Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
132 pages

p. 106 à 107
doi: en cours

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Partie 3 : L'effectivité des politiques publiques

n° 148 2008/4

2008 Informations sociales Partie 3 : L’effectivité des politiques publiques

... Rubriques - L’Observatoire des inégalités : un état des lieux

Louis Maurin Journaliste au magazine Alternatives économiques, où il est en charge des questions de société, et directeur de l’Observatoire des inégalités, il a notamment codirigé, avec Patrick Savidan, L’état des inégalités en France 2007, paru en septembre 2006 aux éditions Belin.
La création de l’Observatoire des inégalités [1], en 2003, résulte de la conjonction de deux grands facteurs. Le premier est l’insuffisance des informations sur ce thème dans notre pays. L’Observatoire n’aurait pas lieu d’être si la collecte et la diffusion des données par les services publics étaient à la hauteur de l’enjeu. Ce n’est malheureusement toujours pas le cas. L’appareil statistique français demeure d’une grande pauvreté dans la connaissance et la mise à disposition d’éléments factuels sur les inégalités... L’action de l’Observatoire des inégalités vise, en révélant les lacunes actuelles, à faire en sorte que les institutions améliorent leurs pratiques dans ce domaine.
Le second, plus fondamental, est la menace pour la démocratie que constitue la montée des inégalités, notamment sous la pression du chômage et de la dégradation du marché du travail. Ce phénomène ne pose donc pas uniquement un problème de justice sociale, c’est aussi un problème politique. Non seulement les inégalités offrent un terreau à la montée de l’extrême droite en Europe, mais elles favorisent le scepticisme civique et le cynisme social.
Dans ce contexte, le rôle de l’Observatoire des inégalités est de dresser un état des lieux qui soit le plus complet possible, tout en demeurant accessible au plus large public [2]. Cet état des lieux combine différents domaines (revenus, éducation, emploi, etc.) et des catégories de populations (hommes et femmes, Français et étrangers, catégories socio-professionnelles, etc.). Pour comprendre la situation actuelle, l’Observatoire fait appel à un grand nombre de disciplines des sciences humaines : sociologie, économie, philosophie, droit, géographie, etc.
 
Rendre visibles les inégalités
 
 
Cette situation d’observation n’interdit pas de prendre manque un mot position sur les politiques publiques, de mesurer leurs effets en termes d’inégalités, de formuler des pistes pour avancer vers l’égalité ou de signaler telle ou telle action remarquable. En revanche, l’Observatoire refuse une position militante : son objectif est d’alimenter un débat ouvert entre des positions de sensibilités différentes. Il essaie de donner la parole à tous ceux qui lui semblent ouvrir des voies vers l’égalité. Il n’est pas un mouvement politique. Son rôle n’est pas d’appuyer tel ou tel parti ou association, mais de contribuer à éclairer ou à critiquer les choix publics.
Plusieurs facteurs contribuent à rendre ce travail nécessaire. Ceux qui bénéficient de l’accroissement des inégalités n’ont, le plus souvent, aucune raison de vouloir rendre visible le phénomène. En France en particulier, le libéralisme économique ne va pas toujours de pair avec celui de l’information… Depuis la fondation de l’Observatoire, la thématique des inégalités est revenue sur le devant de la scène, mais généralement en occultant des questions clés et notamment une réflexion sur le fonctionnement de la société dans son ensemble.
Ce travail est également nécessaire parce que les logiques productrices d’inégalités se transforment. La société du savoir s’étend. L’école est un puissant vecteur d’égalisation des conditions mais elle donne aussi aux inégalités une nouvelle légitimité. Le titre scolaire est acquis sur la base d’une apparente égalité devant l’évaluation scolaire, ce qui lui donne une force considérable : il symbolise l’effort personnel, l’intelligence. Mais en pratique, l’allongement des scolarités cache le maintien de mécanismes de reproduction des catégories sociales très puissants, notamment dans une société qui accorde une place démesurée aux diplômes. De même, l’enrichissement des ménages – dont témoigne l’équipement des foyers, par exemple – cache des inégalités de plus en plus qualitatives, inscrites dans des pratiques sociales qu’il est malaisé de décrire et de mettre à jour : tout le monde dispose de la télévision, mais qui regarde quoi ? Qui dispose de personnel à domicile ou part en congé l’hiver ?
 
Penser l’égalité
 
 
En parallèle, l’Observatoire mène une réflexion sur la question de l’égalité. Par exemple, l’équité ou l’égalité des chances demeurent des principes insuffisants [3]. Nous devons voir au-delà. Décrire les conditions de l’égalité ne suffit pas à définir les conditions de fonctionnement d’une société, et peut même conduire à un contresens important. Une société égalitaire fondée sur la seule compétition, même la plus équilibrée possible, n’est pas nécessairement une société où l’on vit bien. La coopération, le partage, le désintéressement, la solidarité contribuent au fonctionnement harmonieux d’une société (notamment par la qualité du lien social) au-delà de son caractère égalitaire. L’égalisation des conditions peut tout à fait être conçue comme un correctif insuffisant. L’exacerbation de l’idée de compétition, de concurrence, du “chacun pour soi” est aussi un des éléments qui nuisent au bien-être des individus.
L’arbre des discriminations cache-t-il les inégalités sociales ?
Dans ce contexte, traiter la question des discriminations implique une réflexion particulière. Elle est réapparue fortement dans le débat public depuis quelques années. Les principales victimes du phénomène sont les femmes et les populations dites “visibles”, parce qu’elles diffèrent par la couleur de la peau ou par le patronyme notamment. L’écart de salaire entre les hommes et les femmes demeure important, en moyenne de l’ordre de 25% même si la part liée à la discrimination est difficilement mesurable [4]. Si en moyenne les salaires féminins sont inférieurs de 25 % à ceux des hommes, la discrimination pure (hors effet de l’expérience, des niveaux de qualification ou des types d’emplois occupés) serait de l’ordre de 7 % [5].
Les enquêtes concernant les immigrés et leurs descendants ou les étrangers font apparaître des écarts qui peuvent difficilement être liés à d’autres facteurs que des discriminations. Il ressortait du recensement de 1999 des taux de chômage supérieurs à 35 % pour les trentenaires originaires d’Algérie, de Tunisie ou d’Afrique sub-saharienne, contre 10 % pour la moyenne de la population active. Des expériences de testing – où des candidats différenciés uniquement par l’apparence sont présentés – ont confirmé ces discriminations.
Cette situation heurte frontalement les valeurs universalistes de la République. Longtemps, on a sous-estimé les discriminations liées au patronyme ou à l’apparence, au nom des inégalités sociales. Il n’en demeure pas moins qu’il faut replacer chaque facteur à sa juste place : le risque existe que l’on verse dans l’excès inverse, que la problématique des discriminations éclipse désormais celle des inégalités sociales. Aujourd’hui, les entreprises utilisent le thème de la “diversité”, en faisant mine d’oublier que les minorités visibles ou les femmes sont les premières victimes des bas salaires et de la précarité. Elles se sont emparées de cette problématique avec des moyens énormes de communication, force discours, labels et autres chartes de bonne conduite sans grandes conséquences au fond.
Mettre en avant la discrimination – comme d’ailleurs la question de l’égalité des chances – permet d’aborder la question des inégalités sans mettre en cause globalement le fonctionnement du système social, notamment au sein de l’entreprise. L’objectif est que chacun puisse atteindre le sommet sans remettre en cause le fait que ce dernier se situe à une altitude très élevée du sol, de favoriser la mobilité en oubliant le poids des hiérarchies. La question de la “diversité” fonctionne alors comme une sorte de leurre pour l’opinion publique.
L’objectif de l’Observatoire des inégalités est de mettre en question à la fois les processus de discrimination et les inégalités sociales. Ce travail est complexe car faute de données précises, il est très souvent difficile de démêler les deux types de facteurs, et idéologiquement le débat est particulièrement clivé entre ceux qui mettent l’accent sur chacun des facteurs. Mais c’est justement le rôle de cet Observatoire que d’organiser un débat public, même difficile.
 
NOTES
 
[1]Voir le site : wwww. inegalites. fr
[2]Il a publié, à l’automne 2006, L’état des inégalités en France, 2007 sous la direction de Louis Maurin et Patrick Savidan, aux éditions Belin.
[3]Pour aller plus loin, voir Patrick Savidan, Repenser l’égalité des chances, Grasset, 2007. Patrick Savidan est le président de l’Observatoire des inégalités.
[4]Meurs D. et Ponthieux S., 2006, « L’écart des salaires entre les femmes et les hommes peut-il encore baisser ? », Economie et Statistique, n°398-399.
[5]Ce chiffre est à considérer comme un ordre de grandeur.
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[1]
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[2]
Il a publié, à l’automne 2006, L’état des inégalités en Fra...
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[3]
Pour aller plus loin, voir Patrick Savidan, Repenser l’égal...
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[4]
Meurs D. et Ponthieux S., 2006, « L’écart des salaires entr...
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[5]
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