2008
Informations sociales
Partie 3 : Le lien adoptif, sa constitution, son suivi
... en contrepoint - Qui est ma mère ?
Paule Paillet
Prune Berge, T’es pas ma mère, Actes Sud, 2001
Comme son titre, T’es pas ma mère, le laisse entendre, le livre de Prune Berge parle de l’adoption, des tensions qu’elle suscite, des embûches qui sèment son parcours. Les trois héroïnes clefs sont des femmes (les hommes demeurent à l’arrière-plan), manière de bien affirmer la primauté du rôle de la mère. Aude, la génitrice, Colette l’adoptante, Stéphanie, l’adoptée. Cette dernière est le résultat du “métissage culturel”, une grand-mère asiatique (la mère d’Aude) et un père norvégien connu au hasard d’un unique accouplement. Ce métissage a fait de Stéphanie une créature physiquement déconcertante, blonde, très grande, aux yeux bridés (belle au demeurant).
De son ascendance, elle ne sait rien, sinon qu’elle est une enfant adoptée. Colette, qui a le culte de la transparence, ne le lui a jamais caché. Mais cette honnêteté est bien loin de l’avoir pacifiée. C’est une adolescente révoltée, provocatrice, qui, sans arrêt, farouchement, cruellement, refuse ses parents adoptifs. Des “bourges” dont elle se sent, et surtout, se veut différente, seule façon pour elle de construire son identité peut-être… Colette, qui s’est jetée dans l’adoption avec enthousiasme, qui fait tout pour “apprivoiser” sa fille, se ronge de questionnement et de culpabilité devant une créature toute de fureur et de rébellion. Où a-t-elle failli dans son rôle d’éducatrice ? Trop de tolérance, trop de patience ont-elles été reçues comme un manque d’intérêt, comme la “pire des violences”… ? Cet acharnement de Stéphanie à se faire rejeter tient-il à un manque initial, à une mère biologique qui ne l’a pas revendiquée comme son bébé, qui a fabriqué en elle cette soif de reconnaissance qui s’est transformée, de façon quasi pathologique, en son contraire ? Cet abandon a-t-il traumatisé Aude, la mère ? Si oui, de façon sournoise : elle a mis vingt ans pour essayer de retrouver son enfant. Et encore n’est-ce pas de sa propre initiative. Dans la première lettre qu’elle lui écrira après ce long silence, elle cherche à expliquer sa détresse face à cette grossesse accidentelle, mal venue. Elle a signé les papiers de reconnaissance d’accouchement sous X dans un état de désarroi total, de discernement obnubilé.
Stéphanie finira par démêler l’écheveau du fiasco affectif entre elle et sa mère adoptive. Elle n’a jamais, écrit-elle, vraiment aimé Colette. Si elle a eu tant de mal à se détacher d’elle, à renoncer à la prendre comme un modèle d’identification, c’est qu’accepter “ce cordon ombilical artificiel, étranger à tout lien génétique”, c’eut été comme trahir celle qui l’avait mise au monde. Celle-ci retrouvée, vingt ans plus tard, tout devient plus simple pour Stéphanie. Elle n’est plus cette “bouteille à la mer que les marins se passent de main en main”. Elle a trouvé son marin. Enceinte, elle attend avec ferveur un fils qui, lui, connaîtra ses racines.
Ce dénouement heureux un peu forcé, cette évidente volonté d’optimisme n’enlèvent rien à l’intérêt d’un ouvrage qui ne dissimule pas ce qui se joue de douloureux dans une adoption et qui peut, parfois, mettre en péril les meilleures volontés.