2008
Informations sociales
Le social en recherche
Le social en recherche
— Dominique SAINT-MACARY, Gilbert LAGOUANELLE, Géographie de la pauvreté, statistique d’accueil 2006, Secours catholique, département Enquêtes et analyses statistiques, 106, rue du Bac, 75341 Paris cedex 07, 2007, 36 p. + fiches régionales + cd interactif. www.secours-catholique.org
— Patrick FESTY, Lidia PROKOFIEVA (coord.), Mesures, formes et facteurs de la pauvreté., Approches comparatives. Document de travail, INED, 133, boulevard Davout, 75980 Paris cedex 20, 151, 2008, 196 p. www.ined.fr
Denis CAGNE, Mélanie SEVIN (coordination), L’asile en France et en Europe, état des lieux 2007, 7e rapport annuel de Forum réfugiés, BP 1054/69612 Villeurbanne cedex, juillet 2007, 244 p. www.forumrefugies.org
Le nombre des demandeurs d’asile a baissé de 16 % pour l’ensemble des pays européens entre 2005 et 2006. On devrait se réjouir de ce chiffre s’il ne dissimulait pas un double mouvement. On pourrait penser que la baisse du nombre des demandeurs d’asile tient à une réduction des tensions et des conflits dans les pays d’exil. C’est en partie vrai : des conflits ont été résolus ou sont devenus plus confinés, dans certains pays comme en Indonésie, ou en Angola, le processus démocratique s’est poursuivi ailleurs permettant aux populations de rentrer chez elles. Mais, surtout, on assiste à une modification structurelle des conflits qui laisse moins de place aux confrontations entre les États tout en accentuant les guerres civiles et les confrontations internes comme au Soudan, en Irak ou au Sri Lanka. Les déplacements de population se font à l’intérieur même des pays concernés. Alors même que ces populations se trouvent moins bien protégées, elles pèsent d’un moindre poids dans les déplacements transfrontaliers. La baisse des chiffres ne tient pas qu’à la situation dans les pays de départs, elle est liée, en large part, au comportement des pays d’arrivée. Ceux-ci mélangent les flux d’exilés et les flux migratoires, voulant réduire ces derniers pour des raisons multiples, conjuguant le populisme, les arguments pseudo économiques et une valorisation du tout sécuritaire, mettent leurs frontières sous tensions et bloquent les arrivées, sans souci des causes des déplacements. Si la mondialisation est une aubaine pour les marchandises et les touristes, elle ne profite pas aux personnes en souffrance dans bien des pays en déshérence. On ne s’étonnera pas de savoir que la France est particulièrement performante dans ce mouvement. La baisse du nombre des demandeurs d’asile y a été de 38 %, dans l’Europe des 25. Seules l’Autriche, la Lettonie, la Slovénie et Chypre ont fait mieux, ou pire, c’est selon le point de vue du lecteur. Pays-Bas, Suède et Portugal restent des terres d’accueil en Europe. 1471
La solitude, ça existe beaucoup
Anne Carole BENSADON et coll., Enquête “Isolement et vie relationnelle”, Collectif Combattre la solitude des personnes âgées, septembre 2006, 238 p. Téléchargeable sur www.petitsfreres.asso.fr
La canicule de l’été 2003 a montré la fragilité et la vulnérabilité des personnes âgées surtout lorsque celles-ci vivent seules. Dans une démarche qui n’est pas sans rappeler la fondation du collectif Alerte dans le domaine de la lutte contre la pauvreté, plusieurs associations disposant de réseaux dont les membres interviennent régulièrement auprès de personnes âgées se sont regroupées au sein d’un collectif “Combattre la solitude des personnes âgées”. Entre janvier et mars 2006, ce collectif a lancé une enquête auprès de 5000 personnes de plus de 60 ans. Ces questionnaires qui devaient être remplis au cours d’un entretien confirment l’étendue de l’isolement des personnes âgées, isolement objectivé à travers la fréquence des contacts et des échanges avec d’autres personnes, mais ils montrent aussi l’importance, plus subjective, du sentiment de solitude. Le tiers des personnes interrogées se sentent souvent ou très souvent seules. Paradoxalement, ce taux est plus important pour les personnes qui vivent en collectivité. La solitude comme sentiment s’accroît avec l’âge du fait d’une santé plus défaillante, de la disparition des proches, de l’amenuisement des réseaux relationnels, mais elle semble surtout d’autant plus forte que les ressources des personnes âgées sont faibles. Si les auteurs de l’étude rappellent les différentes mesures prises par les pouvoirs publics depuis la canicule, ils insistent fortement sur la nécessité de prendre en compte la diversité des solitudes et le besoin d’une gestion de proximité des services. La suggestion d’un renforcement de la coordination au niveau individuel sous la forme d’une sorte de care manager est particulièrement intéressante. 1472
Se loger, galère à tous les étages
Fondation Abbé-Pierre, L’État du mal-logement en France, Rapport annuel 2008, 3-5 rue de Romainville, 75019 Paris, 294 p., janvier 2008. www.fondation-abbe-pierre.fr
Mise en couple, déménagement pour obtenir un logement plus grand suite à des naissances, séparation, changement de résidence au moment du départ en retraite ou pour une raison liée à l’emploi, les occasions de chercher un logement sont multiples. Près de quatre millions de ménages cherchent un logement chaque année et plus de trois millions déménagent effectivement. Cette quête du logement est devenue pour de nombreuses familles un véritable casse-tête. L’intérêt du dernier rapport de la Fondation Abbé- Pierre pour le logement des défavorisés est de montrer que les difficultés de logements rencontrées par les personnes les plus pauvres ne sont en fait qu’une des conséquences du fonctionnement du marché de l’immobilier. Certes, de plan Borloo en loi de cohésion sociale, la production de logement a été fortement relancée ces dernières années mais sur chaque segment du marché du logement, les priorités sont accordées aux ménages ayant les niveaux de ressources les plus élevés. L’accession s’adresse aux personnes à revenus les plus élevés, le soutien au secteur locatif privé se fait sur des produits à peine accessibles aux classes moyennes intermédiaires, quant à la production de logement sociaux elle repose sur le PLS dont le coût des loyers est insupportable pour la majorité des demandeurs de logements sociaux. L’existence de logements dégradés, le recours à l’hébergement en cas de grandes difficultés, tout cela n’est pas un dysfonctionnement mais la conséquence logique d’un marché orienté vers les patrimoines et non vers les personnes. Dans un tel contexte, le pessimisme manifesté par les auteurs du rapport à propos de l’impact de la loi sur le logement opposable n’est pas une grande surprise. 1473
Dominique SAINT-MACARY, Gilbert LAGOUANELLE, Géographie de la pauvreté, statistique d’accueil 2006, Secours catholique, département Enquêtes et analyses statistiques, 106, rue du Bac, 75341 Paris cedex 07, 2007, 36 p. + fiches régionales + cd interactif. www.secours-catholique.org
En dépit du développement des plates-formes d’observation sociale, les données relatives à la pauvreté et à l’exclusion restent hétérogènes à l’échelle régionale. En octobre dernier, la publication par l’INSEE d’un numéro d’Insee-première sur les inégalités et la pauvreté dans les départements et les régions a constitué une première de la part de cet organisme. Depuis plusieurs années, le Secours catholique annexe à son rapport national une présentation régionale des résultats de son investigation annuelle. Certes, les informations produites ne constituent pas un échantillon représentatif, mais décrivant une population de plus d’un million et demi de personnes qui s’adressent aux permanences du Secours catholique pour un secours ou une demande d’aide, elles permettent, au fil des années, de mieux comprendre les inflexions de la pauvreté. Le rapport de 2007 décrit une population pauvre qui aurait plutôt tendance à se réduire légèrement mais dont le vieillissement régulier, la montée de l’isolement, l’importance des familles avec un seul adulte disent l’accroissement des fragilités. Il n’est pas impossible que nous assistions, en lien avec la baisse du chômage, à une diminution du nombre de personnes en situation de pauvreté. Les personnes les plus proches de l’emploi retrouveraient du travail et des revenus, pour les autres, la vie quotidienne se ferait plus difficile. Un cédérom d’une grande facilité d’usage complète le rapport. 1474
Patrick FESTY, Lidia PROKOFIEVA (coord.), Mesures, formes et facteurs de la pauvreté., Approches comparatives. Document de travail, INED, 133, boulevard Davout, 75980 Paris cedex 20, 151, 2008, 196 p. www.ined.fr
Il est fréquent de trouver l’explication selon laquelle les Suédois seraient moins pauvres que les français, lesquels seraient plus riches que les Grecs ou les Italiens. Ces comparaisons usuellement utilisées par les statisticiens européens mériteraient pourtant d’être sérieusement interrogées car la plupart des mesures de la pauvreté reposent sur une définition relative de la pauvreté monétaire. Or celle-ci n’est pas la même en Pologne et en Belgique, voire même en Ardèche et en Vendée, ce qui rend la comparaison malaisée. Les travaux présentés dans ce document de travail de l’INED ont été discutés dans un séminaire rassemblant des chercheurs russes et français. Plusieurs textes analysent l’intérêt et les limites d’utiliser des mesures de la pauvreté portant sur les conditions de vie ainsi que sur des enquêtes de pauvreté subjective. Quelques exemples italiens et maghrébins montrent la très grande diversité de perception de la pauvreté selon les lieux d’habitat et les modes de vie. De nombreux textes analysent l’évolution de la pauvreté et des inégalités en Russie dans un rapport original et d’un réel apport méthodologique pour les passionnés de comparaisons. 1475
Protection de l’enfance, nouvelles données
Paul DURNING, Anne OUI, (coord.), Rapport annuel de l’Observatoire national de l’enfance en danger, Oned, 63 bis Boulevard Bessières, 75017 Paris, décembre 2007, 114 p. www.oned.gouv.fr
Il y a dans toute observation, et par conséquent dans tout observatoire, un effet de réverbère : on n’observe bien que ce que l’on éclaire. Or, au cours de l’année 2007, les angles d’éclairage de l’action sociale et publique en direction des enfants ont été singulièrement modifiés par le législateur. Cinq textes ont été promulgués le 5 mars visant à infléchir les politiques de prévention et de protection de l’enfance. Au terme de ce marathon législatif, la césure entre des maires en charge du pilotage de la prévention de la délinquance et des présidents de conseils généraux confirmés comme chefs de file de la protection de l’enfance se trouve confortée. Coordonnateurs, observatoires départementaux, conseils pour les droits et devoirs des familles, de nouvelles instances apparaissent, ou des évolutions se trouvent renforcées, s’agissant, par exemple, du rôle des parquets. Le rapport de l’ONED, analyse finement et sans concessions cette nouvelle donne. Il en montre les intérêts, mais aussi les limites et surtout les ambiguïtés en matière de responsabilisation et ou de soutien apporté aux familles. La seconde partie du rapport prolonge pour la troisième année consécutive l’exploitation des données disponibles sur les jeunes pris en charge au titre de la protection de l’enfance. La très légère augmentation des chiffres ne permet pas à l’Oned de conclure à une réelle progression des mineurs pris en charge mais plutôt à une stabilisation autour de 1,8 % des moins de 18 ans pris en charge en 2005 en France au titre de la protection de l’enfance. La création des observatoires départementaux conduit l’ONED à formuler une série de recommandations et de réflexions sur les données départementales, afin de rendre convergentes et compatibles des collectes d’informations qui doivent rendre aussi compte de situations territorialisées. 1476
Jean-Yves BARREYRE, 2004-2006, mémoires DSTS et CAFDES, CEDIAS, 5 rue Las-Cases,75007 Paris, décembre 2007, 64 p. www.cedias.org
Par circulaire nËš 651 du 21 octobre 1996, la Direction de l’action sociale a chargé le CEDIAS-Musée social de mettre en Å“uvre un dispositif global de valorisation des meilleurs mémoires des candidats reçus au Diplôme supérieur en travail social (DSTS) et au Certificat d’aptitude aux fonctions de directeur d’établissement social (CAFDES). Ce dispositif comporte notamment la conservation, le catalogage et la mise à disposition du public des meilleurs mémoires DSTS et CAFDES. Ces mémoires, dont la note est égale ou supérieure à 14/20, sont déposés et consultables sur place à la bibliothèque depuis 1996. Régulièrement le CEDIAS, seul ou en partenariat avec d’autres organismes, propose des journées de présentation de certains mémoires. On retrouve également des échos de cette production dans la revue du CEDIAS Vie sociale. Dans le cadre de cette valorisation, Jean-Yves Barreyre, directeur du CEDIAS, propose une rapide présentation de près de 500 mémoires couvrant les années 2004 à 2006. Pendant cette période, le quart des mémoires traitent de questions relatives à l’identité et aux pratiques des professionnels du travail social. Le thème de la participation des usagers vient ensuite. De très nombreux résumés de mémoires viennent illustrer ces thèmes. 1477
Vers une politique publique de l’adolescence
Dominique VERSINI et collaborateurs, Adolescents en souffrance, Rapport thématique 2007, la Défenseure des enfants, Paris, 2007, 122 p. Téléchargeable www.defenseuredesenfants.fr
Ouvrez le rapport d’activité 2007 de la Défenseure des enfants. Vous n’y retrouverez plus la signature habituelle de Claire Brisset, dont le mandat de six ans se terminait en 2006. Les enfants sont maintenant défendus par Dominique Versini, ancienne secrétaire d’État chargée de la lutte contre la précarité et l’exclusion. Les activités et les missions de cette institution sont restées identiques ; toutefois, depuis la loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l’enfance, tout membre de la famille d’un mineur mais également les services médico-sociaux peuvent saisir la Défenseure des enfants dont on pourrait dire qu’elle est une sorte de Médiateur de la République spécialisée. Fermez le rapport et retournez-le. Miracle, un autre rapport apparaît sur le thème de l’adolescence en souffrance. Si le constat des difficultés de l’adolescence n’est pas nouveau, les auteurs du rapport insistent sur la conjonction des difficultés traditionnelles du passage d’un âge à l’autre et des vulnérabilités induites par la période lorsque la précarité et l’exclusion s’ajoutent aux transformation des systèmes familiaux. Au-delà de la seule analyse, le rapport fourmille d’exemples de ce que pourraient être des politiques publiques plus dynamiques et plus actives dans le champ non pas de la seule protection de l’enfance mais de la protection des adolescents. 1478
Alzheimer, la construction d’un problème
Laëtitia NGATCHA-RIBERT, La sortie de l’oubli : la maladie d’Alzheimer comme nouveau problème public. Sciences,discours et politiques, Thèse pour le doctorat de sociologie, Université Paris-Descartes, Faculté des sciences humaines et sociales - Sorbonne. GEPECS, 45 rue des Saints-Pères, 75270 Paris cedex 06. Directeur Anne Marie Guillemard, décembre 2007, 535 p. www.gepecs.fr
Pratiquement inconnue du grand public et même de nombreux médecins jusqu’au début des années 2000, la maladie d’Alzheimer apparaît maintenant partout. Elle fait le thème de chansons et d’émissions de télévision, des plans gouvernementaux lui sont consacrés après chaque élection, des associations se créent pour prendre en charge les malades et aider leurs familles et nous allons payer sur chacun des actes médicaux une franchise pour financer le dernier plan. La maladie serait-elle en train de bouleverser notre avenir ? Une épidémie nouvelle, comme ce fut le cas pour le Sida au début des années quatre-vingts est-elle soudainement apparue ? La réalité est plus complexe. Pendant longtemps, des personnes âgées sont décédées dans des états que la statistique de mortalité qualifiait de “mal définis” et de nombreuses personnes très âgées succombaient après des étapes plus ou moins longues de démences séniles. Dans une passionnante thèse de sociologie, Laëtitia Ngatcha-Ribert montre comment cette pathologie, décrite pour la première fois en 1906 par Aloïs Alzheimer, a été unifiée dans les années soixante-dix par le regroupement d’un ensemble de démences séniles. Le problème avait alors suffisamment d’importance pour apparaître dans le champ des politiques sanitaires et sociales, puis des politiques tout court. Aux yeux de l’opinion publique, cette pathologie tombait à point nommé pour donner une image à la question de la dépendance et surtout pour mettre un nom à nos peurs de vieillir et surtout de vieillir dans l’oubli de soi et du monde. 1479