2008
Informations sociales
Le social en recherche
Le social en recherche
Session de rattrapage, Patrick RIBET. Des travailleurs sociaux à l’université, Mémoire pour l’obtention du DSTS, Université de Toulouse-Mirail, Service de la formation continue, 5, allées Antonio Machado 31058 Toulouse cedex, mars 2006, 129 p.
Créé en 1978 par le ministère de la Santé publique et de la Sécurité sociale, le diplôme supérieur en travail social, tout en restant un diplôme spécifique au secteur social, marquait une avancée réelle vers les formations universitaires. Vingt ans plus tard, ce mouvement a été prolongé par un arrêté du 23 mars 1998 qui recommandait la mise en Å“uvre d’une meilleure articulation entre les DSTS et les maîtrises universitaires. A la différence du Cafdes et maintenant du Caferuis (Certificat d’aptitude aux fonctions d’encadrement et de responsable d’unité d’intervention sociale) qui conduisent en droite ligne à des fonctions de cadre, le passage par le DSTS n’a jamais garanti une progression de carrière ou un changement d’emploi. Or, s’engager dans une telle formation avait un coût, financier d’abord, mais surtout en temps passé à lire, à enquêter, en dimanches, en vacances et en soirées à tenter de rédiger les 150 pages requises pour le mémoire. Les dédicaces des mémoires aux conjoints délaissés, aux enfants qui ont grandi sans déranger leur père ou leur mère, aux parents compatissants, témoignent bien de cet investissement quasi familial de reprises d’études, un peu tardives. Alors pourquoi un tel effort ? Quinze professionnels ayant débuté leur formation au DSTS à Toulouse à la fin de l’année 2004 ont accepté de répondre aux questions de Patrick RIBET en replaçant leur désir de formation dans des itinéraires de vie. Si tous cherchent à acquérir de nouvelles connaissances et expriment une quête de reconnaissance personnelle ou professionnelle, il semble que les motivations des assistants de service social et des infirmiers s’inscrivent davantage dans une logique de renforcement de trajectoires professionnelles alors que les éducateurs et animateurs utilisent davantage le passage par l’université comme une opportunité de réorientation. Dans les deux cas, l’accès au diplôme n’est pas séparable des dynamiques identitaires personnelles. Réf. 1498
Devenir acteur malgré le placement, Annie D’HALLUIN. Le projet des adolescents placés : de la place d’acteur dans la contrainte du placement. Mémoire pour l’obtention du DSTS, Grefoss, Institut d’Etudes Politiques, Université Pierre Mendès France, Grenoble, 2005, 158 p. (Dir. M.-A. ROUX)
Le travail éducatif est-il soluble dans la loi du 2 janvier 2002 ? Ce texte organise l’accès des personnes accueillies dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux à toutes les informations les concernant. Il prévoit la participation directe des usagers à l’élaboration de leur projet d’accueil et instaure l’obligation d’une information sur les droits fondamentaux, sur les protections particulières dont elles bénéficient ainsi que sur les voies de recours à leur disposition. Les instruments prévus par la loi comme le livret d’accueil, la charte des droits et libertés, le contrat de séjour, la désignation de personnes qualifiées ou les conseils de la vie sociale se mettent en place dans de très nombreux établissements et services. S’il ne s’agit pas d’une véritable rupture dans le rapport entre les usagers et les établissements et services, cette loi marque une forte inflexion en conférant à l’usager un rôle d’acteur. Cette nouvelle posture attendue de l’usager, pour éthiquement acceptable qu’elle puisse être, est-elle envisageable lorsque le fait de devenir usager s’opère sous contrainte ? Annie D’HALLUIN, éducatrice spécialisée, teste cette interrogation à propos d’adolescents placés dans des établissements de l’aide sociale à l’enfance. Elle montre, dans un mémoire très richement documenté, que si la rupture du placement constitue une contrainte qui n’est presque jamais acceptée, l’organisation de l’établissement ou du service et les pratiques éducatives mises en Å“uvre peuvent faciliter la reconstruction par les adolescents de véritables stratégies d’acteur. Réf. 1499
Traversée de la manche, Fabrice GARNIER. Les « stagnants inactifs »... Survivre par le don au milieu du rien... Mémoire pour l’obtention du DSTS, Institut régional du travail social de Champagne-Ardenne, 8, rue Joliot-Curie, 51100 Reims, 2006, 155 p. (Dir. M. FOUDRIGNIER)
Il y a Paolo, 29 ans, dix ans de rue derrière lui, une trentaine de cures de désintoxication, une hémiplégie due à un suicide manqué. Il y a aussi Cath, assise sur les marches du théâtre de Reims, une canette entre les jambes et quelques pièces dans la petite écuelle devant elle, des coups sur le visage, les yeux boursouflés. Il y a encore Jeannot, Poulbot et quelques autres, une vingtaine qui vivent ainsi, survivent plutôt, entre la rue, le meublé, l’hôpital ou l’hôtel, « zonant », vivant de la manche et du revenu minimum d’insertion ou de l’allocation aux adultes handicapés. Depuis les ouvrages de Patrick DECLERCK et d’Annie GARNIER-MULLER, on connaît mieux l’ethnographie de ces jeunes adultes à la marge. L’intérêt du mémoire de Fabrice GARNIER, délégué à la tutelle, est d’analyser les relations qu’entretiennent entre eux les membres de ce que l’on peut appeler un groupe, dont les échanges perdurent dans la durée, jusqu’à conserver le souvenir des morts. Ils sont posés devant l’église ou le supermarché, sous le regard des passants, inactifs, stagnants et néanmoins plus organisés et soudés que le regard extérieur ne l’imagine. Ainsi, les produits de la manche, du travail au noir et des autres business sont mis en commun et alimentent le groupe. Celui-ci a un leader, TAM, qui sait autant être protecteur que jouer du coup de poing. Entre hommes et femmes, les relations peuvent passer de la tendresse à la violence la plus extrême, même si la règle du groupe veut que l’on ne frappe pas les femmes. Plus qu’une juxtaposition d’individus en rupture de tout, assommés par l’alcool, l’auteur du mémoire décrit presque une tribu structurée par le don et l’échange et retrouvant de l’humanité, là où le passant ne voit que de la déchéance. Pour les professionnels, un dernier chapitre décrit les pratiques de tutelle aux prestations familiales auprès de ces jeunes adultes. Réf. 1500
Manager après la loi 2002-2, Denis TEYSSIER. Organisation et innovation à l’épreuve du management au quotidien. Mémoire pour l’obtention du DSTS, Université de Toulouse-Mirail, Service de la formation continue, 5, allées Antonio Machado 31058 Toulouse cedex, 2006, 133 p. (Dir. G. MARANDON et J. ANTOINE)
Pour certains établissements sociaux et médico-sociaux, la mise en Å“uvre de la loi 2002-2 a demandé un travail énorme de mise en conformité. Il fallait, en effet, rédiger un projet d’établissement, créer de nouvelles procédures d’accueil, installer des instances de participation. Mais plus encore, il fallait, dans bien des cas, changer le regard sur les bénéficiaires des prestations. Et, dans quelques mois ou quelques années, il faudra évaluer les effets des actions entreprises. Pour les directeurs d’établissement, cette loi aurait pu apparaître comme une forte contrainte, voire comme un obstacle à leur liberté d’agir au sein de leur équipement. L’enquête conduite par Denis TEYSSIER montre que les directeurs semblent plutôt avoir saisi la loi comme une opportunité pour redynamiser des équipes confrontées à des incertitudes sur les populations accueillies et sur l’évolution de l’environnement économique des établissements. Dans le même temps, l’introduction de ces innovations, la multiplication des réunions, les changements des modes de fonctionnement entraînent dans les équipes un risque de lassitude voire d’épuisement des dynamismes. Proche d’un mémoire pour l’obtention du Cafdes, ce rapport est surtout intéressant par sa recherche d’indicateurs de management des établissements dans une période d’incertitude. Réf. 1501
L’information en partage, Marie-Noëlle TOUSTOU. Les représentations sociales du partage d’informations : enquête auprès des éducateurs de prévention spécialisée. Mémoire pour l’obtention du DSTS, Université de Toulouse-Mirail, Service de la formation continue, 5, allées Antonio Machado 31058 Toulouse, 2005, 130 p. (Dir. R. AUTRET, Y. AISSANI)
Issues des multiples mesures instaurées au fil des années dans le cadre de la politique de la ville, les cellules de veille éducative, créées en décembre 2001, visent à repérer les jeunes en rupture afin de leur proposer une réponse éducative d’insertion. La cellule réunit localement les acteurs de terrain au premier rang desquels se trouvent les équipes éducatives des établissements scolaires, les professionnels de l’insertion, les associations sociales, les travailleurs sociaux et les instances sociales locales. Le maire de la commune est le garant du fonctionnement de ce dispositif. S’agissant de repérer des jeunes en difficultés scolaires et sociales, la cellule ne peut fonctionner que par l’échange des informations nominatives. Si les travailleurs sociaux sont globalement peu disposés à rentrer dans cette logique de partage, l’acuité du problème est encore plus forte pour les éducateurs de prévention spécialisée dont le fonctionnement repose sur une absence de mandat, sur le principe de la libre adhésion du jeune et sur la garantie d’un respect de l’anonymat. A partir d’entretiens réalisés avec des éducateurs de prévention spécialisée de six clubs de prévention participant à des cellules de veille, Marie-Noëlle TOUSTOU analyse finement, du point de vue des éducateurs, le fonctionnement et la nature des échanges à l’intérieur des cellules de veille éducative. Si les éducateurs recueillent des informations sur les jeunes qu’ils suivent, ils acceptent aussi d’apporter des indications sur les situations individuelles qu’ils connaissent lorsque la transmission de ces informations est acceptée par les jeunes ou lorsqu’elle n’est pas de nature à briser une relation de confiance. Si le partenariat est pensé comme nécessaire, la relation de confiance avec le jeune l’emporte presque toujours. Il arrive aussi qu’une relation de confiance s’instaure localement au sein du partenariat. Lorsque cette confiance est instaurée, les échanges peuvent être approfondis, sans léser quiconque. Réf. 1502
Parents, enfants : ensemble, Marie-Noëlle DESAGES BONNEFOY. Accueillir les parents : partager un espace social mitoyen. Mémoire pour l’obtention du DSTS, Collège coopératif Rhône-Alpes, Le Sémaphore, 20 rue de la Claire, Lyon, 2006, 120 p. + annexes, 2006 (Dir. C. LALLEMENT)
S’il s’agissait d’une maison, elle serait bleue, verte ou cerise. S’il s’agissait d’un jeu, ce serait une galipette, un cerf-volant, une marelle ou un bac à sable. Qu’il s’agisse de nature, de couleurs, d’espaces, d’animaux ou de maisons, tous les mots mentionnés par Marie-Noëlle DESAGES BONNEFOY évoquent la petite enfance lorsqu’il s’agit de désigner des endroits qui accueillent des parents, souvent les mères, et leurs enfants. Dans ces lieux, on ne vient pas comme dans une crèche pour laisser l’enfant, mais plutôt pour passer un moment avec lui et d’autres enfants, d’autres parents, pour échanger avec d’autres mères, pour apprendre à être avec l’enfant, sans tensions, ou pour apprendre à s’en séparer lorsque viendra le temps de l’école. En analysant, crayon et bloc-notes en main, la diversité des interactions entre parents, entre parents et enfants, entre parents et enfants et professionnels, l’auteure du mémoire montre, à travers de multiples situations, comment des parents, parce qu’ils sont ensemble, se sentent moins déroutés pour devenir parents ; ils n’hésitent pas à s’engager dans des espaces de sociabilité et à devenir davantage responsable de leur enfant mais aussi de la collectivité à laquelle ils appartiennent pendant ce moment de vie en commun. Multipliant les exemples, rapportant des extraits de conversation, décrivant des situations dont la durée peut être très courte, Marie-Noëlle DESAGES BONNEFOY met au service de la compréhension d’une institution sociale une démarche d’ethnographie participante et produit un travail remarquable. Réf. 1503
Expulsion programmée, Djamila SABRI-CHERIGUI. Représentation de l’habitat et risque d’expulsion locative. Mémoire pour l’obtention du DSTS, Collège coopératif Rhône-Alpes, Le sémaphore, 20 rue de la Claire, Lyon, 2006, 139 p. + annexes, 2006 (Dir. B. HOFMAN)
Ce quartier d’Échirolles, classé en zone urbaine sensible et auquel s’intéresse Djamila SABRI-CHERIGUI, concentrait en 2004 et 2005 près du tiers des procédures d’expulsions engagées dans la ville. En dépit d’une présence forte d’intervenants sociaux, dont l’une des missions était de prévenir les impayés de loyer et d’éviter les expulsions locatives, les jugements d’expulsion augmentaient d’année en année. Du jugement à l’expulsion avec le concours de la force de police, un délai de plus d’une année peut s’écouler. Certaines familles mettent à profit ce laps de temps pour régler tout ou partie de leur créance, d’autres ne réagissent pas. Cette différence de comportements peut-elle trouver une explication ? A partir d’une série d’entretiens avec des locataires en instance d’expulsion, l’auteure de ce mémoire insiste sur le fait qu’à situation économique voisine, des ménages se sont construits au fil de leur trajectoire résidentielle des représentations différentes de l’habitat, et que ce sont ces représentations qui permettent de rendre compte des comportements contrastés face à la menace d’expulsion. Réf. 1504
Vers une renaissance de la politique de la ville ? Monique LESPINASSE. Politique de la ville et développement social local. Mémoire pour l’obtention du DSTS, UFR lettres et sciences humaines, Chemin de la censive du tertre, Université de Nantes, 44321 Nantes cedex 3, 2005, 137 p. (Dir. L. JAUNET)
Le développement local global, le projet territorial et plus généralement la politique de la ville peuvent-ils encore constituer des solutions envisageables pour renouveler l’approche des questions sociales ? Ne faut-il pas plutôt abandonner ces projets, dont les vingt dernières années nous laissent pour le moins dubitatifs quant à leurs effets, et revenir à l’insertion – de préférence professionnelle – d’individus, sans tenir compte de leur place sur des territoires ? On peut aussi penser que l’on n’a pas su tirer les leçons des échecs et des insuffisances des mesures de politique de la ville. Selon Monique LESPINASSE, par exemple, une large partie des lacunes de la politique de la ville a tenu à notre incapacité collective à faire travailler ensemble, de façon décloisonnée, les acteurs professionnels, trop enfermés qu’ils étaient dans leurs logiques institutionnelles. Réalisé au milieu des années 2000, son mémoire conserve la pureté des projets du début des années quatre-vingts, lorsque les militants du développement local préconisaient l’effacement des secteurs et la participation des habitants. Réalisé dans le quartier de Manchester, ainsi appelé parce que la ville anglaise finança en 1920 la construction de maisons ouvrières dans ce quartier de Charleville-Mézières, le mémoire de Monique LESPINASSE montre les conditions qui permettraient aux manchestérois de devenir de véritables carolomacériens – ainsi se nomment les habitants de Charleville-Mézières. Réf. 1505
Le médico-social nouveau, Denis CATTIAUX. De la disqualification sociale à la capacité d’agir. Mémoire pour l’obtention du DSTS, IRTS Nord-Pas-de-Calais, rue Ambroise Paré, 59373 Loos cedex, 2006, 161 p. (Dir. F. SAUVAGE)
La plupart des mémoires racontent des histoires particulières attachées à un établissement ou à un service sur un territoire. Il arrive parfois, sans que leurs auteurs l’aient explicitement désiré, que ces histoires racontent en fait une histoire plus vaste. Denis CATTIAUX, par exemple, est chef de service éducatif de l’internat d’un institut médico-professionnel. Les jeunes accueillis ont de 14 à 20 ans et présentent des déficiences intellectuelles. L’existence d’un établissement comme celui-ci témoigne d’abord de l’incapacité du système scolaire ordinaire à répondre aux demandes de ce type d’enfants. Le placement, le déplacement faudrait-il dire, s’impose, d’autant plus que l’établissement se situe dans une région du nord de la France où l’industrie, en se désagrégeant, entraîne dans la pauvreté et la précarité de nombreux ménages. Aux difficultés des enfants s’ajoute la disqualification des parents, pour reprendre le terme de Serge PAUGAM. Alors l’établissement se développe, se professionnalise, les parents sont de moins en moins utiles et l’idée surgit que l’établissement puisse réussir là où les parents ont échoué. La loi 2002-2 est venue, après d’autres essais, remettre en cause cette logique en proposant de redonner une place aux parents. Cela ne peut se faire que par une nouvelle stratégie de requalification des parents. Dans le monde de l’éducation spécialisée, on parle volontiers d’empowerment. L’établissement glisse alors vers un autre rôle, un rôle de conseil et d’éducation à la fois à destination des enfants mais aussi des parents. Une autre histoire émerge, elle pourrait être celle de l’ensemble du secteur médico-social. Réf. 1506