Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
156 pages

p. 104 à 113
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Partie 3 : Le lien adoptif, sa constitution, son suivi

n° 146 2008/2

2008 Informations sociales Partie 3 : Le lien adoptif, sa constitution, son suivi

L’adoption et après ?

La mise en place du lien adoptif

Martine Duboc Psychologue clinicienne, elle a travaillé en pouponnière et en centre maternel autour de l’accompagnement des femmes qui accouchent sous le secret et des enfants accueillis, puis au conseil général de Seine-Maritime en tant que conseillère technique, dans le cadre des missions de l’aide sociale à l’enfance et de l’adoption. Elle a actuellement une activité de formatrice et de consultations libérales, et est membre du Conseil supérieur de l’adoption (Rouen). Elle a publié avec Pierre Verdier, Retrouver ses origines. L’accès au dossier des enfants abandonnés, Dunod, 2e éd., 2002.
L’adoption a été longtemps idéalisée et soumise à une obligation de réussite, mais on constate aujourd’hui que la filiation adoptive ne va pas de soi. Les références habituelles font défaut. Les parents et les enfants doivent inventer des façons de tisser et de consolider des liens dont les professionnels ne mesurent pas toujours la complexité. La parentalité reste un vaste domaine à explorer dans le cadre de l’adoption.
Comment se sentir parent de cet enfant-là et enfant de ce parent-là ? Après la longue série d’étapes, voire d’épreuves, qui mène un enfant abandonné chez un couple adoptif, le lien de filiation va devoir se construire aux plans psychique et symbolique ainsi que dans la réalité quotidienne. Ce travail s’élabore à plusieurs : l’enfant, le parent adoptif, les intervenants, avec en arrière-fond la disparition des figures parentales de naissance. Un puzzle à reconstituer.
Quand on est stérile, on pense souvent qu’on n’était pas programmé pour être parent… J’ai voulu détourner le destin en adoptant, mais lorsque je rencontre des difficultés avec mes enfants, je crois que je ne suis pas douée pour être maman”, confie une mère de deux jeunes enfants très mal à l’aise face à certaines de leurs réactions. “Je pensais que l’amour arrangeait tout”, avoue une autre maman tout aussi désemparée et qui ne supporte plus d’entendre que “c’est très courageux d’adopter” ou que “les parents adoptifs sont des gens généreux.” D’autres parents adoptifs, impressionnés par les performances de leur enfant qui réussit mieux qu’ils ne pouvaient l’espérer à l’école ou dans d’autres activités, ont l’impression de “ne pas être à sa hauteur” ou de “ne pas l’avoir mérité”.
Beaucoup d’entre eux s’interrogent sur leurs compétences de parents. Les témoignages reflètent le même désarroi. “Je ne savais pas qu’il était aussi difficile d’aimer. Je ne comprends plus mes propres réactions ; je prononce des paroles que je n’aurais jamais pensé utiliser auparavant. Mon mari semble avoir du mal aussi à savoir où il en est.
Les enfants ne sont pas insensibles à ces préoccupations. “Maman est inquiète pour moi et pense que je vais mal, mais je n’ai pas de problème avec l’adoption. C’est plutôt avec l’abandon que j’en ai. Il faudrait la rassurer”, explique une jeune fille venue consulter sur l’insistance de sa mère qui semble mal à l’aise face à son autonomie grandissante et qui redoute qu’elle ne s’éloigne trop de ses parents adoptifs.
Au niveau étymologique, adopter vient du latin optare, qui signifie choisir. Adopter, c’est décider de prendre légalement pour fils ou fille, s’engager à être parent. L’adoption concerne trois histoires (celle des parents de naissance, celle de l’enfant et celle des parents adoptifs), et doit s’inscrire pour l’enfant dans une certaine continuité, bien qu’il doive faire face à des projets existentiels et à des modes de vie différents.
Mais est-ce si facile d’être parent adoptif ou enfant adopté [1] ? C’est un peu comme si chacun détenait une partie de la réponse, une pièce d’un puzzle dont l’autre possédait le complément, et que tous les deux étaient en quête d’une réassurance qui leur échappait sans cesse. Comment se sentir parent de cet enfant-là, et enfant de ce parent-là, quand on a l’impression que l’autre est à la recherche de ce qu’on ne peut lui offrir ? Les références habituelles semblent faire défaut (“Ce n’est pas comme si nous étions des parents biologiques. L’autorité [parentale] serait plus naturelle. Cela irait de soi”), alors qu’il va s’agir de créer des liens de filiation, comme dans toute famille.
Contrairement aux clichés actuels, véhiculés par les médias et dans certains discours politiques, l’enfant n’est pas un bien social. Pour C. Flavigny [2], “l’adoption marque un primat du symbolique (les parents adoptants, par l’adoption plénière, sont « pleinement » les parents) sur un réel (les parents d’origine ne sont nullement niés en leur réalité, mais seulement en leur statut parental, sans opprobre pour leur abandon de l’enfant qui a souvent correspondu à l’intérêt bien compris de celui-ci), sur fond d’imaginaire préservé et accueillant”. Il ne s’agit donc pas de “résumer le lien parental à sa facette éducative”, mais de reconnaître “les enjeux psychiques véhiculés par le lien de filiation, fondateur pour le sentiment d’identité de l’enfant”.
Adopter un enfant n’est pas seulement la suite logique des démarches médicales, c’est un acte à mettre en rapport avec une certaine maturité, une certaine disponibilité psychique qui permet au couple de s’ouvrir pour accueillir en son sein un enfant qui ne viendrait plus réparer une injustice ou suppléer un manque, mais plutôt à sa place dans le désir d’un couple”, explique N. Hamad [3]. “Une adoption qui se fait logiquement, normalement est l’histoire parfaite d’un enfant désiré”, mais, comme pour n’importe quel enfant, qu’il ait été adopté ou pas, il rappelle qu’“un enfant désiré ne peut le savoir qu’après coup, et aucun parent ne peut affirmer en toute objectivité et en toute certitude qu’il désire un enfant”.
Les difficultés de l’adoption seraient alors la résultante d’une conjonction de facteurs liés aux caractéristiques de ce mode de filiation, au cheminement de l’enfant et des parents adoptifs, mais aussi aux pratiques des intervenants, professionnels et bénévoles, directement engagés dans cette démarche éminemment sociale. Un grand nombre de tensions familiales ne relèveront pas de l’adoption et ressembleront à toutes celles qui ne manquent pas d’apparaître dans n’importe quelle famille. La disparition des figures parentales de naissance, les ruptures précoces et parfois répétitives des liens, les carences et les traumatismes peuvent en revanche générer un mal-être et des troubles variés chez l’enfant. Néanmoins, quelle que soit la situation qui déstabilise la famille adoptive, il est fréquent de constater que la problématique de l’enfant résonne dans celle de ses parents et révèle ce qui n’a pas été élaboré dans leur histoire, mais aussi que les attentes et les représentations de ces derniers à son égard facilitent ou empêchent le processus d’affiliation. Les intervenants devraient faire office de “passeurs” en s’assurant que les besoins de l’enfant sont satisfaits et que les adoptants vont être capables de devenir parents de cet enfant-là.
 
Du côté des parents
 
 
Selon B. Penot [4], “certains parents adoptants laissent entendre leurs fantasmes péjoratifs concernant les hypothétiques géniteurs de leur enfant. Il est frappant de constater combien ces parents sont peu à même de réaliser l’attaque que constitue pour leur enfant la mauvaise idée qu’ils se font de l’origine de ce dernier ; or plus ces formations imaginaires défensives parentales sont méconnues en tant que telles, plus grande va s’avérer leur incidence « toxique » sur la santé psychique du jeune. Une sorte de déni-clivage semble alors se maintenir durablement ; d’autant plus que ces projections disqualifiantes des adoptants visent à valoriser au contraire leur acte d’adoption !… Cela évoque l’idée d’un piège narcissique où le fantasme adoptant tend à constituer une sorte de double bind dans lequel le jeune va se débattre (caractériellement, comportementalement) pour tenter de s’en déprendre. Tout se passe comme si l’enfant adoptif recevait alors ce message : – Tu as d’autant plus de valeur à nos yeux que nous pensons t’avoir sauvé d’une origine mauvaise.
Certains parents ne savent pas comment répondre aux questions de leur enfant, ajoutant parfois qu’ils essaieraient bien mais que leur conjoint ne veut pas parler de cela. D’autres, au contraire, ont compris que les propos disqualifiants au sujet de la mère de naissance peuvent blesser l’enfant. Ils vont enjoliver la réalité ou idéaliser la séparation initiale, même s’ils n’en sont pas eux-mêmes convaincus. Ils transmettent des demi-vérités, sans se rendre compte qu’en faisant ainsi, ils se privent et privent leur enfant des signifiants constitutifs de la filiation adoptive.
Un couple, par exemple, vient demander de l’aide à propos de son fils, âgé de 4 ans, qu’il a adopté après avoir eu trois enfants biologiques. Le petit garçon pose des questions sur sa naissance et interroge sa mère. “C’est une autre femme qui t’a porté”, a répondu cette dernière. “Et pourquoi j’ai eu une autre maman ?”, a aussitôt renchéri son fils. “Parce que tu as été adopté. On est allé te chercher.” L’enfant s’est tu… mais sa mère ne lui a pas expliqué ce que voulait dire “adopté” et n’en avait jamais parlé avec lui auparavant.
Pour qu’un enfant né ailleurs se sente celui des parents qui ont choisi de l’adopter, il faut qu’il puisse trouver aussi son origine en eux, puiser ce dont il a besoin pour prendre racine dans leur désir, leur généalogie et leur projet de vie. Il doit entendre de ses parents qu’il a été désiré et longuement attendu, qu’ils ont choisi d’en faire leur enfant pour toujours et quoi qu’il arrive. Il doit expérimenter à travers le corps à corps et le peau à peau, l’intériorisation du holding (c’est-à-dire la façon dont le petit enfant est porté, d’après D. W. Winnicott) maternel et paternel, le partage des émotions et des sentiments, les échanges verbaux et non verbaux, la place occupée au fil des jours, qu’il est et désire être leur enfant. Adopter, c’est prendre un enfant pour le sien ; c’est prendre des parents pour les siens.
L’impression d’étrangeté peut venir troubler l’apparentement. Certains enfants, a fortiori lorsqu’ils ont été adoptés dans d’autres continents, se savent différents, tout en ayant envie de ressembler à ceux auxquels ils sont attachés. “Je suis comme une étrangère… comme une extra-terrestre… J’ai parfois du mal à comprendre, comme si les autres utilisaient entre eux un code.” “À 6 ans, j’ai fait des bêtises. Avec un couteau, je me suis coupée au poignet pour regarder s’il y avait de la peau blanche sous la peau noire. J’ai encore la cicatrice… Puis je me mettais de la farine sur le visage.
Mais les parents ont souvent du mal à se positionner de façon adéquate dans la recherche de ce qu’ils peuvent avoir de commun et de différent avec eux, alors que l’articulation va se nouer dans les mouvements d’identification réciproque entre l’enfant et ses parents, capables de l’accueillir tel qu’il est mais aussi de se retrouver en lui, quel que soit son lieu de naissance.
Certains ne semblent plus percevoir ce qui appartient en propre à un enfant qu’ils désirent vraisemblablement façonner à leur image (“Mais je la vois comme une enfant blanche comme moi”, affirme à son interlocuteur étonné la mère d’une petite fille née en Afrique), alors que d’autres, à l’inverse, ne peuvent se reconnaître en lui et attribuent à ce qu’ils imaginent être les origines de l’enfant la moindre de ses attitudes ou de ses penchants. La mère d’un petit garçon de 4 ans adopté en Europe de l’Est a décidé de lui faire apprendre le violon parce qu’elle pense qu’il est “d’origine tzigane”. Une autre se demande si “la nervosité” de sa petite fille de 3 ans ne serait pas due à un déséquilibre maternel qu’on lui aurait caché, sans se demander comment elle va vraiment ni développer une réelle empathie.
 
Du côté de l’enfant
 
 
La spécificité de l’enfant adopté, c’est le problème de l’abandon, et le désinvestissement originaire va habiter celui qui en a été victime, d’autant qu’à la perte du parent s’ajoute une perte de sens pour le jeune enfant qui ne peut comprendre ce qui s’est passé. Cette double perte va laisser des traces indélébiles dans l’inconscient, dont les parents adoptifs ne mesurent pas les conséquences. Les manifestations dépressives sont d’autant plus déconcertantes qu’ils s’efforcent de faire tout ce qu’ils peuvent pour “rendre leur enfant heureux”.
Noémie, 9 ans, adoptée au Brésil, est décrite comme une petite fille enjouée et résistante. Elle pleure rarement, même lorsqu’elle se fait mal. Mais depuis quelque temps, elle inquiète sa mère. Certains soirs, elle se met à pleurer, sans raison apparente, et a du mal à s’apaiser, “comme si elle avait un gros chagrin qui vient de loin”. Noémie sait trouver les mots pour dire ce qu’elle ressent douloureusement : “Des fois, je suis triste, dans mon lit, dans mon bain ou avant de dîner. Je n’ai plus faim alors… comme une boule dans la gorge ou mal au cÅ“ur… Et maman ne sait pas quand je pleure… Pourquoi ma mère ne m’a-t-elle pas gardée ? Ce n’est pas juste. Pourquoi j’existe ?” Le soir, Noémie prend sa couverture, va dans la maison en carton que sa mère lui a construite, avec sa lampe de poche, et elle “pleure un peu”. Si elle entend du bruit, elle retourne dans son lit et fait semblant de dormir. “Comme cela, papa ne sait rien ; personne ne le sait.” Mais c’est peut-être parce que Noémie ressent combien ses moments de tristesse déstabilisent sa mère qu’elle se cache pour pleurer, alors qu’il serait plus réconfortant pour elle de pouvoir s’épancher dans des bras consolateurs.
La filiation adoptive permet aux parents, comme ils le disent souvent eux-mêmes, “d’être sur un pied d’égalité”, “de devenir parents de façon identique”. L’adoption met en effet le père et la mère sur le même plan, puisqu’ils ont réalisé ensemble les démarches administratives et ont attendu tous deux l’enfant pareillement. Mais la vie quotidienne de la famille adoptive risque d’assombrir leurs rêves. En cas de crise, l’enfant n’éprouvera pas le narcissisme de ses parents de la même façon. La mère peut devenir l’objet privilégié des attaques enfantines, alors que le père sera moins impliqué sur le terrain des revendications, parce qu’elle “symbolise ouvertement la blessure initiale. Elle sera la cible des flèches d’impuissance, de chagrin ou de révolte de l’enfant”, et recevra alors “une série de charges émotives que son enfant lui [enverra] et qui ne lui [seront] pas destinées” (T. et R. Henckes-Ronsse [5]).
Léane, 8 ans, explose “pour des petits riens”, déplore sa mère. “Elle me rejette et réclame son père.” Les paroles de la petite fille en direction de sa mère sont “comme des coups de poignard” : “Je te déteste” ; “Si je te fatigue, tu n’as qu’à me remettre là où tu m’as eue” ; “Tu n’as jamais rien compris” ; “J’ai été abandonnée. Je suis une petite fille sans famille.
Manon, 5 ans, alterne les déclarations d’amour, les moments de tendresse et les attitudes de rejet, de façon plus ou moins imprévisible. “Pas maman… Ça fait mal… J’ai peur de maman… Elle est méchante… Je préfère papa…” Des sensations et des images du passé viennent se mêler au présent, dans une sorte de confusion où se mélangent les figures maternelles qui l’ont entourée.
La fragilisation de la position maternelle est d’autant plus grande qu’elle a été surinvestie au départ, et que l’adoption a pour objectif de “sauver un enfant” ou de réparer une histoire personnelle malheureuse. “J’ai besoin de la protéger de tout, de lui éviter tous les problèmes” ; “J’ai tellement peur qu’il arrive quelque chose à mes enfants. J’ai peur de les perdre” ; “Je suis mal quand je suis séparée d’eux. Je voudrais être tout, lui épargner toute souffrance.
La présence contenante du père sera alors indispensable pour assurer la mère de son amour et la conforter dans ses capacités maternelles, pour l’épauler dans la résolution des problèmes éducatifs quotidiens et offrir à l’enfant d’autres modalités d’interaction.
L’adolescence viendra remettre en chantier une énième fois les images parentales. “Ce n’est pas de ma faute s’ils m’ont adopté ; c’est de la leur”, déclare abruptement un adolescent de 16 ans, après une enfance relativement sereine. Il a souvent joué à reproduire son arrivée chez ses parents et demandé à sa mère de la lui raconter encore et encore. Mais il lui adresse maintenant des reproches violents : “Menteuse, tu ne m’as jamais dit que j’étais abandonné.
Selon H. Waber-Thevoz et J.-P. Waber [6], “à l’adolescence, pour réussir la reprise de son processus d’individuation, le jeune adopté doit retourner à cette phase précoce où la différence entre soi et autrui n’est pas encore élaborée, mais doit être l’objet d’une conquête et l’enjeu d’une relation… Il s’ensuit une importance capitale du travail de détachement « pas à pas » des investissements libidinaux premiers, dont les parents n’ont aucune idée. Tout entiers voués à la réparation du traumatisme subi par l’enfant, ils auraient tendance à confondre leur propre « psychose hallucinatoire du désir » à celle de l’enfant pour nier l’inéluctabilité de la perte, et la souffrance qui en découle. De cette façon, ils entretiennent l’aliénation de l’enfant à ses objets premiers, ce qui compliquera singulièrement le processus d’autonomisation à l’adolescence.
La résistance des parents aux attaques de la filiation dépend de la conviction et du sentiment de sécurité de chacun d’entre eux à se définir comme tel dans le présent, tout au long du passé vécu avec l’enfant, mais aussi avant son arrivée au domicile, et dans les promesses d’avenir.
Mais est-ce facile de lâcher prise lorsque le parent n’a pas mis à l’épreuve ses références parentales au moment opportun ? “Moi-même, je n’ai pas fait ma crise d’adolescence”, reconnaît une maman, qui a eu du mal à trouver sa place et à investir son propre espace psychique face à un père qui préférait sa sÅ“ur aînée et espérait en second un fils. La quête d’identité et les préoccupations relatives à l’orientation sexuelle de son adolescent vont mettre en doute ses compétences parentales, réveiller la souffrance liée à son infécondité, pour la renvoyer plus en amont encore à son histoire personnelle et à ses blessures d’enfant. L’inquiétude légitime pour son fils ne recouvre-t-elle pas chez elle une anxiété d’une autre nature qu’il lui faudra interroger pour être plus disponible pour l’adolescent ? “Mon père est encore très envahissant dans ma tête”…
 
Du côté des intervenants
 
 
L’adoption a été longtemps idéalisée et soumise à une obligation de réussite, tant du côté des parents adoptifs, qui ne pouvaient qu’être de bons parents, que des intervenants, qui croyaient qu’elle était capable d’effacer les souffrances des enfants victimes du désengagement parental initial. Mais depuis quelques années, on constate que la filiation adoptive ne va pas de soi et pose des problèmes spécifiques au niveau de l’évolution de la parentalité. Les difficultés à créer le lien parental peuvent apparaître dès le début du placement en vue d’adoption, mais les parents tardent à demander de l’aide aux professionnels et ne trouvent pas toujours des réponses pertinentes prenant en compte les caractéristiques de ce mode de filiation.
S’il s’avère aujourd’hui indispensable de mettre en Å“uvre les moyens nécessaires pour accompagner la famille in statu nascendi, une vigilance certaine doit être apportée au cheminement des candidats à l’adoption pendant la procédure d’agrément, à l’évaluation de l’état des enfants sur le plan physique, mental et affectif, et à leur préparation à l’adoption, afin de limiter les facteurs de risque.
L’adoption agirait davantage, expliquent M.-J. Hervé, H. Donnadieu et E. Vaucher [7], comme “un amplificateur fantasmatique… peut-être faut-il se méfier de la tentation de relier trop vite les symptômes à la situation d’adoption. Dans ces situations, les symptômes peuvent être comme lisibles d’emblée, comme saturés de signification. Ceci peut entraîner un excès de sens ayant un effet de fascination, l’illusion d’une compréhension quasi immédiate. Or il faut veiller à ne pas enfermer l’enfant dans des craintes et dans des fantasmes qui ne seraient pas les siens.” D’où “une difficulté à mettre l’adoption à sa juste place, sans l’ignorer ni sans en faire la cause des difficultés, ce qui empêcherait tout autre élaboration.
Mais, comme le précise A. Vinay [8], “l’adoption est une transaction constante en ce sens que l’enfant adopté doit perdre un peu de ce qu’il était dans son milieu de vie pour s’intégrer, pour se sentir exister en tant que fils ou fille de…, pour élaborer son roman familial. Les efforts sont considérables tout au long de l’histoire adoptive.
 
NOTES
 
[1]Voir M. Duboc, “Les difficultés de l’adoption”, Journal de pédiatrie et de puériculture, n° 1, 1995, p. 28-33 ; “De l’abandon à l’adoption : effacement, exacerbation ou transfert du lien ?”, in M. Gabel, M. Lamour, M. Manciaux (sous la dir. de), La protection de l’enfance. Maintien, rupture et soins des liens, Fleurus/association P. Straus, 2005.
[2]C. Flavigny, “L’enfant n’est pas un bien social”, Le Monde, 17 juillet 2000.
[3]N. Hamad, L’enfant adoptif et ses familles, Denoël, L’espace analytique, 2001.
[4]B. Penot, “L’imaginaire fondateur des adoptants”, Actes du colloque « Adolescence, psychopathologie et adoption. Quelles singularités ? », du 18 octobre 2002, à Paris, fondation Santé des étudiants de France.
[5]T. et R. Henckes-Ronsse, L’adoption en question(s), Feuilles familiales/ Ciaco, 1991.
[6]H. Waber-Thevoz et J.-P. Waber “Le lien d’adoption à l’épreuve du temps”, Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 48, 2000, p. 179-187
[7]M.-J. Hervé, H. Donnadieu et E. Vaucher, “Adoption : quels enjeux pour le thérapeute ?”, Neuropsychiatrie de l’enfance, 43 (10-11), 1995, p. 493-497.
[8]A. Vinay, “L’adolescent adopté : pour une nouvelle compréhension”, Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 51, 2003, p. 269-276.
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Voir M. Duboc, “Les difficultés de l’adoption”, Journal de ...
[suite] Suite de la note...
[2]
C. Flavigny, “L’enfant n’est pas un bien social”, Le Monde,...
[suite] Suite de la note...
[3]
N. Hamad, L’enfant adoptif et ses familles, Denoël, L’espac...
[suite] Suite de la note...
[4]
B. Penot, “L’imaginaire fondateur des adoptants”, Actes du ...
[suite] Suite de la note...
[5]
T. et R. Henckes-Ronsse, L’adoption en question(s), Feuille...
[suite] Suite de la note...
[6]
H. Waber-Thevoz et J.-P. Waber “Le lien d’adoption à l’épre...
[suite] Suite de la note...
[7]
M.-J. Hervé, H. Donnadieu et E. Vaucher, “Adoption : quels ...
[suite] Suite de la note...
[8]
A. Vinay, “L’adolescent adopté : pour une nouvelle compréhe...
[suite] Suite de la note...