Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
148 pages

p. 51 à 52
doi: en cours

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Partie 2 : Pratiques sociales – ••• en contrepoint

n° 144 2007/8

2007 Informations sociales Partie 2 : Pratiques sociales – ••• en contrepoint

Une résurrection

Paule Paillet

Maxime Gorki, La mère, Le Temps des cerises, 2001

Quand Gorki publie, en 1906, La mère, octobre 1917 est encore loin. Mais en Russie, le parti révolutionnaire social-démocrate a déjà commencé à mener ses actions d’agitation-propagande. Les militants prêchent la révolte contre la misère, la déshumanisation imposée par les détenteurs du capital, industriels et grands propriétaires, une justice partisane impitoyable pour les démunis, un pouvoir tsariste oppresseur. La dénonciation de ces scandales alimentera toute l’Å“uvre de Gorki. La mère propose une illustration exemplaire de ce réalisme socialiste. L’existence de l’héroïne, Pélagie, mariée sans amour, battue des années durant par un époux alcoolique, n’a été qu’obscurité, humiliation, labeur sans espoir. Elle reste veuve. Son fils Paul, par son exemple et sa foi révolutionnaire, va faire éclore chez elle sa capacité militante, ouvrir son esprit à la vision d’un autre monde. La naissance de cette femme désentravée, son accession à la lucidité et à l’action, c’est tout le thème du roman : les jeunes héros sont tous purs, honnêtes, exaltés par leur mission ; les autres, les maîtres et les espions, leurs valets, méprisables. Pour autant, le personnage de Pélagie ne manque pas de force, il suscite l’émotion. Ainsi, quand un ami de Paul, au lieu du traditionnel “petite mère”, l’appelle “camarade”, elle sent qu’elle est acceptée comme membre de la communauté, qu’elle en a fini avec son destin de victime. Elle introduit habilement des tracts dans l’usine au nez des contremaîtres. Elle sillonne la campagne pour distribuer aux paysans le journal clandestin. Elle conçoit de l’orgueil de son activisme. Moins difficile pour elle, semble-t-il, que d’adhérer à des pensées qui la heurtent : elle est croyante, et il lui faut trouver le moyen d’intégrer la figure du Christ à son nouveau panthéon. Elle accepte mal la nécessité de la violence.
Paul, son fils, est arrêté, jeté en prison, condamné à la déportation en Sibérie. Elle attendait beaucoup du procès, une confrontation d’idées. Ce ne fut qu’une parodie de justice avec un verdict prononcé d’avance. Battue, ensanglantée par les coups des gendarmes dans la manifestation qui suit, elle s’écrie : “On ne tue pas une âme ressuscitée !” Cette résurrection, c’est bien ce que Gorki a voulu montrer.
Reste que La mère propose une image attachante car non conventionnelle de l’amour comme sentiment dépourvu de toute possessivité mesquine. Le lien entre la mère et son fils est fondé sur un respect mutuel qui se construit au fil des événements. Une connivence qui dépasse le biologique fait que l’amour maternel de Pélagie s’enrichit, s’élargit à tous les compagnons et compagnes de Paul qu’elle finira par considérer comme ses propres enfants.
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