2008
Informations sociales
Partie 3 : Nouvelles conjugalités : nouveaux rôles parentaux ?
... en contrepoint - La famille n’est pas à la base de la société
Alain Vulbeau
Maurice Godelier figure, avec Claude Lévi-Strauss, au nombre des grands anthropologues français. Son ouvrage Au fondement des sociétés humaines
[*],
élaboré à partir des conférences qu’il a données, est une somme qui ne se veut pas seulement une vaste synthèse mais se comprend en premier lieu comme une ré-interrogation des savoirs sur les sociétés humaines. L’auteur commence par une réflexion sur la mondialisation. Ce processus contemporain est issu de la décomposition des empires coloniaux, de la tripartition du monde (capitalisme, communisme, tiers-monde), et débouche maintenant sur une mondialisation économique mais aussi, pour une part, humanitaire, où l’Occident réinvestit les anciens territoires coloniaux. Face à ces mutations, l’anthropologie a dû repenser ses principes, ses méthodes et ce qui apparaissait comme des vérités définitives. Ainsi, il ne suffit pas d’étudier le don et l’échange, il faut aussi se préoccuper de ce qui est gardé pour la transmission. Les tribus dites primitives sont parfois de constitution relativement récente, comme le montre l’exemple des Baruya, tribu de Nouvelle-Guinée étudiée par l’auteur. Il en va de même pour la famille qui n’est pas la cellule de base, contrairement à une idée bien ancrée dans le sens commun mais aussi dans le monde des sciences humaines. L’idée force de l’auteur est de situer le fondement des sociétés contemporaines dans la sphère du politico-religieux, ce qui rompt avec plusieurs siècles de séparation institutionnelle de ces deux domaines.
En étudiant pendant de longues années les Baruya, M. Godelier parvient aux conclusions suivantes : les rapports de parenté et les activités économiques ne constituent pas la base d’une société, c’est-à-dire un ensemble qui peut être pensé comme un tout par ses membres et par ceux des territoires voisins. Ce ne sont pas non plus la langue et la culture qui font la différence. Ce qui fonde la société, c’est un territoire contrôlé et revendiqué par une population qui veut s’y reproduire. Autrement dit, il faut que des clans et des individus revendiquent d’être perçus comme un groupe territorial doté d’un « grand nom » pour que l’on puisse identifier une société. Ce groupe territorial fonctionne sur le registre du politico-religieux, avec des rapports sociaux qui ne se confondent pas avec la famille ni avec les rapports de parenté. Par exemple, chez les Baruya, la société exerce sa souveraineté par diverses institutions comme l’initiation des hommes et des femmes, le système des classes d’âge et les rites des shamans. Les rapports de parenté ne sont pas à la base de l’unité de la société ; d’autant plus que, si parfois ils unissent, ils peuvent aussi diviser la tribu.
[*]
Maurice Godelier,
Au fondement des sociétés humaines. Ce que nous apprend l’anthropologie, Paris, Albin Michel, 2007, 292 p., 20 euros._