2008
Informations sociales
Partie 3 : L’effectivité des politiques publiques
... en contrepoint - Femmes du monde
Paule Paillet
Titouan Lamazou est un homme aux multiples talents. Sa victoire en 1990 dans le Vendée Globe, son tour du monde en solitaire ont dessiné de lui le portrait d’un navigateur sans peur et sans reproche. C’est aussi un écrivain, avec ses carnets de voyage, un photographe et un peintre d’un talent et d’une sensibilité exceptionnels. Le superbe album Zoé Zoé, femmes du monde (du nom de sa petite fille) présente des portraits de femmes rencontrées au cours de ses errances maritimes. Chacune surgit dans sa vérité, son destin. La discrimination s’opère globalement à partir de la dualité sexuelle. T. Lamazou a choisi de nous parler des femmes. Il explique pourquoi, dans une analyse que n’aurait pas désavouée Simone de Beauvoir. « Les artistes sont les seuls à franchir la barrière des genres et à pénétrer le monde des filles. » Il a choisi ce deuxième sexe opprimé depuis la nuit des temps, privé de pouvoir et de crédit, mais qui est en train de se réveiller, d’affirmer son identité, d’accéder au militantisme, à l’action associative. Sa récolte est le résultat de coups de cĹ“ur, de rencontres savoureuses, d’affinités révélées. Nous faisons avec lui la connaissance de femmes de tous âges (la plus vieille a 97 ans !), de toutes nationalités, de tous statuts sociaux : la religieuse soudanaise côtoie la prostituée de Timor, l’avocate ougandaise, la brésilienne qui fouille les poubelles à Rio. Nous découvrons la vie d’une femme à Hollywood, d’une autre à Bollywood.
De ces existences si dissemblables, peut-on extraire des traits communs qui fonderaient une spécificité de la femme face au monde masculin ? Le sexe représente-t-il une frontière où s’enracinerait une discrimination ? Beaucoup de femmes de T. Lamazou connaissent à peine leur père, ou pas du tout ; des imbroglios ethniques brouillent les repères d’identité. On objectera que, dans des circonstances historiques semblables, il en va de même pour les hommes. Mais le dommage est pire pour les femmes du fait d’une vulnérabilité fabriquée par la société depuis des siècles. Les soubresauts de l’histoire ne les ont pas épargnées, les conflits politiques et/ou raciaux qui sont le fait des hommes, mais dont elles sont les premières victimes, des chocs frontaux avec la réalité qu’elles n’ont pas oubliés : une rockeuse chinoise évoque Tienanmen, une native de l’Ohio le Ku Klux Klan, une romanichelle arlésienne veut que l’on se souvienne du génocide des gitans. Une Tibétaine rêve de rejoindre le Dalaï Lama. Deviennent-elles pour autant des activistes de terrain ? Une Américaine, émule de Lysistrata, préconise une grève de l’amour : ce serait alors pour elle la fin des combats. Une boutade peut-être mais qui trouve un écho chez une Ougandaise : « Le viol est un mal qui s’installe dans notre société ». Une Ghanéenne dénonce le « business du trafic humain » obligeant les femmes à se prostituer pour gagner l’argent nécessaire à l’exil. C’est précisément afin de protéger leurs consĹ“urs contre le risque du sida que des militantes créent des centres d’accueil pour la dédramatisation des victimes. Une sexualité asservie, c’est un des points névralgiques de la condition féminine. T. Lamazou a voulu mettre en lumière la dignité et la beauté de toutes les femmes du monde. Il y est magnifiquement parvenu.
Titouan Lamazou, Femmes du monde, Paris, Gallimard, 2007, 39 euros.