2008
Informations sociales
Partie 1 : Enjeux politiques et juridiques de la parentalité
Focus - L’action des caisses d’Allocations familiales sur la parentalité
Véronique Delaunay Guivarc’ch
Delphine Bonvalet
Dominique Noguès –
conseillères techniques parentalité, CNAF
La politique d’appui à la parentalité de la branche Famille vise à répondre aux évolutions auxquelles les familles sont confrontées et qui peuvent entraîner des fragilités. Les CAF développent ainsi une offre diversifiée d’aide à la parentalité, afin d’accompagner les parents dans leur rôle et leurs responsabilités éducatives et de favoriser la qualité et la continuité des relations enfants-parents.
Depuis quarante ans, la famille s’est profondément transformée : diminution du nombre de mariages, augmentation du nombre de divorces, de naissances hors mariage, de familles recomposées, de familles monoparentales, etc. Moins institutionnalisée que par le passé, la vie familiale suscite davantage de questionnements et de doutes de la part des parents. Les rapports entre parents et enfants ont, en particulier, beaucoup évolué et certains parents peuvent avoir besoin de construire de nouveaux repères pour donner sens à leur rôle éducatif. Le principe d’un soutien de la parentalité par des dispositifs d’action publique est ainsi inscrit dans le périmètre des politiques familiales depuis la fin des années 1990. La parentalité est désormais définie comme «
l’ensemble des fonctions dévolues aux parents pour prendre soin des enfants et les éduquer. La parentalité est centrée sur la relation parent enfant et comprend des droits et des devoirs pour le développement et l’épanouissement de l’enfant »
[1].
La circulaire d’orientation de l’action sociale familiale 2005-2008 précise que « l’action des CAF dans le domaine de la parentalité contribue au maintien des liens entre parents et enfants. Elle favorise l’épanouissement de chacun des membres de la famille, valorise les compétences parentales et leur responsabilité éducative ». À ce titre, les CAF développent et soutiennent les dispositifs et services suivants :
- les Réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement à la parentalité (REAAP) ont pour objectif de soutenir les parents par la création et le renforcement des liens sociaux. Les actions menées entendent conforter, à travers le dialogue et l’échange, les compétences des parents, notamment aux périodes charnières du développement des enfants, quand l’exercice de la parentalité peut être mis à l’épreuve. Les domaines d’action sont multiples : prévention et appui aux familles fragiles, accueil de la petite enfance, accompagnement de parents d’adolescents et de préadolescents, place faite au père, lieux de ressources et d’information sur les services aux familles, etc. ;
- la médiation familiale est un temps d’écoute, d’échanges et de négociation, qui permet d’aborder les problèmes liés à un conflit familial et de prendre en compte de manière très concrète les besoins de chacun, notamment ceux des enfants. Le médiateur, en tant que tiers qualifié, cherche à rétablir la communication et à créer un climat de confiance propice à la recherche d’accords. Le développement de la médiation familiale constitue un enjeu important au regard du nombre de séparations conflictuelles dans lesquelles les parents rencontrent une « véritable difficulté […] pour trouver une solution apaisée à leurs conflits dans l’intérêt de l’enfant »
[2] ;
- les Lieux d’accueil enfants-parents (LAEP) sont ouverts aux enfants de moins de 6 ans, accompagnés de leurs parents ou d’un adulte familier, pour des temps conviviaux de jeux et d’échanges. Des professionnels de la petite enfance sont présents pour assurer l’accueil des familles. Participer à l’éveil et à la socialisation de l’enfant, apporter un appui aux parents dans l’exercice de leur rôle par l’échange avec d’autres parents ou avec des professionnels : tels sont les principaux objectifs de ces lieux ;
- le dispositif des contrats locaux d’accompagnement à la scolarité concourt à la prévention de l’échec scolaire et au soutien à la fonction parentale, notamment auprès des familles les plus en difficulté. Il contribue à soutenir des actions en vue d’offrir, aux côtés de l’école, l’appui et les ressources dont les enfants ont besoin pour réussir leur scolarité. Il a pour but d’améliorer les relations entre les familles et l’école et d’accompagner les parents dans le suivi et la progression scolaire de leurs enfants. Les actions sont mises en Å“uvre en dehors du temps de l’école.
Au total, en 2006, la branche Famille a ainsi consacré 39 210 000 euros au financement de ces différents dispositifs auxquels s’ajoute l’aide au domicile des familles (150 136 000 euros environ) et l’intervention des travailleurs sociaux
[3].
Concernant l’aide au domicile des familles, la branche Famille offre en effet un soutien aux familles fragilisées lors de certains événements (grossesse, naissance, séparation des parents, décès d’un parent ou d’un enfant, reprise d’emploi, maladie de courte durée, etc.). Des personnels qualifiés interviennent au domicile de la famille et apportent une aide matérielle, éducative et/ou sociale.
En s’appuyant sur les informations dont elles disposent dans leurs fichiers allocataires, les CAF sont, par ailleurs, de plus en plus nombreuses à proposer aux familles des accompagnements par leurs travailleurs sociaux lors d’événements susceptibles de fragiliser la vie familiale. Il peut s’agir de changements liés aux prestations familiales (diminution importante du montant versé, cumul d’indus, etc.) ou de situations telles que les divorces ou les séparations, le décès d’un enfant ou d’un parent.
Pour les CAF, les familles doivent avoir «
le sentiment d’être épaulées tout au long de leur existence »
[4]. Leur politique s’inscrit ainsi pleinement dans les recommandations du Conseil de l’Europe en matière de «
parentalité positive ».
[1]
Recommandation (2006)19 du 13 décembre 2006 du Conseil de l’Europe.
[2]
Rapport d’activité 2007 de la Défenseure des enfants, qui souligne à nouveau que 37 % des saisines sont liées à des situations dans lesquelles l’enfant est « pris en otage » dans le conflit opposant ses deux parents.
[3]
Une part importante des interventions des travailleurs sociaux des CAF (238 563 000 euros en 2006) est consacrée à la parentalité, leurs missions étant centrées sur le soutien des familles dans leurs fonctions éducatives, dans leurs difficultés de logement et d’habitat et dans les situations de vulnérabilité sociale ou professionnelle.
[4]
Extrait de l’interview de Philippe Georges, directeur de la CNAF, dans le n° 30 de la revue Regards, en date de juillet 2006.