2008
Informations sociales
Partie 2 : L’abandon et la période pré-adoption
... en contrepoint - Ne pas faire injure au passé de l’enfant
Caroline Helfter
Il est très différent d’adopter un tout-petit et de devenir le parent d’un enfant déjà grand, explique le Pr Bernard Golse, qui situe la démarcation entre adoptions précoces et tardives aux alentours de l’âge de 3 ou 4 ans, c’est-à-dire lorsque l’enfant dispose du langage et a déjà vécu sa période Ĺ“dipienne avec d’autres adultes que ses parents adoptifs
[1]. La question est alors de savoir si l’enfant se trouve en mesure, ou non, de transférer sur ces derniers le système de liens et de relations différenciés établis précédemment avec les personnes qui s’occupaient de lui, et l’histoire qu’ils ont co-construite, ensemble, de manière pré-verbale, au fil de ces interactions précoces. À ce dernier égard, le changement est, lui aussi, possible, à condition que “les parents adoptants ne soient pas parasités par les premières figures d’attachement de l’enfant, ni paralysés par le début d’une histoire (toujours rétro-dite et reconstruite) qui leur échappe en partie
”, précise le pédopsychiatre et psychanalyste. Autrement dit, il leur faut être respectueux d’un “ inconnu-partiellement-inconnaissable
” qui s’infiltre dans leurs relations avec leur enfant, afin de pouvoir en faire, malgré tout, “une des racines de la nouvelle histoire qu’ils ont à écrire avec lui, en tenant compte également de l’enfant qu’ils ont eux-mêmes été
”. De la qualité de ce travail de co-écriture, dans l’après-coup, dépendent en grande partie la force et la profondeur des liens d’attachement et de filiation qui vont s’établir entre l’enfant, fût-il déjà grand, et ses parents adoptifs, souligne le Pr Golse.
Dans la mesure où la confrontation avec un individu déjà quelque peu différencié nécessite que ces parents fassent montre de grandes capacités d’adaptation, ajoute le spécialiste, la procédure d’agrément, dont la durée maximale a été fixée, de manière symbolique, à neuf mois, constitue probablement, pour eux, une période de “grossesse psychique” encore plus décisive que pour ceux qui vont devenir parents d’un bébé.
[1]
In
Enjeux de l’adoption tardive,
ouvrage collectif publié sous la direction d’Ombline Ozoux-Teffine, Érès 2004, 286 p., 25 euros.