Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
138 pages

p. 4 à 6
doi: en cours

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Introduction

n° 147 2008/3

2008 Informations sociales Introduction

De l’usage des réseaux sociaux

Maria Maïlat Anthropologue, écrivain, directrice d’ARTEFA (association loi 1901 de formation, évaluation et montage de projet dans le domaine social, culturel et médico-social), elle a publié de nombreux articles et plusieurs livres. Bibliographie sur: http://artefa.cabanova.fr/. Sandrine Dauphin
Depuis une dizaine d’années, le développement important des réseaux techniques (Internet et la téléphonie portable) a facilité l’essor des réseaux sociaux. Le monde devient un village planétaire grâce aux moyens de mise en réseau qui nous font parler d’une toile ou du Web, comme si le monde géographique, physique, était désormais doublé d’un large filet invisible, permettant de tisser des liens les uns avec les autres sans tenir compte des contraintes géographiques et sociales. Le succès de sites communautaires tels que Facebook, qui permet tout à la fois de chercher de nouveaux amis, de partager ses photos ou ses vidéos, de jouer en ligne, etc., ou encore de Myspace, qui ouvre sur le monde de la musique, sont des modèles du genre. Le réseau technique est largement utilisé dans la recherche d’amis, de copains d’antan ou d’âme sÅ“ur, autant que dans le maintien des liens d’amitié plus récents et même des liens au sein de la famille, de sorte qu’on découvre une évolution des réseaux sociaux due aux nouvelles modalités techniques de communication. La téléphonie mobile ouvre désormais encore de nouvelles possibilités où son “petit monde” sera transporté partout avec soi...
Mais nous nous trouvons pourtant face à un paradoxe : ce développement technique de la communication humaine planétaire semble réduire considérablement les échanges réticulaires entre voisins d’immeuble, de quartier, ou encore entre collègues. Il n’est plus nécessaire de se côtoyer physiquement : depuis notre espace privé, nous pouvons être reliés à de nombreuses autres personnes avec lesquelles nous parvenons à échanger sur les aspects les plus intimes de notre quotidien. On assisterait ainsi à une recomposition de notre position dans la société : l’isolement d’un individu peut être très important, alors que par Internet et la télévision, il est en “contact” avec les événements de l’histoire contemporaine et il peut “tchatcher” avec une autre personne qui se trouve à l’autre bout de la planète.
Face à ce paradoxe, l’objectif de ce numéro d’Informations sociales est de faire un état des lieux des questionnements sur l’articulation entre réseaux techniques et réseaux sociaux, sur la nature des liens qui se créent alors entre individus. Par réseau social, nous entendons “un ensemble d’unités sociales et de relations que ces unités sociales entretiennent les unes avec les autres [1].
Comment et avec quelles contraintes les individus se constituent-ils des réseaux ? Quel est l’apport d’un travail en réseau pour les professionnels du secteur social et médico-social ? Quelles sont les particularités des réseaux familiaux et amicaux au regard du lien social et des transformations que ce dernier a subi ces dernières années ?
Il nous a semblé important, en premier lieu, de consacrer la première partie de ce numéro aux nouvelles approches de la théorie des réseaux sociaux et familiaux. Les spécialistes ont-ils pu affiner leurs théories et grilles d’analyse pour mieux appréhender ces nouveaux tissus réticulaires des hommes ? Deux tendances divergentes semblent traverser les groupes de chercheurs en matière d’analyse des réseaux : la première tente de critiquer et même de mettre en cause cet obscur objet d’étude nommé réseau. Aux liens de type réseau – trop friables, évanescents –, certains chercheurs opposent les liens plus solides créés par la famille et par les institutions. La seconde tendance étudie les liens sociaux en résonance avec les réseaux de communication techniques et cherche à comprendre les modifications induites dans la vie quotidienne, mais aussi dans les institutions et dans la famille. Entre ces deux tendances se situe une autre approche qui, sans se demander si les réseaux ont ou non une existence spécifique, cherche à mettre en évidence le sens donné par les personnes elles-mêmes à leur réseau et au fonctionnement en réseau.
Une deuxième partie est consacrée aux pratiques des professionnels associées à un fonctionnement en réseau où les notions de hiérarchie, de pouvoir, de contrôle et de contrat social sont importantes à explorer. Les réseaux professionnels dont il est question ici sont les partenariats entre institutions : c’est notamment une pratique courante dans le champ du travail social auquel nous nous attacherons plus particulièrement. Globalement, dans le domaine de l’intervention sociale et médico-sociale, la méthodologie du travail en réseau s’est développée depuis les années 1990, plus particulièrement par les réseaux ville/hôpital, mais aussi par les politiques interministérielles de prévention, qui ont besoin du vecteur réseau afin d’être mises en pratique.
Enfin, la troisième partie est consacrée aux réseaux familiaux et amicaux. Cohésion, réciprocité, symétrie, sociabilité, dette/don, frontière entre l’espace intime et l’espace public sont autant d’aspects qui permettent, avec la méthode des graphes issue des théories des réseaux, d’offrir un éclairage nouveau concernant les solidarités familiales, ou encore les nouvelles formes de sociabilité et la nature des liens sociaux.
 
NOTES
 
[1]Merklé P., Sociologie des réseaux sociaux, La Découverte, coll. “Repères”, 2004, p. 4.
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