2008
Informations sociales
Le social en recherche
Le social en recherche
— Nicolas Grivel, Nathalie Georges, Dominique Méda, Les prestations et services d’accompagnement des demandeurs d’emploi. Comparaisons internationales Suède, Pays-Bas, Royaume-Uni, Centre d’études de l’emploi, Le Descartes I, 29, promenade Michel Simon, 93166 Noisy-le-Grand cedex, décembre 2007, 50 p., www.cee-recherche.fr
— Jean Baptiste de Foucault, Michel Cezard, Marie Reynaud, Emploi, chômage, précarité. Mieux mesurer pour mieux débattre et mieux agir, Conseil national de l’information statistique, Rapport nËš 108, septembre 2008, 136 p., www.cnis.fr
— Marie Grâce Lux, Colette Horel, Michel Ribeiro, Christine Rostand, Philippe Mouchard, Patricia Vienne, Évaluation du plan global 2005-2007 de lutte contre les violences faites aux femmes – 10 mesures pour l’autonomie des femmes, Inspections générales de l’administration, de la police nationale, des services judiciaires et des affaires sociales, La Documentation française, Paris, 2008, 215 p., www.ladocumentationfrançaise.fr
Recherche d’emploi : le bâton, le bâton, la carotte
Nicolas Grivel, Nathalie Georges, Dominique Méda, Les prestations et services d’accompagnement des demandeurs d’emploi. Comparaisons internationales Suède, Pays-Bas, Royaume-Uni, Centre d’études de l’emploi, Le Descartes I, 29, promenade Michel Simon, 93166 Noisy-le-Grand cedex, décembre 2007, 50 p., www.cee-recherche.fr
La loi du 1er août 2008 relative aux droits et aux devoirs des demandeurs d’emploi et ses décrets d’application ont considérablement accentué la pression sur les demandeurs d’emploi pour que ceux-ci non seulement cherchent activement mais surtout trouvent et reprennent un emploi. Le rapprochement de l’ANPE et des Assedic, d’une part, et la définition de parcours personnalisés d’accès à l’emploi s’appuyant sur des protocoles très formalisés ainsi que la mise en Å“uvre de sanctions, d’autre part, sont les principaux outils de cette nouvelle politique. La situation française n’est pas originale. Le rapport du CEE montre que des pays dont les systèmes de protection sociale sont différents, comme la Suède, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, se sont inscrits dans des démarches semblables. La mise à disposition de guichets uniques, l’appel à de nouvelles techniques de management des services de l’emploi et le recours aux services d’organismes privés se généralisent dans les trois pays. De plus en plus fréquemment, l’indemnisation des chômeurs est soumise à des conditions de recherche active d’emploi. Enfin, les auteurs de la recherche notent que dans les trois pays se trouvent privilégiées des prestations courtes, visant à un retour rapide à l’emploi dans le secteur privé, au détriment des formations longues. Réf. 1507
Ayhan Kaya, Ferhat Kentel, Belgo-turcs : pont ou brèche entre la Turquie et l’Union européenne, Fondation du Roi Beaudouin, 21, rue Bréderode, 1000 Bruxelles, 2007, 104 p., www.kbs-frb.be
Sur les 200 000 Turcs vivant en Belgique, près de 60 % sont nés en Turquie. Cependant, les trois quarts d’entre eux possèdent la nationalité belge. Nous sommes loin de la situation française où seulement 35 % des personnes originaires de Turquie sont françaises, ou encore de l’Allemagne où le taux de Turcs nationalisés allemands est légèrement supérieur à 20 %. Une recherche conduite par des chercheurs de l’Université Bilgi à Istanbul, en lien avec le Centre de recherches sur les migrations de l’Université du Sussex (GB) s’est intéressée à la place des Turcs dans la société belge. Les résultats intéressants devraient dépassionner le débat sur l’intégration de la Turquie dans l’Europe. Ils montrent la forte intégration de la population d’origine turque en Belgique. Ainsi les deux tiers des Turcs qui résident en Wallonie et en Flandre parlent les langues de ces communautés. De même, si 60 % des Turcs ont un bien immobilier en Turquie, ils sont aussi nombreux à être propriétaires en Belgique. La recherche présente l’image d’une population qui, sans avoir coupé ses liens avec ses origines, a su trouver, en dépit des discriminations, une place dans la société belge. Réf. 1508
Marine Le Bescond, Sous les pavés, la nature ? Une politique publique des jardins collectifs lyonnais, Mémoire de fin d’études, Institut d’études politiques de Lyon, Université Lyon 2, 14 avenue Berthelot, 69365 Lyon cedex, septembre 2007 (Dir. R. PAYRE), http://doc-iep.univ-lyon2.fr/Ressources/
Familiaux, citoyens ou ouvriers, partagés, d’insertion, pédagogiques ou simplement d’habitants, les jardins subsistent au cÅ“ur des villes. Si les jardins ouvriers semblent grignotés par l’extension urbaine, rejetés en périphérie ou condamnés au voisinage des lignes de chemin de fer, de nouvelles formes de jardins apparaissent qui laissent perdurer des parcelles vertes au cÅ“ur des espaces bétonnés. Certes, les mythes s’affaiblissent. Le temps n’est plus où l’on implantait des jardins ouvriers pour verdir une ville qui risquait de basculer dans le rouge, ou pour permettre aux familles de consommer des légumes tout en assurant aux époux et pères un loisir sans alcool. Le développement des jardins s’inscrit dans un vaste mouvement de retour au jardinage dans la vie quotidienne. Il s’agit autant de cultiver des légumes que de fleurir saterrasse ou son balcon. Le temps n’est sans doute pas tout à fait au militantisme soucieux de reconquérir des terres viciées par la pollution ou, comme ce fut le cas du mouvement « Green Guerilla » dans le New York des années soixante-dix, de lutter contre la spéculation immobilière, mais les revendications d’espaces à mettre en culture ou à fleurir sont telles qu’elles contraignent les villes à en faire des politiques publiques. C’est à l’émergence de cette politique dans la communauté urbaine de Lyon que s’intéresse Marine Le Bescond, montrant les ambiguïtés des élus soucieux de combiner la gestion des solidarités urbaines et le développement d’une branche environnementale de l’action publique. Les lecteurs lyonnais de ce mémoire reconnaîtront sur quelques très belles photos les jardins de la Duchère, le toit de l’échangeur de la gare de Perrache, le parc de Gerland et les terrasses Jardingues. Réf. 1509
Rose Megard, L’univers pavillonnaire. Mémoire de fin d’études, Institut d’études politiques de Lyon, Université Lyon 2, 14 avenue Berthelot, 69365 Lyon cedex, 2006, 163 p. (Dir. B. LAMIZET), http://doc-iep.univ-lyon2.fr/Ressources/
La prochaine crise des banlieues trouvera-t-elle sa source dans les zones pavillonnaires ? A priori, non, si l’on se souvient que le rêve de tout Français est, selon les instituts de sondage, de pouvoir acquérir sa propre maison, de préférence en dehors de l’agitation des villes. Le pavillon est la mise en forme la plus fréquente, quasi industrialisée, de ce projet de vie à moindre coût. Proposant un mode de vie à la campagne, à quelques dizaines de minutes, parfois un peu plus, de son travail, dans un lotissement calme au joli nom de fleur, avec un jardin autour de la maison, une barrière de thuyas pour se protéger du regard des autres, souvent un chien, le lotissement semble l’exact opposé du grand ensemble. Il faut le regard acéré de Rose Megard pour rappeler que la zone pavillonnaire n’est finalement qu’un grand ensemble structuré sur un mode horizontal. Renonçant aux entretiens ou aux questionnaires habituels des mémoires de sociologie, l’auteure se promène dans un lotissement construit en bordure d’un petit village de l’Ain. Un lotissement ordinaire, comme il en existe des milliers, fait de jolies maisons, toutes semblables, vendues à crédit sur catalogue par les industriels de l’habitat. Rose Megard examine l’implantation des maisons, la circulation des voitures, photographie la couleurs des volets, et petit à petit, au fil de cette promenade distanciée, on ne peut que se demander si cette idée d’une maison à soi seul, entourée d’un jardin pour la famille et les enfants n’est pas un vaste piège, pastiche à bon marché d’un habitat rêvé et dont les pouvoirs publics, des chalandonnettes d’hier aux maisons à 100 000 euros des derniers plans ministériels, se sont faits les ardents propagandistes. Réf. 1510
Lorsque le premier enfant paraît
Renaud Orain, La naissance du foyer ? Conditions matérielles d’entrées dans les carrières, parentales et de l’accueil du premier enfant en France à la fin du xxe siècle. Thèse pour l’obtention du doctorat de l’Université de Paris 8 en sociologie. Université de Paris 8 – Vincennes Saint-Denis, UFR Histoire, littératures, sociologie, décembre 2007, 493 p. (Dir. Florence WEBER), http://tel.archives-ouvertes.fr
Dans une très belle thèse de sociologie qui ne cède ni à l’anecdote ni à la surthéorisation, Renaud Orain propose une analyse globale de la naissance du premier enfant d’une jeune femme ou d’un couple. Cet événement, fondateur d’un foyer, modifie profondément les façons de vivre des parents ou de la mère, surtout lorsque celle-ci élève seule l’enfant. Le logement, les ressources, les horaires de travail et de vie quotidienne, les façons de vivre se trouvent affectés. Des milliers de pages ont déjà été rédigées sur ce bouleversement que constitue l’arrivée d’un enfant. La véritable nouveauté de la thèse de Renaud Orain est de s’intéresser aux articulations entre les continuités et les ruptures dans les dynamiques de vie des parents et de croiser cela avec les politiques publiques d’aide à la famille mais aussi avec les logiques de genre. Ainsi les continuités entre insertion professionnelle, grossesse et prise en charge quotidienne des enfants sont examinées de façon tout à fait passionnante au travers de l’usage du congé maternité, continuités que le congé paternité, lui, peine à établir. L’auteur insiste également sur l’importance des droits sociaux qui permettent d’aménager le retour des femmes sur la scène professionnelle. Alors que les économistes insistent sur le concept de préférences individuelles pour donner du sens aux comportements, Renaud Orain montre que la notion de ménage – il utilise le terme de maisonnée – a un sens qui n’est pas que statistique. Multipliant les enquêtes de terrain et mobilisant les données de l’enquête emploi de l’Insee sur les trajectoires d’emploi des hommes et des femmes à l’arrivée d’un premier enfant, cette thèse établit des ponts entre une micro économie des ménages et une sociologie des genres et de la famille. Réf. 1511
Chômage : des chiffres flous, flous, flous
Jean Baptiste de Foucault, Michel Cezard, Marie Reynaud, Emploi, chômage, précarité. Mieux mesurer pour mieux débattre et mieux agir, Conseil national de l’information statistique, Rapport nËš 108, septembre 2008, 136 p., www.cnis.fr
On se souvient de la polémique au début de l’année 2007 lorsque l’Insee décida de différer la publication des chiffres du chômage en raison d’une discordance trop importante entre les différentes sources d’informations. Le découplage entre le nombre de demandeurs d’emploi inscrits en fin de mois à l’ANPE et le calcul des chiffres du chômage au sens du BIT a permis de résoudre momentanément cette difficulté, sans toutefois régler le fond du problème. Critiquant la fétichisation du chiffre qui aboutit à faire du nombre mensuel de chômeurs le baromètre ultime de la politique de l’emploi, les auteurs du rapport signalent que l’ancienneté au chômage ou l’ancienneté dans l’entreprise sont des données qui mériteraient autant de considération. Le rapport rappelle surtout qu’il n’y a pas d’indicateurs parfaits et qu’un chiffre doit surtout traduire l’état du système social qui le produit. Il suggère une évolution du système statistique qui permettrait de tenir compte du sous-emploi, de l’emploi insatisfaisant et du halo qui entoure actuellement le chiffre du chômage. Au plan éthique, le rapport souligne qu’un système d’indicateurs doit aussi apprécier dans quelle mesure les droits fondamentaux des personnes sont respectés. Réf. 1512
Violences faites aux femmes, un plan plus loin
Marie Grâce Lux, Colette Horel, Michel Ribeiro, Christine Rostand, Philippe Mouchard, Patricia Vienne, Évaluation du plan global 2005-2007 de lutte contre les violences faites aux femmes – 10 mesures pour l’autonomie des femmes, Inspections générales de l’administration, de la police nationale, des services judiciaires et des affaires sociales, La Documentation française, Paris, 2008, 215 p., www.ladocumentationfrançaise.fr
Il arrive que les inspections générales proposent, sous le nom d’évaluation, des travaux qui ne sont que des inspections classiques, par leurs méthodes et leur champ d’investigation. L’évaluation conjointe menée par plusieurs inspections générales à propos des effets du plan ministériel 2005-2007 de lutte contre les violences faites aux femmes, intitulé « 10 mesures contre les violences faites aux femmes », déroge largement à cette critique. S’il n’avait manqué aux inspecteurs un peu de temps et sans doute d’argent pour développer les investigations sur le terrain, nous disposerions d’une évaluation du niveau de celles entreprises par feu le Conseil scientifique de l’évaluation. Les auteurs organisent leur travail selon quatre questions évaluatives : le phénomène de violences faites aux femmes est-il mieux connu ? Les violences sont-elles mieux prévenues et mieux combattues ? Les acteurs sont-ils mieux coordonnés et mieux formés et les femmes sont-elles mieux prises en charge ? La mobilisation des données d’enquêtes, de nombreux travaux et des investigations de terrain montrent que les efforts ne sont pas vains, même si les résultats ne sont pas encore à la hauteur du problème et si la logique sécuritaire l’emporte parfois sur l’accompagnement social, en particulier en matière d’aide à l’autonomie par le logement et l’emploi. Réf. 1513
Christian Demuynck, Bernard Seillier, La lutte contre la pauvreté et l’exclusion : une responsabilité à partager, Mission commune d’information sur les politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, Sénat, Tome 1 rapport, Tome 2 auditions et déplacements, 314 et 400 p., septembre 2008, www.senat.fr
Au cours des trente dernières années, la lutte contre la pauvreté et l’exclusion a été jalonnée par la publication de rapports phares. Personne n’a oublié celui de Joseph Wresinski, le fondateur d’ATD Quart-monde, alors qu’il siégeait au Conseil économique et social. Ce serait dommage que l’on ne retienne pas le rapport que présente Bernard Seillier devant le Sénat. La situation n’est plus la même. Alors que Joseph Wresinski tirait un signal d’alarme pour décrire une situation connue seulement des travailleurs sociaux et des militants associatifs, les travaux du Sénat, mobilisant une masse de documents, de travaux d’études et de recherches, auditionnant les principaux acteurs des politiques publiques et des actions privées, proposent une véritable évaluation de notre dispositif de lutte contre la pauvreté. Qu’il s’agisse de la couverture maladie universelle, du droit au logement opposable, de l’augmentation du surendettement des ménages, des politiques éducatives ou de la faiblesse du rôle des entreprises en matière d’insertion par l’économique, les sénateurs – oubliant parfois qu’ils furent à l’initiative de bien des mesures examinées – dressent un portrait sans concession des politiques de lutte contre la pauvreté. Quelque soixante-quinze propositions concluent le rapport. On ne peut qu’acquiescer à la plupart d’entre elles en se demandant toutefois si les réponses qu’elles apportent forment un ensemble suffisant susceptible de faire bouger une situation qui, en dépit des mesures prises, reste d’une inquiétante stabilité. Réf. 1514
Pensions de familles, maisons relais
Cécile Canpolat, Jean-Pierre Proche, Évaluation nationale du dispositif Maisons relais, Ville et habitat, 8 place J.-B. Clément, 75018 Paris, avril 2008, 128 p., www.ville-habitat.fr
Entre la vie collective en centre d’hébergement et de réadaptation sociale et l’accès à un logement individuel, la « maison relais » appartient à ces diverses formules nées dans les années quatre-vingt-dix, permettant d’offrir à des personnes un lieu où vivre de manière plus autonome sans rompre tout à fait avec un soutien social. Expérimentées sous le nom de pensions de famille, les maisons relais se sont développées, souvent portées par des associations, à partir d’une circulaire de décembre 2002. On comptait, au début de l’année 2007, quelque 160 maisons ouvertes proposant un peu moins de 3 000 places. La démarche d’évaluation de ce programme, lancée par la Direction générale de l’action sociale et réalisée par le bureau d’étude Ville et habitat, consiste en une enquête sur l’ensemble des maisons relais et s’accompagne d’une description monographique de neuf d’entre elles. S’il existe une forte adéquation entre le public ciblé par la circulaire de 2002 et le public effectivement accueilli, les auteurs de l’étude insistent sur la faible articulation entre les maisons relais et l’ensemble des ressources de logement disponibles sur le même secteur géographique. Réf. 1515