À l’instar du “système-monde” capitaliste caractérisé, selon le théoricien américain Immanuel Wallerstein, par une asymétrie fondamentale entre un centre et ses zones périphériques, les banlieues françaises ne constitueraient-elles pas « des périphéries au sein de la nation, des sortes de “Sud” où se condensent les traits qui dessinent la face d’ombre
» de la société – pauvreté, violence, racisme, insécurité civile et sociale ?, interroge Robert Castel
[1]. C’est à la lumière de cette hypothèse que le sociologue invite à relire les violences urbaines survenues en banlieue, à l’automne 2005. Ni dedans ni dehors, mais repoussés aux marges du corps social du fait des discriminations d’ordre ethno-racial auxquelles ils sont en butte – dans l’espace public, du point de vue de l’accès à l’emploi et au logement : telle est la situation des jeunes des banlieues, c’est-à-dire « l’injustice [...] parfaitement objective
» qui leur est faite. Tel est aussi le non-dit politique de la révolte de ces émeutiers qui est, pour R. Castel, l’expression de leur rapport déçu à la citoyenneté.