche sur la philanthropie, 7 rue du Laos, 75015 Paris, octobre 2007, 53 p. www.cerphi.org
Le titre, un peu présomptueux, pourrait laisser penser que le texte donne dans l’hyperbole. Ce n’est pas le cas. Les auteurs montrent d’abord, à partir d’une exploitation des données mensuelles recueillies dans le Journal officiel, que les créations annuelles d’associations augmentent régulièrement depuis 1998, passant de 60 000 à 70 000 par an. Quatre catégories permettent de regrouper la majorité des associations : la culture vient en tête avec 21 000 créations, suivie par l’action socioculturelle (13 300), les sports ( 12 500) et le domaine social (14 000). À l’exception de Paris, les associations se créent plus fréquemment dans le sud de la France. Ces chiffres doivent toutefois être regardés avec précautions, bien des associations nouvelles ne font que remplacer des associations qui s’essoufflent et disparaissent en silence et sans alerter le Journal officiel. Le rapport de 2007 est le cinquième diffusé par le Centre d’étude et de recherche sur la philanthropie. À côté de données générales sur les associations, cette édition met l’accent sur l’emploi associatif dans le secteur de l’économie sociale. Sur les 210 000 employeurs du secteur, plus de 170 000 utilisent une structure associative employant plus de 1,6 million de personnes pour une masse salariale de près de 30 milliards d’euros. Au-delà de ce rapport, le site du CerPhi présente de très nombreuses données sur la vie des associations. 1453
Les territoires de la réussite à l’école
Sylvain BROCCOLICHI, Choukri BEN-AYED, Danièle TRANCART, Les inégalités sociospatiales d’éducation. Processus ségrégatifs, capital social et politiques territoriales. Diffusion ministère de l’Éducation nationale, ministère de la Recherche, DATAR, mai 2006, 469 p. Télécharger le document : http://cisad.adc.education.fr/dister/documents/4_BBT_def.pdf
L’idée selon laquelle la réussite scolaire n’est pas qu’une affaire de volonté et de capacités personnelles est largement admise depuis longtemps. Bourdieu et Passeron ont éclairé l’impact de l’origine sociale des enfants. Il semble qu’il faille aller plus avant et réviser les schémas encore trop simples et mécanistes auxquels nous faisons référence pour rendre compte des inégalités scolaires. L’analyse des disparités territoriales de réussite scolaire apporte un regard nouveau sur l’origine des inégalités. Les départements dans lesquels la réussite scolaire est la plus forte, comme la Loire ou la Haute-Loire sont le plus souvent des départements avec une densité de population inférieure à la moyenne nationale et qui ne comprennent pas d’agglomération importante. À l’inverse, les zones à fort taux de sous réussite sont fortement urbanisées avec une offre scolaire très diversifiée. Dans le milieu urbain, la multiplicité des offres conduit à une hiérarchisation des classes, elle-même induite par une hiérarchisation des établissements. Les logiques de concurrence entre les établissements conduisent ceux-ci à utiliser leur autonomie pour attirer une minorité d’élèves plus mobiles, appartenant aux milieux les plus favorisés, ce qui s’avère préjudiciable au plus grand nombre et surtout aux élèves les plus en difficultés. À ce nomadisme des élèves répond un nomadisme des enseignants qui tentent, en majorité, de travailler dans les établissements réputés pour être les meilleurs. On retrouve ces mécanismes, mais inversés dans les lieux de réussite, lorsque les enseignants et les établissements organisent avec succès des actions de coopérations durables au profit de tous les élèves. Ce rapport est doublement passionnant. Il revisite notre perception de la genèse des inégalités scolaires en développant une approche globale, quasi écologique, de la relation entre l’école et son environnement. La multiplicité des études et des sources mobilisées, l’interaction entre les enquêtes qualitatives et quantitatives font de cette recherche une mine quasi inépuisable de documentation. Au-delà de cette dimension, les chercheurs proposent une multitude de pistes pour des politiques publiques territorialisées susceptibles de peser en profondeur sur les inégalités scolaires. Nous sommes loin des débats simplistes sur la carte scolaire. 1455
Irréguliers et malades
Pierre CHAUVIN, Isabelle PARIZOT, Nadège DROUOT, Nathalie SIMONNOT, Anne TOMASINO, Enquête européenne sur l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière. Observatoire européen de l’accès aux soins de Médecins du monde, Médecins du monde, 62 rue Marcadet, 75018 Paris, juin 2007, 74 p. téléchargeable sur www.mdm-international.org
Dans chacun des douze pays de l’Union européenne dans lequel le réseau Médecins du monde est implanté, des médecins de cette organisation accueillent, soignent et accompagnent des hommes et des femmes, étrangers sans papiers. Il faut d’abord s’étonner, peut être aussi s’indigner, que dans des pays qui reconnaissent la Charte sociale européenne et la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, il faille recourir à la médecine humanitaire pour soigner des personnes malades. Mal informées de leurs droits lorsqu’ils existent, la majorité des personnes ignorent qu’elles peuvent bénéficier de dépistage et de soins gratuits en matière de VIH. Sur l’ensemble de la population enquêtée, seule une petite majorité sait que son enfant peut bénéficier de vaccinations gratuites. L’information n’est pas seule en cause lors de son dernier problème de santé, une personne sur dix a essuyé un refus de soins par des professionnels de santé. Même dans des situations d’urgence, de maladie grave ou infectieuse, des médecins ou des institutions médicales se sont d’abord intéressés à la situation administrative des demandeurs. Il arrive aussi que les personnes malades diffèrent un appel au système de soins car, derrière le soignant, elles craignent l’arrivée d’un agent de l’État ou d’être victime d’une dénonciation. Si l’enquête s’appuie sur des chiffres, elle ne constitue pas une recherche scientifique. Les auteurs notent d’ailleurs fort justement que la littérature épidémiologique n’est pas très prolixe sur ce thème, il s’agit plus d’un témoignage statistique sur une situation qui devrait nous paraître inacceptable. 1456
Les six pays du Maine-et-Loire
Pierre MULLER, Xavier PETILLON, Gabrielle BRIZARD, Observation sociale des territoires de Maine-et-Loire, INSEE, pays de la Loire, 105 rue des Français Libres, BP 67401, 44274 Nantes, cedex 2, février 2007, 48 p. www.insee.fr/pays-de-la-loire
En 2002, l’INSEE en lien avec les différents services statistiques départementaux et régionaux avait déjà produit un premier document sur les données sociales de ce département. Avec ce second rapport, la récidive est patente. On retrouve des informations sur la situation démographique, la pauvreté et la précarité, l’emploi et la qualification, le logement et l’accès aux soins. On regrettera, mais cela ne concerne pas ce seul document, que les informations départementales ne soient pas calées sur les données nationales en particulier pour la pauvreté. En revanche, on appréciera fortement l’originalité d’une présentation qui cesse de placer la commune ou le canton en premier niveau pour s’intéresser à d’autres territoires. La loi d’orientation pour l’aménagement du territoire du 7 février 1995 a créé la notion de pays. Dans le Maine-et-Loire, 28 communautés de communes et trois communautés d’agglomération se sont constituées et regroupées en six pays. Le rapport compare d’abord les données selon les différents pays puis propose une analyse monographique de chacun des pays. 1457
Observations locales et nationales
Gilles BOULIDARD, Philippe CAFFIN, L’observation, quels indicateurs, pour quelles finalités ?, Centre de ressources de la politique de la ville, Bretagne Pays-de-Loire, 19 rue Romain-Rolland, 44100 Nantes, juillet 2006, 39 p. www.resovilles.com
Pendant longtemps les acteurs du secteur social ont déploré l’insuffisance de l’investissement statistique dans leur domaine. Depuis une vingtaine d’années, la décentralisation aidant, le mouvement s’est inversé. Les collectivités locales se dotent d’outils d’observation et des pans entiers de l’État impulsent, souvent sans coordination, la création de systèmes d’indicateurs territoriaux. Les plate-formes régionales de l’observation, inscrites pour la plupart dans les contrats de plan État-régions constituent de bons exemples autant de cette volonté que de ses limites. En matière de politique de la ville, l’Observatoire national des zones urbaines sensibles produit de nombreuses informations sur les quartiers mais, dans le même temps, le programme de rénovation urbaine prévu par la loi du 1er août 2003 a rendu obligatoire pour les communes et les intercommunalités de produire un rapport annuel d’observation. L’atelier sur l’observation mis en place par RésOvilles en 2005, co-animé par l’Association pour la promotion de l’action et de l’animation sociale (APRAS) de Rennes et l’Agence d’urbanisme de la région angevine (AURA), propose une réflexion sur l’articulation des logiques nationales et locales d’observation. 1458
Un rapport participatif
Luc FARALDI, La participation des habitants et la démocratie locale, LFRE, 4 bis rue Poyer, 92110 Clichy, novembre 2005, 120 p.
La quasi-totalité des rapports d’études et de recherches se réfère à une forme d’exposition issue plus ou moins directement, du modèle académique de la thèse de sciences humaines ou sociales. L’auteur présente son questionnement, il expose sa méthode, décrit les résultats obtenus et montre en quoi ces résultats constituent des connaissances articulables à un ensemble de savoirs. Dans le cas d’une étude, le ou les auteurs mettent l’accent sur les recommandations que l’on peut formuler pour résoudre le problème initial. Luc Faraldi rompt avec cette démarche dans un passionnant travail sur la participation des habitants et la démocratie locale. Il part du principe que l’on ne peut pas écrire sur la participation sans que l’écriture même passe par une forme participative. Si la méthode de recueil des informations par entretiens reste de facture classique, en revanche, la présentation des informations recueillies s’apparente plus à la construction cinématographique d’un documentaire dans lequel l’auteur interviendrait et construirait son discours en « montant » des séquences d’entretiens. On retrouve, classées et organisées, de long extraits d’entretiens réalisés avec Georges Gontcharoff, Céline Braillon, chargée de mission au conseil national des villes, Rudolph Niessler, de la commission européenne, ou bien encore Patrick Braouzec, maire de Saint-Denis et Ségolène Royal comme présidente de région. D’entretien en entretien, un montage particulièrement adroit permet de faire progresser la réflexion pour aboutir à l’idée que la participation est une affaire nouvelle, qu’elle mérite une approche globale et pas seulement locales et surtout que des approches existent pour en étendre la portée. 1459
Non inscrit, mal inscrit
Céline BRACONNIER, Jean-Yves DORMAGEN, Benoît VERRIER, Ségrégation sociale et ségrégation politique. Etat des lieux et pistes pour une réforme de l’inscription sur les listes électorales, Centre d’analyse stratégique, 18 rue de Martignac, 75700, Paris cedex 07, août 2007, 80 p. www.strategie.gouv.fr
À la suite des émeutes urbaines de l’automne 2005, les voix n’avaient pas manqué pour appeler les jeunes des quartiers à une intégration civique dont la forme principale était l’inscription sur les listes électorales. À partir de l’analyse des listes électorales sur un échantillon de 242 bureaux de vote, tous situés en zones sensibles, Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen, enseignants-chercheurs politistes montrent qu’au seuil des années 2000, 25 % des habitants de nationalité française âgés de plus de 18 ans n’étaient pas inscrits sur les listes électorales. Mais la non-inscription n’explique pas tout, les auteurs montrent qu’il existe un autre phénomène totalement ignoré : la mal-inscription. Ils entendent par là le fait d’être inscrit sur les listes électorales, d’un autre quartier, d’une autre ville, voire d’un autre département. Non-inscription et mal-inscription concernaient au total près d’un électeur sur deux dans les quartiers sensibles. Les campagnes poussant à l’inscription à partir de 2005 ont certes eu un impact. Ainsi, les taux de nouvelles inscriptions dans les Zus ont été en 2005 supérieurs de 3 % à ceux du reste de la France. Combiné aux effets de l’inscription d’office, ce mouvement contribue à expliquer la plus forte participation des électeurs des territoires dits sensibles lors de la dernière élection présidentielle. Toutefois, ce sursaut civique n’inverse pas la tendance à l’Å“uvre depuis le début des années quatre-vingt, ce que confirme la faible participation aux législatives de 2007. La dernière partie du rapport rédigée par Benoît Verrier propose des directions pour améliorer cette situation. 1460
Centres maternels, bonnes pratiques
Tim GREACEN, Thomas SAÏAS, Christelle GOLDNER, Pascale TESSIER, Les troubles psychiques en centre maternel, Centre de Chaligny, 15, rue de Chaligny, 75012 Paris, décembre 2006, 131 p.
Sur la centaine de centres maternels en France, dix se situent à Paris avec une capacité de 257 places. Les femmes accueillies sont, en théorie, des femmes enceintes d’au moins sept mois ou des mères isolées avec des enfants de moins de trois ans. La durée de la prise en charge est de six mois renouvelables au maximum pendant trois ans. Une étude épidémiologique, réalisée sous la direction du laboratoire de recherche de l’EPS Maison-Blanche, montre que la prévalence des troubles de santé mentale dans les centres maternels enquêtés est élevée et significativement plus forte qu’en population générale. Ce constat corrobore l’opinion des personnels de ces centres qui s’accordent à dire que les problèmes de santé mentale constituent un enjeu majeur pour les centres maternels. Au-delà des analyses fines de la manifestation de ces troubles mentaux, le rapport développe de très nombreuses préconisations visant à mieux accompagner les femmes accueillies dans les centres, à renforcer les formations des personnels dans le champ de la santé mentale, et à favoriser la mise en réseau des centres. 1461