2008
Informations sociales
Partie 2 : Dispositifs de lutte contre les discriminations
... en contrepoint - L’économie de la discrimination
Alain Vulbeau
Pour Thierry Foncart, la notion de discrimination n’est répréhensible que liée à celle d’injustice. S’appuyant sur deux exemples, il montre toute la différence entre discrimination justifiée et discrimination injustifiée. Quand, dans une équipe de football, la proportion de joueurs noirs est supérieure à celle des blancs, personne ne parle de discrimination puisque tout le monde est d’accord pour lier la présence des premiers à la compétence sportive et à la volonté explicite de former une équipe d’excellence où évoluent les meilleurs individus. En revanche, quand on constate l’absence de femmes dans le conseil d’administration d’une grande entreprise, la discrimination apparaît injustifiée car, au delà de l’intérêt de l’entreprise et de ses actionnaires, l’égalité des sexes est un critère de justice sociale. Ce qui entre donc en ligne de compte dans ce raisonnement, c’est l’existence d’idées a priori auxquelles on peut adresser des procès d’intention.
Cependant, dans le groupe des discriminations injustifiées, il peut entrer en ligne de compte, une hiérarchisation qui peut créer une sorte de file d’attente de la compassion envers les victimes. Si l’on prend l’exemple de la situation d’impossibilité d’accès au logement, qui apparaîtra comme le plus scandaleusement discriminé entre des Noirs, des femmes ou des personnes âgées ? L’idée de l’auteur est que c’est l’agrégation de sentiments individuels d’injustice qui, par un effet de dynamique de groupe, va aboutir à rendre socialement telle situation plus scandaleuse qu’une autre.
Toute discrimination va donc être soumise à un certain nombre de critères qui permettront d’en graduer les niveaux de justice et d’injustice sociales. Ces facteurs sont “la moralité et l’audience du critère de discrimination, les avantages et désavantages résultant de la discrimination, le facteur irrationnel de frustration (et) d’injustice, l’importance sociale et collective de l’enjeu, l’objectivité et la connaissance des règles de sélection, le sentiment de solidarité communautaire”.
Le point de débat que soulève l’auteur est la disproportion trop grande entre l’incrimination des particuliers et l’absence d’assistance sociale à certaines catégories fragilisées de la population. Ainsi, selon lui, certaines discriminations sont indirectes et plus motivées par la défense d’intérêts individuels que par de véritables intentions racistes ou sexistes. En conséquence, il ne faudrait donc pas incriminer les discriminations indirectes des individus protégeant leurs intérêts mais les renvoyer à la responsabilité de l’action sociale de l’Etat.
Thierry Foucart, « La discrimination comme conséquence de l’Etat- providence », Sociétal, n° 57, juillet 2007.