Informations sociales
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I.S.B.N.sans
148 pages

p. 86 à 94
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Partie 3 : (R)évolutions dans la sphère affective et sexuelle ?

n° 144 2007/8

2007 Informations sociales Partie 3 : (R)évolutions dans la sphère affective et sexuelle ?

Nouvelles formes d’union, nouveaux rituels

Le PACS comme expression d’un engagement privé ?

Wilfried Rault Sociologue de la famille et de la vie privée à l’Institut national d’études démographiques/Institut Émilie-du-Châtelet, au sein des unités “Genre, démographie et sociétés” et “Comparaisons internationales”. Il a écrit de nombreux articles et co-dirigé avec Virginie Descoutures, Marie Digoix et Éric Fassin l’ouvrage collectif Ce que l’homosexualité fait aux normes, à paraître début 2008 chez Autrement.
Peut-on parler de rites de passage pour qualifier la mise en scène des unions contemporaines ? La diversification des cadres de la vie privée semble faire obstacle à l’usage d’une telle notion pour désigner la ritualisation des formes de vie commune. Cependant, redéfinie à l’aune de la subjectivité des individus, la notion de rite de passage n’est pas obsolète. Le pacte civil de solidarité, dispositif emblématique des transformations contemporaines de la famille, est parfois mobilisé par ses contractants comme le signe d’un passage dans leur trajectoire conjugale. Afin d’objectiver cette signification, les partenaires déploient des séquences symboliques ritualisantes qui confèrent au dit pacte une fonction qui ne lui est pas intrinsèque.
Peut-on se “demander en PACS” comme on se demande parfois en mariage ? Quelles sont les pratiques qui accompagnent cet engagement juridique ? Quelle est la portée symbolique d’une démarche qui rompt avec le mariage et avec l’union libre ? Sa signification prendra, selon les contractants et leur motivation, une couleur spécifique, plus ou moins ritualisée, plus ou moins publicisée. Il semble bien que, devant une institution légale, l’engagement du couple conserve toujours sa portée symbolique.
Lorsque la sociologie de la famille et de la vie privée s’intéresse aux rituels, il est une notion qui s’impose à elle : celle de rite de passage. Formulée par l’ethnologue Arnold Van Gennep au début du XXe siècle, elle qualifie les moments de la vie au cours desquels les individus connaissent une transition biographique de première importance. Dans cette perspective, le mariage constitue un archétype du rite de passage puisqu’il signifie simultanément l’entrée dans l’âge adulte, dans la conjugalité, dans la famille, voire dans la sexualité. Il est nécessaire et est quasiment naturalisé, comme en témoignent les propos de l’ethnologue qui le met aux côtés de la naissance, de la puberté ou encore de la mort. Van Gennep rappelle que de tels passages s’accompagnent de mises en scène rituelles qui marquent la transition “d’une situation déterminée à une situation tout aussi déterminée [1].
Au regard des transformations contemporaines de la famille et de la vie privée, il est incertain de mobiliser la notion de rite de passage, aujourd’hui, avec l’acception qu’en retenait Van Gennep. Elle pouvait encore s’appliquer au mariage d’après-guerre, avant que son âge d’or ne cède la place à sa remise en question, à partir de la fin des années soixante. Aujourd’hui, le mariage n’est plus univoque : en fonction du moment auquel il intervient dans les trajectoires individuelles, de son articulation avec des naissances – rappelons que les naissances de rang un ont majoritairement lieu hors mariage en France –, de ses finalités, qu’elles soient juridiques ou symboliques, il revêt une grande diversité de significations. Plus encore, la remise en cause de sa nécessité, la possibilité de sa rupture et l’existence, à ses côtés, d’une autre forme de vie commune, le Pacte civil de solidarité (PACS, voir encadré), rendent l’usage de la notion de rite de passage, telle qu’elle a été forgée par Van Gennep, problématique.
Doit-on pour autant se refuser à voir des passages dans la ritualisation des unions ? À partir de l’exemple des usages symboliques du PACS, on montrera que, redéfinie à l’aune de la subjectivité des partenaires, la notion de passage peut faire sens pour qualifier des modes de ritualisation de la conjugalité. On examinera l’un des usages de cette nouvelle forme de vie commune qui vise à transformer ce pacte en passage : la formulation et la ritualisation d’un engagement conjugal privé. Cette fonction du PACS, qui peut concerner aussi bien les couples de même sexe que ceux de sexes différents, ne traverse pas tous les usages du dispositif. Certains contractant(e)s en font une utilisation strictement instrumentale, d’autres l’appréhendent d’emblée comme une forme d’engagement, voire, pour certains partenaires en couple de même sexe, comme un substitut de mariage puisque celui-ci n’est pas accessible. En fait, de nombreux PACS endossent une signification intermédiaire : dans un premier temps, les partenaires l’envisagent sur un mode juridique, puis ils en transforment progressivement la tonalité en lui conférant une signification moins exclusivement instrumentale. La diversité des appropriations auxquelles il se prête est de ce point de vue emblématique des transformations des cadres institutionnels de la vie privée [2].
 
Une formulation du sentiment amoureux
 
 
Le PACS peut être choisi comme l’élément d’un langage entre les seuls contractants. Il n’a pas, dans cette optique, de vocation centrifuge, mais est un dispositif intra-conjugal qui participe, parmi d’autres, de la construction sociale d’un monde commun aux deux partenaires. Dans ce type de perspective, il traduit une volonté d’ancrer des sentiments. Ce qui importe alors dans un premier temps n’est peut-être pas tant le PACS que la “demande en PACS”. Cette dernière révèle une intention d’ordre affectif et constitue en quelque sorte la sollicitation d’une ratification d’un sentiment formulé ainsi plus explicitement. Opter pour le PACS, c’est, pour certain(e)s contractant(e)s, dire quelque chose à l’autre de sa perception du couple et exprimer une volonté d’ancrage dans la durée : “C’est par amour. Il n’y a aucune autre raison qui nous a poussés à ça. C’est vraiment pour ça. Qu’on s’aime et qu’on se le prouve. Même si bon, ce n’est pas en faisant des papiers qu’on prouve… Mais parfois, si. C’est un engagement. C’est : « Voilà, je m’engage à être avec toi »” (Vanessa, en couple hétérosexuel, éditrice, 25 ans).
Comparé à une simple cohabitation, le PACS est pour ces partenaires l’expression d’une étape supplémentaire dans leur intégration conjugale. L’association de ce pacte à un “cap”, pour reprendre une terminologie parfois mobilisée par les contractant(e)s, est liée à la symétrie théorique des positions de chacun des membres du couple à son endroit. En envisageant ainsi ensemble le PACS, les deux membres du couple “s’adressent simultanément l’un à l’autre, le savent et savent qu’ils le savent simultanément [3]. De ce fait, il peut être considéré comme un instrument de l’expression d’un sentiment et d’un engagement, et une manière de créer une impression de maîtrise de sa réciprocité. Il apparaît comme une façon de s’engager davantage, sans pour autant la rendre publique. Dans cette optique, le caractère légal du dispositif n’est pas sans importance : il est en quelque sorte la caution de l’engagement, même lorsque les partenaires ne choisissent pas cette formule pour des motifs juridiques.
Pour autant, le PACS n’est pas en soi porteur de telles significations, notamment du fait de ses caractéristiques juridiques et de ses modalités d’enregistrement, qui en font un dispositif à forte tonalité administrative [4].
 
La mise en scène symbolique d’un engagement privé
 
 
La démarche qui consiste à s’approprier le PACS comme un élément marquant un infléchissement de la trajectoire de couple ne peut se limiter à lui associer des représentations abstraites. Elle s’accompagne d’un déploiement de pratiques qui visent à construire, à objectiver plus concrètement son sens. De ce point de vue, on peut parler d’un processus de ritualisation, dans la mesure où il s’agit d’avoir recours à des ressources qui visent à lui conférer une signification symbolique. Les répertoires d’actions déployées par les contractant(e)s sont alors fonction de l’ampleur qu’il s’agit de lui donner. Construire le PACS comme le lieu d’un engagement privé consiste, dans le prolongement de son choix, à déployer des mises en scène traduisant cette dimension. Cet “habillage symbolique” du PACS apparaît à deux niveaux, dans les “espaces de symbolisation [5] qui permettent aux contractant(e)s de transformer leur expérience en autre chose qu’un recours à un dispositif d’ordre strictement administratif.
Il peut tout d’abord se manifester dès l’enregistrement. Les partenaires investissent cette étape et connotent le pacte d’une signification symbolique qui lui fait défaut. Dans cette optique, ce sont souvent des détails, véritables micro-rituels, tels que le port d’un chapeau, d’un vêtement étiqueté comme “inhabituel” par celui ou celle qui le porte, qui participent de la mise en scène de soi et permettent, pour les contractants, d’exprimer davantage le sens de leur PACS. “E. – Cette robe, j’aurais pu la mettre au travail. Mais contrairement à un pantalon, à un jean, je me suis dit : « Autant la mettre ce jour-là ». J’ai fait attention. J’aurais pu aller au travail comme ça sinon autrement, mais bon, c’est vrai que c’était une tenue quand même… Pour montrer… Un peu comme un cérémonial. Se dire qu’on allait faire quelque chose de particulier. Envie de se faire plaisir aussi ce jour-là. Oui, de montrer que c’était différent. Que ce n’était pas un jour comme les autres. Oui.
W. – Le matin, vous avez travaillé ?
E. – Oui. J’aurais pu la mettre autrement… On ne m’a rien dit de particulier. De toute façon, je n’avais pas envie d’en parler. Parce que justement, le PACS, ça permet de choisir si on a envie de le dire. Et à qui on le dit. Là, j’ai vraiment la possibilité de le dire si j’ai envie de le dire. Je ne dis pas que je ne vais pas le dire aux personnes, mais… Ce n’est pas comme le mariage, on le fête, ça dure tout un week-end, ensemble. On prend des jours, parce qu’on a droit à des jours de vacances, pour le mariage. Je dirais que là, j’avais la possibilité de ne pas parler de ma vie privée comme… C’est comme… Si je vais faire des choses le soir ou le week-end, je ne vais pas forcément le raconter à mes collègues. C’est pareil, ça reste personnel” (Emmanuelle, en couple hétérosexuel, employée dans une association de réinsertion, 25 ans).
Ce type de mise en scène est révélateur de la manière dont certains contractants investissent le PACS comme un engagement privé. En tant que dispositif juridique à tonalité fortement administrative, il ne peut signifier pleinement un engagement d’ordre symbolique. L’effort vestimentaire, qui se distingue ici d’une ritualisation de type matrimonial, combine ainsi à la fois une intention de marquage (ces contractants ne sont pas tout à fait vêtus comme les autres jours) et une demande de privatisation : l’effort n’est pas flagrant au point d’attirer l’attention en public. Un effort vestimentaire plus emphatique reviendrait à perdre cette marge de manÅ“uvre procurée par le PACS et permettant de “choisir si on a envie de le dire”. À l’inverse du mariage, qui implique d’endosser plus ou moins un rôle préétabli du point de vue des contractant(e)s, celui-ci est perçu comme pouvant être investi de manière plus individualisée et conforme à des vues personnelles.
Un second niveau de symbolisation consiste à mettre en Å“uvre, dans le prolongement d’un enregistrement difficilement appropriable compte tenu de sa tonalité administrative, des formes de marquage visant à transformer le PACS en événement conjugal. Là encore, s’il est difficile de parler d’un rituel au sens orthodoxe du terme, on peut voir un processus de ritualisation dans le fait de mettre en scène l’union de manière privatisée par le recours à des séquences de symbolisation. Célébration(s) dans des cadres inhabituels, tel un restaurant qui serait considéré d’ordinaire comme trop onéreux, présentation de soi sur un mode exceptionnel, ou encore échange de cadeaux à portée symbolique exprimant l’union sont des ressources que les contractant(e)s mobilisent pour signifier plus concrètement la dimension extra-juridique du pacte, tout en la maintenant dans une sphère privée.
 
De la privatisation à la demande de publicisation
 
 
Si cette ritualisation privée peut correspondre à un mode d’appropriation du PACS, il se peut, lorsque cette fonction symbolique revêt une certaine intensité, qu’elle soit insuffisante. Certes, la mise en scène permet aux partenaires de se signifier l’engagement supérieur et de consolider le sentiment que chacun(e) a de sa nouvelle situation. Mais d’un autre côté, la privatisation engendre un décalage entre le sentiment que l’individu a de cette nouvelle situation et le regard inchangé des tiers qui demeurent dans l’ancienne réalité. Garder le PACS pour soi, c’est se priver d’une validation de la nouvelle situation par d’autres personnes et, ce faisant, prendre le risque de minimiser la transformation puisque les alter impliqués ou “implicables” ne vont pas modifier leur regard sur les partenaires.
Le pacte civil de solidarité
D’après la loi n° 99-944 du 15 novembre 1999, “un pacte civil de solidarité est un contrat de vie commune conclu par deux personnes physiques majeures, de sexe différent ou de même sexe, pour organiser leur vie commune” (article 515-1 du Code civil).
Le PACS est un partenariat qui ouvre à ses cosignataires des droits en matière fiscale et sociale, et qui organise une solidarité matérielle mutuelle entre les deux membres du couple (art. 515-4). Son enregistrement a lieu au tribunal d’instance (art. 515-3) et ne requiert pas la présence de témoins.
L’ensemble des articles du texte de loi traduit l’intention expresse du législateur de différencier le dispositif du mariage. Ainsi, les modalités de rupture du contrat (art. 515-7), prévoyant la possibilité d’une rupture unilatérale sans passage par l’institution judiciaire, l’absence de mention de toute exclusivité sexuelle ou encore de dévolution successorale contrastent avec l’institution matrimoniale. Strictement circonscrit au couple, le PACS ne modifie pas les règles de la filiation ni le statut inscrit à l’état civil. Sa différence avec le mariage apparaît également dans d’autres dispositions telles que celles relatives au séjour des partenaires étrangers et à l’accès à la nationalité, ainsi que dans certaines mesures fiscales concernant notamment les legs et les donations.
La privatisation peut donc s’avérer insuffisante et appeler, dans un second temps, un minimum de publicisation, afin, pour reprendre l’expression de Peter Berger et Thomas Luckmann [6], de rendre “plus réelle” la nouvelle réalité. Dans ces conditions, la recherche de publicisation est destinée à mettre en cohérence “l’identité pour soi”, revendiquée pour soi-même, et “l’identité pour autrui”, qui est attribuée par les autres [7]. Mais ce travail de construction de sens diverge généralement selon les types de couples contractants concernés. Tandis que les couples de même sexe voient souvent la publicisation de leur PACS perçue comme l’annonce d’un équivalent de mariage parce qu’ils restent maintenus à l’écart de l’institution matrimoniale, les couples de sexes différents doivent davantage expliciter le sens d’une démarche qui rompt avec la dualité mariage/union libre. “J’ai eu envie de le dire à tout le monde. Mais les gens n’avaient pas les réactions escomptées. Moi, j’attendais des gens contents pour nous. Mais c’était : « Quel est l’intérêt ? » En fait, ils ne comprenaient pas et demandaient si c’était une bonne nouvelle. S’il fallait qu’ils soient contents. Pourquoi on faisait ça. Si c’était pour les impôts. Les gens qui ne comprenaient pas disaient : « En fait, c’est pour l’argent ! » Alors que nous, ce n’est pas du tout ça. C’était déprimant” (Vanessa, en couple hétérosexuel, éditrice, 25 ans).
C’est à la lumière de ces réactions que peut naître le souhait de faire usage d’un nouvel espace de symbolisation. Puisque la simple annonce n’est pas suffisante pour susciter la validation, alors il importe de mettre au point un cadre plus didactique permettant à la fois de transmettre la nouvelle situation dans laquelle l’individu se perçoit et d’en expliciter précisément la signification. La mobilisation de formes rituelles telles que la fête peut ainsi constituer une ressource précieuse en ce sens qu’elle remplit ces deux fonctions. Par sa dimension collective et exceptionnelle, elle crée un cadre d’injonction qui permet au PACS d’endosser de facto une signification symbolique qui lui faisait défaut avant sa mise en scène. Elle permet, en définitive, de marquer un degré d’intégration supplémentaire dans la trajectoire conjugale des individus, sans pour autant, pour les couples de sexes différents, avoir recours au mariage, qui n’est pas souhaité parce qu’il est considéré comme trop engageant ou porteur de connotations que les contractant(e)s estiment contraires à leur manière de voir les choses. Par exemple, nombreux sont les “pacsé(e)s” qui voient dans le mariage une intrusion de l’État dans leur sphère privée, notamment via l’injonction de fidélité et la relative complexité des procédures de divorce.
Ainsi, la mise en scène “privée” du PACS n’exclut pas d’autres modes de ritualisation : on observe, dans certaines configurations, des “diffractions rituelles” qui consistent, non pas à concentrer la mise en scène sur une célébration unique, mais à multiplier les séquences de manière diversifiée selon les contextes et selon les enjeux s’y rattachant. Des contractants peuvent ainsi concilier des séquences de célébration excluant tout tiers, avec des festivités fortement publicisées empruntant parfois ouvertement au registre du rituel matrimonial, mais aussi s’en démarquer lorsque les contractant(e)s envisagent leur PACS sur un mode alternatif au mariage.
 
En conclusion…
 
 
Ce sont bien des passages qui sont mis en évidence dans ces processus de ritualisation entendus comme la mobilisation de séquences visant à donner sens à un partenariat dont les termes sont avant tout juridiques. La mise en scène du PACS permet de signifier ce que le sociologue interactionniste Everett Hugues nomme des turning points, des inflexions biographiques d’importance dans les trajectoires individuelles.
Dans cette optique, c’est la notion même de rite qui est questionnée. La ritualisation n’apparaît pas comme la simple reproduction de séquences instituées que les individus plaqueraient sur des instants de leur vie, conformément à un usage systématique ou à une éventuelle tradition. Elle est un mode de réappropriation d’une expérience de “pacsé(e)” conçue, du point de vue de l’État, comme dépourvue d’une signification symbolique spécifique, et qui évolue au gré de l’expérience de contractant(e). Le simple fait de se rendre dans une institution publique crée parfois chez les partenaires une injonction à percevoir leur démarche de manière plus symbolique, alors qu’elle était envisagée sur un mode strictement instrumental dans un premier temps. La signification que les contractant(e)s donnent au PACS n’est pas figée. La notion de passage n’est, de ce point de vue, pas obsolète, mais à condition de l’adapter à l’objet qu’elle cherche à analyser, à l’image de celle de rite. Émile Durkheim semble ainsi particulièrement visionnaire lorsqu’il observe, au début du siècle, en conclusion des Formes élémentaires de la vie religieuse, que les “idéaux collectifs, en s’incarnant dans les individus […] tendent à s’individualiser. […] Chacun les entend à sa façon, les marque de son empreinte, ou en retranche des éléments, ou en ajoute d’autres. L’idéal personnel se dégage ainsi de l’idéal social à mesure que la personnalité se développe et devient source autonome d’action [8].
 
NOTES
 
[1]Arnold Van Gennep, Les rites de passage, Paris, Émile Nourry, 1909, p. 9.
[2]Pour une approche synthétique de la diversité de sens que peut revêtir le PACS, on pourra se reporter à Wilfried Rault, “Entre droit et symbole. Les usages sociaux du Pacte civil de solidarité”, Revue française de sociologie, vol. 48, n° 3, 2007. L’article montre comment un même dispositif juridique est susceptible de prendre, pour ceux et celles qui le mobilisent, le sens d’une alternative au mariage, d’un anti-mariage ou encore d’un mariage à l’essai. On y trouvera également des précisions sur le contenu juridique dudit pacte.
[3]Erving Goffman, La mise en scène de la vie quotidienne, tome 2, Les relations en public, Paris, Éditions de Minuit, 1973, p. 79.
[4]Wilfried Rault, “L’enregistrement du Pacte civil de solidarité au tribunal d’instance : entre assignation et réappropriation”, in Bruno Perreau (dir.), Le choix de l’homosexualité. Recherches inédites sur la question gay et lesbienne, Paris, EPEL, 2007, p. 197-209.
[5]Martine Ségalen, Rites et rituels contemporains, Paris, Armand Colin, 1997.
[6]Peter Berger, Thomas Luckmann, La construction sociale de la réalité, Paris, Armand Colin, 2005 (1966).
[7]Claude Dubar,, La crise des identités. L’interprétation d’une mutation, Paris, PUF, 2001, p. 3.
[8]Émile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, PUF, 1912, p. 605.
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