2008
Informations sociales
Partie 1 : Réseaux sociaux : diversité des approches
... en contrepoint - Les défis d’Internet
Alain Vulbeau
Manuel Castells, 2001, La galaxie Internet, Paris, Fayard, 22 euros
Marshall McLuhan avait, en son temps, inventé le concept de “galaxie Gutenberg” pour désigner un univers de la communication déterminé par les produits de la presse à imprimer. Désormais, pour Manuel Castells, il faut compter avec la “galaxie Internet”, qui permet à la multitude de communiquer avec la multitude, et ce, sur toute la planète et à chaque instant. Internet est typiquement l’illustration de ce qu’est un réseau, c’est-à-dire “un ensemble de nÅ“uds interconnectés”, fonctionnant de façon flexible et horizontale entre des participants volontaires. Jusqu’à présent, la force des réseaux s’arrêtait là où commençait celle des organisations et des institutions, verticales et centralisées, capables de coordonner les fonctions et de concentrer les ressources. Or, cette concurrence n’est plus de mise avec Internet, qui articule les qualités des réseaux et les forces des organisations. Cette spécificité historique a des effets dans tous les domaines de la vie économique et sociale, locale et internationale qu’il faut penser, sous peine de devenir dépendants de prophéties exaltées ou catastrophistes.
Internet est “une technologie de la liberté”, mais ce constat vaut aussi bien pour les dominants qui oppressent que pour les dominés qui veulent se défaire de leur carcan. Autrement dit, l’auteur propose d’inscrire la réflexion dans une dialectique domination/libération et d’affronter les défis majeurs d’Internet et de la société en réseaux.
Un premier défi concerne la liberté de communication. Il y a certes une dynamique de libre communication entre les réseaux sociaux et mondiaux, en apparence illimitée. Cependant, des intérêts économiques, idéologiques et politiques sont susceptibles de restreindre ou de contraindre les communications en s’appropriant les infrastructures technologiques, en filtrant les accès à certaines données et en monopolisant certains usages. La question qui se pose est donc d’intégrer ces risques au fonctionnement démocratique.
Un deuxième défi est celui de l’exclusion. Bien connu sous l’expression de “fracture numérique”, ce thème renvoie aux conséquences de la non-connexion à Internet pour certaines populations. Alors que les dernières lignes de fracture semblaient passer par l’opposition Nord/Sud, il faudra compter désormais avec la distinction entre connectés et non-connectés.
Un troisième défi porte sur l’éducation, qui peut se définir non plus seulement comme le fait d’apprendre, mais comme la possibilité d’apprendre à apprendre. Le problème est d’acquérir des capacités à traiter l’information et à produire du savoir. L’auteur estime qu’il faut avant tout concevoir de nouvelles pédagogies fondées sur l’interactivité, sur l’individualisation et sur l’auto-formation.
Parmi d’autres, il cite un dernier défi majeur : celui de trouver les acteurs et les institutions capables de relever tous ces défis. Pour M. Castells, l’espoir se trouve dans une démocratie activée “par le bas”, donc par les réseaux où nous devons agir. Ce sont nos réseaux qui doivent s’engager dans ces tâches car “si nous ne nous occupons pas des réseaux, les réseaux s’occuperont de nous”.