Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
156 pages

p. 41 à 42
doi: en cours

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Partie 1 : Heurts et bonheurs de l'adoption

n° 146 2008/2

2008 Informations sociales Partie 1 : Heurts et bonheurs de l’adoption

... en contrepoint - Adopter un point de vue

Alain Vulbeau
La rhétorique est l’art de bien parler, de mettre en Å“uvre de multiples techniques pour ornementer les discours. Parmi celles-ci, la métaphore est un procédé bien connu qui permet, par analogie, de transférer les propriétés d’une chose vers une autre pour en faciliter la compréhension ou rendre l’argumentation plus suggestive. Nous allons procéder à l’examen de cette figure du discours avec l’expression courante : “... en contrepoint - Adopter un point de vue”.
Il faut considérer d’abord la notion de “point de vue”. Cette locution est une image qui introduit la topographie dans le discours. Le mot “vue” n’est pas sollicité dans son acception première, mais au sens d’une façon de penser. Dès lors, le point de vue devient, selon le Robert, l’endroit où l’on doit se placer pour voir un objet le mieux possible. Ce lieu est l’espace d’une opinion particulière qui invite donc à un déplacement. C’est parce que l’on n’a pas les mêmes points de vue qu’il faut rejoindre le terrain de son interlocuteur pour le comprendre.
Le point de vue est une métaphore qui évoque un espace bien réel d’où l’on peut admirer un panorama naturel ou urbain. Il est forcément établi sur un site élevé et souvent identifiable par la présence d’une table d’orientation. On sait qu’il s’agit d’un point de vue parce qu’une carte présente le territoire et nomme l’ensemble des points du paysage (châteaux, montagnes, monuments, etc.). Il suscite une émotion car il manipule plusieurs échelles : le proche et le lointain, soi et les autres, la vastitude du monde et la finitude humaine…
De façon identique, c’est le jeu avec l’émotionnel qui peut susciter le changement d’opinion. Ainsi, adopter un point de vue consiste à faire sienne une pensée qui ne l’était pas au départ. Si l’on file la métaphore, on peut imaginer qu’il existe deux façons de changer d’opinion. L’adoption simple laisse subsister des liens avec la famille de pensée d’origine, ce qui veut dire qu’on accepte momentanément une certaine façon de voir les choses. L’adoption plénière signifie la rupture avec la famille de pensée d’origine. Dans ce dernier cas, on n’est pas loin de la conversion. Dans les deux cas, on recompose la famille des idées en fonction d’un groupe premier et d’un groupe second dont les pensées seront affiliées avec plus ou moins d’exclusivité.
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