2008
Informations sociales
Partie 1 : Enjeux politiques et juridiques de la parentalité
... en contrepoint - La parenté pratique : des liens au quotidien
Alain Vulbeau
L’ouvrage de Florence Weber
[*] propose de découvrir un aspect méconnu de la parenté qu’elle nomme « la parenté pratique ». Cette expression permet de penser des liens de générations ancrés dans le quotidien et, la plupart du temps, dilués dans ce que l’on pourrait appeler la routine de la vie familiale. L’auteur récuse le terme de famille pour décrire les structures relationnelles parce qu’il évoque trop fortement la dimension nucléaire qui est normative. La parenté pratique permet de bien distinguer plusieurs dimensions de la parenté.
La première dimension renvoie au juridique : c’est celle du nom qui objective l’institution des liens de parenté formés par l’alliance et la filiation. La deuxième est la dimension biologique des liens du sang, qui est constituée par la sexualité et la procréation. La troisième renvoie aux liens du quotidien, dont les indicateurs sont la résidence et la réputation. La parenté pratique permet d’étudier la socialisation quotidienne des personnes, qu’elles soient enfants, adultes ou relevant du grand âge, en ne se limitant pas aux domaines habituels du scolaire, du professionnel et du social. La parenté n’est pas pensée seulement comme une appartenance mais aussi comme un réseau de relations électives, situées dans la maisonnée, la lignée et la parentèle.
L’auteur, qui se place dans une approche d’ethnographie sociologique, a choisi une méthode d’enquête particulière fondée sur huit études de cas. D’une certaine manière, en s’intéressant à des histoires très singulières, il s’agit de voir à quel point la réalité de la vie peut éloigner des normes collectives et donner à endosser des rôles de parenté pratique sur la base de liens qui ne sont pas forcément reconnus comme légaux voire comme légitimes.
Les huit cas concernent des femmes nées entre 1950 et 1970, saisies à la fois dans la vie ordinaire et dans des contextes de dissociation des trois dimensions (sang, nom, quotidien). Ainsi, Bérénice, jeune scientifique, est dans une relation dissociée au père. Elle a eu un père de nom, un père de sang et un père d’éducation au quotidien. Son récit de vie montre qu’elle a appris, par hasard, qu’entre le premier et le second mari de sa mère, un troisième homme, son père biologique, a existé.
Comment donner une valeur au père quotidien ? Comment peuvent se dérouler les pratiques de transmission et de prise en charge ?
Cette approche, résolument qualitative, renouvelle les recherches sur la famille en se donnant de nouveaux territoires d’investigation et en forgeant des concepts adaptés pour interpréter des réalités qui, jusqu’à aujourd’hui, restaient invisibles.
[*]
Florence Weber, Le sang, le nom, le quotidien, une sociologie de la parenté pratique, La Courneuve, Aux lieux d’être, 2005, 264 p., 28, 50 euros.