2008
Informations sociales
Partie 2 : Dispositifs de lutte contre les discriminations
... en contrepoint - La discrimination salariale des femmes
Alain Vulbeau
La question de l’écart sexué des salaires semble une sorte d’énigme. En effet, les filles réussissent mieux que les garçons, les mères travaillent en continu, des mobilisations ont mis la question à l’agenda et les politiques se sont saisies du thème, au moins en affichage... Alors comment expliquer que l’écart des salaires, même s’il tend à se réduire, reste toujours un fait massif ? C’est à cette question qu’une livraison de la revue Travail, genre et sociétés s’est confrontée, en s’intéressant aussi bien à son actualité qu’à sa genèse.
L’historienne L. L. Downs s’appuie sur la période de la Première Guerre mondiale pour montrer comment s’est structurée la pratique du salaire inégal entre hommes et femmes. Ces dernières entrèrent massivement dans l’industrie métallurgique pour produire des biens courants (machines, appareils électriques, automobiles) ou des armes. Elles remplacèrent les hommes qui jusqu’alors occupaient 95 % des postes, mais il se produisit en même temps une réorganisation des tâches. Le patronat créa une filière féminine fondée sur un travail minutieux, rapide mais aussi parcellisé et répétitif. Le travail féminin y fut moins bien payé que le travail masculin, avec un différentiel atteignant la moitié ou les deux tiers. La justification fut celle de la théorie du salaire d’appoint, même si le terme n’était pas encore employé à l’époque. Les hommes sont rémunérés en fonction de la valeur de leur travail, et les femmes selon l’idée que le patronat se fait d’elles. Pour les industriels, celles-ci n’ont pas de besoins spécifiques autres que personnels à couvrir avec leur salaire, puisque c’est le traitement de l’homme qui fait vivre la famille, et ce, même à travail égal. Cette idée fit souche malgré les mouvements de mobilisation de l’époque et s’est profondément ancrée jusqu’à nos jours.
Comme l’analysent les économistes qui ont collaboré au numéro, la question de la discrimination salariale est un sujet particulièrement étudié (180 000 références apparaissent sur un moteur de recherche « bien connu ») mais l’égalité des salaires n’est réalisée nulle part, même pas dans les pays aux politiques sociales modèles comme la Suède ou le Danemark, où l’écart est en train de croître. L’écart des salaires est difficile à mesurer selon que l’on prend en compte le critère du prix du travail ou celui des gains mais le chiffre moyen de 11 % de différence de revenus est plausible. Il est à mettre au compte d’une durée moyenne du temps de travail féminin plus court, du fait du temps partiel. La réduction de l’écart reviendrait donc à égaliser le temps de travail. Au passage, le fait que les femmes soient globalement plus diplômées joue positivement, mais pour une trop faible part, pour égaliser les revenus.
Travail, genre et sociétés, dossier « Salaires féminins, le point et l’appoint », n° 15, 2006, 25 euros
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