2007
Informations sociales
Partie 2 : Pratiques sociales – ••• en contrepoint
MÅ“urs familiales au XIXe siècle
Alain Vulbeau
Theodore Zeldin, Ambition et amour. Histoire des passions françaises, tome 1, Paris, Petite bibliothèque Payot, 2003
Le projet de l’historien anglais T. Zeldin peut sembler provoquant puisque, dès la première phrase de son ouvrage, il écrit, s’adressant aux lecteurs français : “Mon but est de vous déshabiller.” En fait, son histoire des Français entre 1850 et 1950 n’est pas animée par un quelconque esprit de voyeurisme mais par la volonté d’étudier les “vêtements” que ce peuple arbore, et de montrer à quel point ils sont “d’occasion” et “couverts de raccommodages”. Les chapitres sur le mariage et les mÅ“urs, les enfants et les femmes permettent de décrire les traits permanents ou évolutifs de l’amour et de la famille.
La famille apparaît comme un lieu d’influence profonde et comme une institution qui exerce sur le plan privé ce que la centralisation administrative a imposé sur le plan public jusqu’au années 1950. Le lien du mariage règle la vie familiale en privilégiant la question de l’argent. Le mariage est dit “de raison” et il est censé accroître le crédit et la fortune du mari, grâce à la dot apportée par l’épouse. Au milieu du XIXe siècle, le régime d’acquêts devient la forme dominante du contrat de mariage, ce qui signifie que les profits issus du mariage sont partagés à égalité entre les époux alors que leurs propriétés respectives sont indivises. De 1900 à 1950, la part de contrats établis sous ce mode passe de 9 à 66 %.
La vie affective des couples est moins bien connue que ses dimensions financières. Pour Zeldin, le mariage était marqué par une forme d’idéalisation de la femme, conception virginale et puritaine fortement soutenue par l’Église. Ce qui se traduisait par une dichotomie classique : l’épouse était la génitrice fonctionnelle et le mari allait chercher le plaisir dans l’extraconjugal. Le développement et la normalisation de la prostitution en sont un signe, dont l’une des conséquences fut le développement des maladies vénériennes. Vers 1900, 15 % des décès sont dus à la syphilis et, entre les deux guerres, 4 millions de personnes en souffrent et 140 000 en meurent tous les ans.
En ce qui concerne les enfants, l’éducation familiale est marquée par différentes tendances. La principale passe par l’exercice de l’autorité et l’inculcation du respect. La voix du père est quasiment “la voix de Dieu”, déclare un ouvrage de 1862, ce qui se traduit, a contrario, par une absence de familiarité et une froideur ostentatoire, relayées par la dureté de l’univers scolaire. Cependant, une idéologie de la prise en compte de l’enfant émerge peu à peu, prônée par des pédagogues, quelques ecclésiastiques et des psychologues. Il faut aimer l’enfant, l’écouter, jouer avec lui : on passe de la conception quasi animale du dressage à celle, humaniste, d’éducation centrée sur les besoins de l’enfant.