Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
132 pages

p. 139 à 143
doi: en cours

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Le social en recherche

n° 148 2008/4

2008 Informations sociales Le social en recherche

Le social en recherche

Former à l’évaluation, Claire TOURMEN. Les compétences des évaluateurs, le cas des évaluateurs de politiques publiques. Thèse de doctorat en sciences de l’éducation, Université Pierre Mendes-France, Grenoble 2, Laboratoire des sciences de l’éducation, 151 rue des universités, 38400 Saint Martin d’Hères, décembre 2007, 377 p.

De la demande formulée par une collectivité locale, une administration, une association ou un service à la remise du rapport, dont on peut repérer les effets sur les prises de décisions, la démarche évaluative peut être longue et complexe. Depuis plus de vingt ans, un marché de l’évaluation s’est développé dans le champ des politiques publiques et particulièrement dans le secteur social. Membres de cabinets-conseils, d’équipes de recherche, de bureaux d’étude, travaillant dans de grosses structures ou totalement isolés, les évaluateurs ne constituent ni un métier ni une profession. En revanche, la conduite d’une évaluation suppose de pouvoir mobiliser un ensemble de compétences. Il faut savoir, à la fois, conduire un projet, une démarche d’étude, connaître le secteur, se confronter à des problèmes éthiques mais aussi à l’exploitation de données qualitatives et quantitatives. L’évaluateur, senior ou débutant, doit savoir écrire justement, compter habilement, expliquer, convaincre. La thèse de Claire Tormen constitue une passionnante et rare incursion dans le monde des évaluateurs, les difficultés qu’ils doivent résoudre et les compétences qu’ils doivent mobiliser. Les différentes tâches de l’évaluateur sont décortiquées à partir de mises en situation, simulées ou réelles. Claire Tormen montre bien qu’évaluer ne se réduit pas à observer un objet pour porter un jugement mais que l’évaluateur doit surtout être capable d’expliciter le processus qu’il utilise pour parvenir au résultat et que les connaissances méthodologiques ne suffisent pas. Le professionnel de l’évaluation doit aussi mobiliser des connaissances sur les objets évalués. Il serait bien qu’un ouvrage, presque un manuel, prolonge cette thèse pour en faire un outil pour celles et ceux qui ont à manager et piloter des programmes d’évaluation. 1489

Statistiques des violences ordinaires, Julie BOE. Violences intra-relationnelles, violences dans le cadre professionnel, violences en situation de vie quotidienne. Observatoire national de la délinquance, Institut national des hautes études de sécurité, Les Borromées, 3 avenue du stade de France, 93218 Saint-Denis-La-Plaine cedex, Grand Angle, nËš 13, mai 2008, 31 p. www.inhes.interieur.gouv.fr

Un soir, à 20 heures, au domicile conjugal, un homme apprenant que son épouse voulait laver le linge d’une voisine, lui lance un bol au visage et lui donne un coup de poing au ventre. Un homme d’environ 65 ans est frappé par son petit-fils de 21 ans alors que celui-ci est sous l’emprise de produits stupéfiants. Un dimanche matin, lors d’un match de football, un arbitre de plus de 40 ans reçoit un coup dans le dos, suivi d’une chute, de la part d’un homme de 35 ans qui vient de perdre. Deux hommes se gênent en sortant d’une rame de métro. Ils se battent à coup de poing au visage. Chacun porte plainte contre l’autre et est placé en garde à vue. Une femme enceinte téléphone dans une cabine publique. Elle demande à un homme d’environ 25 ans de s’éloigner pendant la conversation. Il la gifle à plusieurs reprises. On pourrait continuer cette énumération pendant des pages et des pages. Chacun de ces faits- les statisticiens de l’Observatoire de la délinquance parlent de violences physiques non crapuleuses car le vol n’intervient pas dans ces violences- a donné lieu à l’intervention d’un service de police, souvent au dépôt d’une plainte et à un arrêt de travail. Au total, l’étude a porté sur 1 600 procédures entre mars et mai 2006 effectuées à Paris. Pour les auteurs de cette étude, qui en précisent bien l’absence de représentativité, il s’agissait surtout de construire une typologie des violences qui surviennent entre personnes dans des situations de vie quotidienne, dans les transports, au domicile ou au travail. Les violences dans le cadre professionnel ou en situation de vie quotidienne, par exemple dans les transports ou les commerces, mettent en cause majoritairement des hommes, alors que les femmes sont les principales victimes dans les situations de violences intrafamiliales. Selon les lieux et les situations, les âges des victimes ou des personnes mises en cause varient de façon significative. Si cette étude permet de mieux appréhender ces violences au quotidien, elle est aussi passionnante à analyser pour ce qu’elle nous dit de la façon dont la police, et plus largement, les dispositifs de sécurité construisent et analysent la statistique publique en matière de délinquance et de déviance. 1490

Des marchés agricoles sans faim, Jocelyne HACQUEMAND. Faim dans le monde et politiques agricoles et alimentaires : bilan et perspectives. Étude réalisée par la section de l’agriculture et de l’alimentation du Conseil Economique et Social, accès par www.conseil-economique-et-social.fr, mars 2008, 139 p.

Depuis ces dernières années, le Conseil économique et social se caractérise par une forte production d’études sur les questions sociales et joue de plus en plus le rôle d’un véritable réservoir d’idées. Certains travaux de cette institution se distinguent par une grande clarté pédagogique et le souci de rendre accessibles des problématiques complexes. C’est le cas d’un récent rapport présenté par Jocelyne Hacquemand sur le thème de la faim dans le monde. Tuant plus que les guerres, la faim, en dépit de plusieurs décennies de développement, d’aide et de plans, reste la première cause de mortalité dans le monde. Or l’un des paradoxes de cette situation est que celles et ceux qui souffrent de cette situation sont des agriculteurs. Très éloignée d’une approche humaniste et compassionnelle, l’étude réalisée à partir d’un grand nombre d’auditions et d’analyses documentaires, montre les conséquences dommageables des transformations des modes de régulation des marchés agricoles à l’échelle mondiale. Examinant le rôle de la politique agricole communautaire mais aussi des pratiques industrielles et commerciales des pays développées, rappelant les enjeux du débat sur les OGM sur le développement durable, le rapport plaide pour un renforcement des régulations politiques sur les marchés mondiaux, un véritable pilotage de l’agriculture par l’amont et par l’aval qui rendrait possible un accès à la terre et à l’eau dans toutes les zones géographiques où ces facteurs premiers risquent de manquer. 1491

L’échelle des classes, Régis BIGOT. Une comparaison des hauts revenus, des bas revenus et des “classes moyennes”. CREDOC, 142 rue du Chevaleret, 75013 Paris, Cahier de recherche, nËš 238, novembre 2007, 88 p., www.credoc.fr

En dépit d’un usage courant, voire galvaudé, la notion de classe moyenne reste bien difficile à définir et souffre des incertitudes liées au concept de classe sociale. Le CREDOC passe rapidement sur ce débat pour adopter une définition empirique. Si, de la distribution des revenus, on enlève les 20 % de la population ayant les revenus les plus élevés et les 20 % ayant les revenus les plus faibles, les 60 % restant forment la classe moyenne. En dépit de cette coupure à la hache, le travail de Régis Bigot témoigne d’une certaine robustesse des données statistiques et, sans doute aussi, de la force de la variable “revenus” pour expliquer les comportements sociaux. Cette recherche, qui s’appuie sur un système d’enquêtes régulières poursuivies depuis plus d’un quart de siècle, montre que les ménages ayant des hauts revenus sont les seuls à percevoir une amélioration de leur niveau de vie depuis le début des années 1980. Ils sont à 70 % accédants à la propriété ou propriétaires de leur logement contre 33 % pour les bas revenus, ils détiennent des portefeuilles de valeurs mobilières, ils vont plus au théâtre et fréquentent davantage les musées. Si la recherche constate une relative convergence dans les modes de vie, en particulier dans l’équipement des ménages, et une certaine démocratisation des pratiques culturelles, ce sont toujours les personnes dont les revenus sont les plus faibles qui signalent une dégradation de leur état de santé. Ce travail montre ainsi l’existence d’un décrochage des hauts revenus de l’ensemble des ménages. 1492

Aides locales, aides mineures, Jean-Noël Baillon, Fatima Bellaredj, Olivier Drouard, Marie Mazalto. Pour une meilleure connaissance des aides locales. Amedis, 15 rue du Cheval vert, BP 31105, 34007 Montpellier cedex 1, janvier 2007, 152 p. www.amedis.coop

L’absence de visibilité des aides locales, qu’elles proviennent des collectivités territoriales, des organismes de protection sociale ou des associations, est la cause de bien des incompréhensions. Pour certains, ces aides, tant elles peuvent se cumuler sans contrôle, seraient la source de gaspillages importants des fonds publics. Pour d’autres, elles seraient une trappe à pauvreté supplémentaire favorisant la non recherche d’un emploi. L’étude d’Amedis réalisée à la demande de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion devrait contribuer à dédramatiser cette question. Á partir de l’analyse des pratiques dans dix villes, les auteurs montrent que les aides locales sont surtout complémentaires et peu cumulatives, qu’elles sont d’un montant moyen plutôt faible de la part des communes et très variable de la part des conseils généraux. L’examen des procédures d’attribution montre que ces aides sont toujours attribuées après examen d’un dossier et que le niveau de ressource du demandeur, mais surtout son reste à vivre, est toujours très étroitement regardé. 1493

Rhône-Alpes, pauvretés dans l’ombre, Jean-Pierre ALDEGUER, Nathalie MONNIER-BRABANT, Flora PARIS, Laurence POTIE. Mission régionale d’information sur l’exclusion, dossier annuel 2008, 14, rue Passet 69007 Lyon,183 p., 2008 www.mrie.org

Complété par une lettre qui en présente la synthèse, le dossier annuel de la Mission régionale Rhône-Alpes d’information sur l’exclusion se densifie nettement ces dernières années. Si les grands domaines comme la pauvreté monétaire, le logement et l’emploi constituent toujours les points clés du rapport, les auteurs se soucient fortement d’articuler les données nationales, les informations locales et le résultat des multiples échanges avec les acteurs et les personnes directement concernées par la pauvreté. Les travaux présentés mettent l’accent sur l’existence des décalages très souvent constatés, et pas uniquement dans cette région, entre les indicateurs macro économiques et la perception de la dégradation des conditions de vie par les personnes les plus pauvres. L’explication de ce clivage est sans doute à chercher dans la notion de “reste à vivre”. Lorsque toutes les dépenses contraintes comme le loyer, les transports, les charges d’eau et d’électricité, les assurances ont été retirées du budget, que reste-t-il pour payer les dépenses alimentaires, les loisirs ? Sans doute peu de chose, d’où ce sentiment d’une dégradation des conditions de vie. L’approche territoriale permet aussi d’identifier des populations, en milieu rural, sans-papiers, des habitats en caravane, des personnes en situation d’errance qui forment la part d’ombre, mal identifiée dans les statistiques nationales de pauvreté. Des territoires également se trouvent en déshérence. La carte de la région montre d’ailleurs très bien, ces décalages de territoires entre des cantons homogènes dans leurs hauts revenus, des cantons pauvres, inégaux et urbains et des cantons modestes, vieillissants et ruraux. 1494

Jeunes en leurs logements, Bénédicte CASTERAN, Jean-Claude DRIANT, Sophie 0’PREY. Une approche statistique des conditions de logement des jeunes. INSEE, Institut d’Urbanisme de Paris, Université Paris 12 Val de Marne, 61, avenue du Général de Gaulle 94010 Créteil cedex, novembre 2006, 137 p.

L’enquête logement de l’INSEE réalisée tous les 4 ans auprès d’un échantillon de plus de 30 000 répondants est l’une des sources les plus documentées pour décrire le parc de logement et ses occupants. Effectuée à la demande de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, cette étude porte sur la population âgée de 18 à 29 ans répartie en deux groupes : les ménages jeunes dont les deux membres ont moins de 29 ans et les cohabitants, c’est-à-dire des jeunes de 18 à 29 ans vivant au sein d’un ménage dont la personne de référence est plus âgée. Contrairement à ce que l’on entend souvent dire, l’étude montre que la proportion des cohabitants n’augmente pas de manière significative depuis les années soixante-dix. L’âge médian de départ du foyer, qui a peu évolué, se situe autour de 22 ans, même si les filles ont tendance à décohabiter plus précocement. Garçons ou filles, la décohabitation marque souvent un accès à l’emploi. La solitude gagne aussi chez les jeunes. Les ménages d’une seule personne constituaient 30 % des ménages jeunes en 1984 contre 48 % en 2002, date de l’enquête. Fourmillant d’informations sur les conditions de vie des jeunes adultes, cette étude montre à la fois la stabilité de certains comportements, par exemple la décohabitation, et les transformations d’une population qui est devenue plus massivement et plus longtemps étudiante ou au chômage. 1495

La cohésion sociale, concept ou slogan ?, CERC. La cohésion sociale. Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale, 113, rue de Grenelle 75007 Paris, dossier nËš 3, avril 2008, 104 p. www.cerc.gouv.fr

Il ne s’agit pas à proprement parler d’un rapport au sens classique du terme mais d’un travail de synthèse à partir d’exposés et d’échanges qui ont eu lieu en 2007 lors des dix séances d’un séminaire organisé par le CERC sur le thème de la cohésion sociale. Abandonné depuis longtemps dans les sciences humaines, mal défini, le terme a retrouvé une vigueur dans les discours politiques comme dans les travaux des chercheurs. Quelle est la signification de ce retour et de cet usage immodéré ? Pour répondre à cette question, les organisateurs ont donné la parole à des auteurs comme Jacques Donzelot ou Sophie Ponthieux qui réinterrogent le concept de capital social, à des acteurs de l’Union européenne comme Jérôme Vignon, qui analyse le passage des politiques de lutte contre la pauvreté à la promotion européenne du concept d’inclusion sociale. D’autres auteurs évoquent la situation des classes moyennes, la pauvreté et l’exclusion, les fractures spatiales et les crises de la représentation. Les interventions sont toujours passionnantes. On regrettera l’absence d’une réflexion transversale sur la notion de cohésion sociale. Mais peut-être n’est-ce pas envisageable de dépasser Durkeim qui le premier donna un sens à cette idée ? 1496

La pauvreté, une somme, ONPES. Les travaux de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale 2007-2008. La Documentation française, avril 2008, 642 p. téléchargeable sur www.travail-solidarite.gouv.fr/web/observatoire-national-pauvrete-exclusion-sociale/presentation-productions/travaux.html

Le cinquième rapport de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale est disponible depuis avril 2008 et comme les versions précédentes, la diffusion du rapport s’accompagne de la mise à disposition de l’ensemble des travaux qui servirent de support à cette élaboration. Ces études et recherches sont rassemblées dans un lourd document de plus de 600 pages que l’on peut se procurer auprès de la Documentation française mais dont on peut surtout télécharger les contenus. Une première partie rassemble tous les travaux à caractère plutôt statistique qui rendent compte de l’évolution de la pauvreté, de l’impact des politiques d’emploi et des transferts sociaux. Une seconde partie regroupe les études et recherches sur les conditions de logement des ménages pauvres. Enfin, une dernière partie met l’accent sur les trajectoires de pauvreté et se focalise plus spécifiquement sur les allocataires de minima sociaux. Au total, ce document présente vingt-six rapports et contributions d’équipes de recherches ou d’études sur le thème de la pauvreté en France. 1497
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