Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
186 pages

p. 111 à 112
doi: INSO.150.0111

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Partie 2 : Diversité des politiques, diversité des évaluations

n° 150 2008/6

2008 Informations sociales Partie 2 : Diversité des politiques, diversité des évaluations

... en contrepoint - L’évaluation en question

Alain Vulbeau
Vacarme [*] est une revue trimestrielle qui mène, depuis une dizaine d’années, « une réflexion à la croisée de l’engagement politique, de l’expérimentation artistique et de la recherche scientifique ». Son dernier dossier, intitulé « Pour en finir avec l’évaluation », est l’occasion de considérer sous un angle critique des thèmes aussi différents que l’école, l’entreprise, la santé mentale, la fonction publique, les drogues, etc.
Pour les auteurs du dossier, l’évaluation doit être soumise à une critique radicale, c’est-à-dire idéologique. D’abord, il faut constater que la pression évaluative s’est diffusée dans les espaces les plus variés mais que très peu de personnes semblent bénéficier des retombées positives de l’évaluation. Cette critique débouche sur une résistance dont le fondement éthique consiste à rappeler que la singularité de la vie des individus reste « inévaluable ». Autrement dit, il faut considérer l’évaluation comme un mode de « gouvernementalité », ce qui, selon le terme de Michel Foucault, renvoie à une organisation aussi envahissante qu’illégitime.
Pourtant, le propos de la revue n’est pas de nier toute valeur à l’évaluation. Si cette dernière s’indexe sur les fondamentaux de la démocratie, comme la prise en charge collective par la délibération, la transparence des procédures et la prééminence du sujet, alors l’opération est cadrée et moralisée.
Au fond, il ne faut pas perdre de vue que l’évaluation est un moyen, même si une sorte de culture de l’évaluation nous a été inculquée depuis l’école, où, comme le note Alain Barrère, on reçoit, en moyenne, une note tous les deux jours. Ce modèle scolaire de l’évaluation, fondé sur une épreuve individuelle de différenciation, met en forme une disposition générale à rechercher la valeur individuelle. En effet, l’élève laborieux (le « forçat » ou la « forçate »), ignorant quelles sont les normes de l’évaluation, tente de pallier cette méconnaissance par une certaine quantité de travail qui s’avère toujours insuffisante et disproportionnée au regard des notes obtenues.
L’évaluation, comme le remarquent des fonctionnaires territoriaux d’une petite ville, est toujours ramenée à la recherche de déficiences individuelles et rarement centrée sur la question des moyens et de l’amélioration de l’organisation. De plus, ces agents constatent qu’une évaluation de type managériale, souvent proposée sous forme de stages, s’ajoute au système de notation individuelle déjà en vigueur dans les administrations. Deux chercheurs participant à des mouvements ou à des syndicats de défense de leur profession mettent en garde contre la prédominance de la bibliométrie pour évaluer la recherche. Le fait de comptabiliser seulement des nombres (classement des revues, nombre de publications, taux de citations des auteurs, etc.) est un exercice qui, à terme, favorise le conformisme, réduit la portée scientifique des travaux et affaiblit les chercheurs non statutaires. Au fond, il ne faudrait surtout pas oublier d’évaluer l’évaluation.
 
NOTES
 
[*]Vacarme, Pour en finir avec l’évaluation, n° 44, été 2008.
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