Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
172 pages

p. 92 à 93
doi: en cours

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Partie 2 : Nouvelles configurations familiales et rapports au sein de la famille

n° 149 2008/5

2008 Informations sociales Partie 2 : Nouvelles configurations familiales et rapports au sein de la famille

Focus - Marâtres : une place à inventer

Caroline Helfter Journaliste
« J’ai honte de me sentir euphorique à l’idée de rester seule avec l’homme de ma vie quand, le vendredi, son petit garçon part chez sa maman... », « Comment sortir du statut de plante verte dans lequel je suis reléguée chaque fois que les filles de mon compagnon viennent à la maison ? », « Puis-je m’autoriser à faire des réflexions à Margot, 6 ans, qui se tient très mal à table, alors que son papa s’en moque complètement et que la fillette, lors du premier week-end chez nous, m’a fait observer : “T’es pas ma mère” ? » En ce samedi matin de printemps, elles sont une petite dizaine de belles-mères, âgées d’une trentaine d’années en moyenne, à passer deux heures pour mettre en commun leurs difficultés à exister en tant que compagnes d’un homme qui a déjà des enfants... et partager, sans crainte d’être jugées, rires et émotion, soucis, conseils et indignations.
Parce qu’élever les enfants d’une autre, à temps plein ou partiel, ne ressemble pas toujours à une sinécure, le Club des marâtres tient table ouverte, une fois par mois, au café de l’École des Parents, à Paris [1]. Soupape de sécurité permettant d’évacuer le trop-plein de couleuvres avalées et boîte à idées pour rechercher, ensemble, le moyen de s’en prémunir – ou de mieux les digérer –, les rencontres proposées par cette association, créée en 2003, sont l’occasion d’évoquer les infortunes de sa vie de famille recomposée.
Fidèle de ces réunions depuis quatre ans, lorsqu’elle est devenue marâtre à plein temps d’un adolescent bientôt âgé de 17 ans, Carine estime devoir à cette fréquentation d’être, aujourd’hui, « une belle-mère épanouie ». Sinon, assure-t-elle, « J’aurais tout envoyé promener : le papa – homme exceptionnel mais père exécrable –, le gamin et basta ! » Nouvelle venue au Club, Micheline opine. Après avoir épousé, il y a vingt-cinq ans, le père, veuf, d’un « jeune garçon qui idéalisait beaucoup sa maman », sa vie de belle-mère est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. C’est pourquoi elle regrette de n’avoir pas eu « la chance » qu’ont aujourd’hui ses cadettes de pouvoir se retrouver entre paires vivant peu ou prou la même situation.
Dans la quasi-totalité des cas, les femmes qui, un jour ou l’autre, se tournent vers le Club sont devenues belles-mères à la suite d’une rupture de la précédente union de leur compagnon, et non pas par veuvage comme Micheline (ou les abominables marâtres de contes de fées que personne ne peut oublier). C’est précisément parce que ces harpies sont bien vivaces dans toutes les mémoires que les marâtres actuelles ont repris leur dénomination. Par autodérision, mais pas seulement, précise Marie-Luce Iovane-Chesneau, fondatrice de l’association [2]. Le terme de “marâtre”, en effet, reflète l’image de “méchantes” que la plupart des belles-mères ont d’elles-mêmes à leur arrivée au Club, explique-t-elle. C’est aussi le seul mot désignant sans équivoque la place qu’occupe une femme auprès d’enfants qui ne sont pas les siens. Cette place, quelle est-elle ? Tel est bien le cÅ“ur du problème – et la première question que (se) pose, immanquablement, la nouvelle “recomposante”.
 
Quel rôle pour la compagne du père ?
 
 
« Alors que la belle-mère a l’impression de passer son temps à essayer de faire que tout se passe au mieux pour l’ensemble de la famille, la reconnaissance de son rôle est loin d’être à la mesure de ses efforts », souligne M.-L. Iovane-Chesneau. Qui plus est, si l’intéressée est naturellement invitée à aider le père à s’occuper des beaux-enfants, protester auprès de son compagnon devant certaines attitudes de la jeune classe qu’elle juge inadmissibles – comme de ne pas dire bonjour en rentrant à la maison – lui vaut de se trouver vite mise en accusation. L’affect prenant le pas sur l’intellect, le père n’entendra pas qu’il y a effectivement des règles de vie élémentaires à respecter, mais : « Tu dis ça, parce que c’est mon enfant », note M.-L. Iovane-Chesneau. Aussi « sommes-nous toutes, à des degrés divers, empreintes du sentiment d’être incompétentes avec nos beaux-enfants, ajoute-t-elle – même si, bien sûr, nous pouvons aussi avoir de superbes histoires avec eux ». Certaines femmes, qui avaient déjà des enfants avant de devenir belles-mères, ont d’ailleurs l’impression de se transformer tout d’un coup en sorcières quand il est question de leurs beaux-enfants : dans le même contexte et la même situation, ce qui est valable pour leurs propres enfants – et reconnu comme tel par leur compagnon – n’est plus du tout de mise quand il s’agit des siens. Mais il est vrai aussi que le père voyant, en général, assez peu ses enfants, et surtout lors de loisirs, il « a envie que ce soit alors Mickey à la maison », reconnaît l’une de ces marâtres.
Par ailleurs, il est intéressant d’interroger les changements de rôles auxquels peut conduire la résidence alternée. En répartissant égalitairement les temps de vie des enfants entre chacun de leurs deux parents, la résidence alternée permet-elle aux pères de prendre plus à cÅ“ur leur rôle d’éducateur ? La réponse n’est pas forcément positive. Par peur de perdre ce mode de garde, les pères, en effet, auraient tendance à verser dans le laxisme. Et à obtempérer, également, quand la mère décide de changements de calendrier. Autrement dit : alors que ces arrangements sont déterminants pour le quotidien de la famille recomposée, et en particulier pour l’emploi du temps de la belle-mère qui, souvent, va chercher les enfants à l’école, les amène au sport, etc., ils sont décidés sans la consulter. « Mise au même rang que les enfants, la belle-mère n’a qu’à faire et se taire », résume M.-L. Iovane-Chesneau.
 
Ne plus “compter pour du beurre“
 
 
On l’aura compris : le mutisme n’est pas le parti retenu par la petite assemblée de frondeuses qui, à l’instar de Gaëlle, affirment ne plus vouloir « compter pour du beurre ». Et d’échanger recettes et astuces pour tenter d’améliorer les relations avec leur prince charmant et les enfants que celui-ci a eus d’une précédente union. Au rang de ce brouet de trouvailles, celle que Clélia a faite – inopinément – n’est pas la moins savoureuse : depuis que la jeune femme a annoncé à son compagnon son intention de se rendre au Club des marâtres, le papa de Margot n’a eu de cesse de demander à sa fillette de bien se tenir à table. Et ensemble, la veille au soir, ils ont rangé sa chambre…
« On n’insistera jamais assez sur le rôle du père dans la création de la place de la marâtre », fait observer Catherine Audibert, auteur du Complexe de la marâtre [3]. C’est lui qui, en se positionnant clairement dans la nouvelle famille, peut permettre que des liens de qualité s’établissent entre sa nouvelle femme et son ou ses enfants, affirme la psychanalyste, co-initiatrice, avec M.-L. Iovane-Chesneau, du collectif « Recomposer », qui milite pour un statut du beau-parent [4]. « Pour les familles recomposées, et plus encore pour les enfants qui y vivent, il est vital de trouver ses repères », explique-t-elle. C’est pourquoi « il nous paraît essentiel que les personnes adultes qui vivent avec des enfants, même si ce ne sont pas leurs enfants biologiques ni adoptifs, soient reconnues comme ayant une fonction parentale ». Belles-mères ou beaux-pères : les beaux-parents ne se substituent pas aux parents. Ils occupent une autre place, s’ajoutant à celle de ces derniers, qui se situe au niveau de la génération des adultes engagés dans la tâche fondamentale de faire grandir, le mieux possible, les enfants, souligne la psychanalyste. Une place à trouver, une place à inventer.
 
NOTES
 
[1]10h30-12h30, le deuxième samedi du mois, au café de l’École des Parents, 162 bd Voltaire, 75011 Paris. Rencontre le même jour et aux mêmes horaires, proposée par l’antenne auvergnate du Club des marâtres à l’Escale info parents, 32 rue Gaspard-Monge, 63000 Clermont-Ferrand.Contact : iinfos@ clubdesmaratres. fr
[2]Et co-auteur, avec Michel Moral, de Belle-mère ou marâtre. Quel rôle pour la femme du père ?, éditions L’Archipel, 2008.
[3]Payot & Rivages, 2004 ; Petite Bibliothèque Payot, 2007.
[4]Collectif « Recomposer », 7 rue René-Barthélemy, 92120 Montrouge.
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10h30-12h30, le deuxième samedi du mois, au café de l’École...
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[2]
Et co-auteur, avec Michel Moral, de Belle-mère ou marâtre. ...
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[3]
Payot & Rivages, 2004 ; Petite Bibliothèque Payot, 2007. Suite de la note...
[4]
Collectif « Recomposer », 7 rue René-Barthélemy, 92120 Mont...
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