2008
Informations sociales
Partie 3 : Les niveaux territoriaux de l’évaluation
... en contrepoint - L’évaluation, entre connaissance et gouvernance
Alain Vulbeau
On peut tenter de donner une définition très basique de l’évaluation : il s’agit d’une technique de connaissance qui permet de mesurer l’atteinte d’objectifs définis par une politique publique, à l’aide d’indicateurs, chiffres qui donnent l’ampleur de phénomènes ou l’évolution de processus dans un secteur défini.
Alors qu’elle est pratiquée depuis le début du xxe siècle aux États-Unis, la France marque un retard chronique dans sa mise en Å“uvre qui n’intervient vraiment qu’à la fin des années 1980, notamment sur les politiques de la ville et de la santé. Bernard Perret
[*] explique que cette entrée tardive dans les pratiques évaluatives est à relier à la complexité de cette opération, qui ne concerne pas seulement des connaissances à rassembler et à traiter mais qui renvoie aussi à des questions de gouvernance. De plus, on estime souvent, en France, que le contrôle budgétaire a priori
vaut évaluation, comme ce fut le cas avec la Rationalisation des choix budgétaires (RCB) des années 1970 ou, aujourd’hui, avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP).
L’évaluation est d’abord une technique de connaissance qui comprend deux moments reliés entre eux. Il y a d’abord la mise en place d’une « méthode-processus », qui comprend un dispositif de pilotage de l’évaluation. Il s’agit d’une instance qui va d’abord estimer l’« évaluabilité » de la politique pressentie, puis accompagner, de façon dynamique mais pas autoritaire, toute la démarche des évaluateurs. Cette instance de pilotage est à la fois un lieu de médiation et d’ajustement entre des logiques, des statuts et des savoirs différents. Le second moment s’apparente à une collecte de données qui relève beaucoup des techniques d’enquête des sciences sociales et humaines. La panoplie des méthodes est (ou a été) employée, selon les lieux et les périodes, depuis l’expérimentation sur des groupes témoins jusqu’à des formes participatives, en passant par le traitement de données quantitatives et/ou qualitatives. L’important est que la technique de connaissance soit capable de mettre en regard le point de vue de l’usager et celui du décideur politique, et de déboucher sur une batterie d’arguments raisonnés permettant de situer la valeur des actions concernées. L’évaluation des coûts renvoie forcément à la qualité du service rendu à un public.
L’évaluation est liée à la notion de gouvernance, qui interroge la place des acteurs politiques. En effet, sa toute première règle est de relativiser la parole du pouvoir central et de solliciter le point de vue de la chaîne administrative concernée, dans une perspective de responsabilisation voire de modernisation de la fonction publique. De même, quand les parlementaires sont à l’origine d’une évaluation, on peut y lire un processus de rééquilibrage des pouvoirs. Autrement dit, celle-ci peut être une opération cognitive mais aussi un moment actif d’une politique publique.
[*]
Bernard Perret,
L’Évaluation des politiques publiques,
Paris, La Découverte, 2008.