2008
Informations sociales
Partie 1 : Nouvelles approches, nouvelles méthodes
... en contrepoint - Des chiffres à la clé
Caroline Helfter
Thermomètre de la croissance économique, le Produit intérieur brut (PIB) mesure la richesse d’un pays à l’aune du volume de tous les biens et services produits par un travail rémunéré, qui se vendent ou qui coûtent monétairement, expliquent les économistes Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice
[*]. C’est donc le « beaucoup-avoir »
et le « beaucoup-produire »
d’une société qui sont ainsi comptabilisés, pas son bien-être, font-ils observer. Rien n’empêche, cependant, de faire évoluer « le périmètre des richesses dignes d’être comptées
», ce qui a déjà été réalisé au cours du temps, pour que l’indicateur intègre certaines ressources – activités (comme le bénévolat ou le travail domestique) et patrimoines divers, notamment naturels – qui ne sont pas aujourd’hui prises en compte. Des « PIB environnementaux » et divers indices de « bien-être durable » ou de « progrès véritable » ont ainsi vu le jour, au cours des années 1990, qui ajoutent aux chiffres de la comptabilité nationale des estimations monétaires de valeurs liées aux gains ou aux pertes de qualité de l’environnement et de certaines « qualités » sociales (comme les inégalités).
La construction d’autres indicateurs, le plus souvent fondés sur des variables non monétarisées, répond essentiellement à des préoccupations sociales et humaines. C’est notamment le cas de l’Indicateur de développement humain (IDH), mis au point, en 1990, par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). L’IDH résulte de la moyenne de trois sous-indices permettant, chacun, de classer les pays sur une échelle de 0 à 1, précisent Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice : le PIB par habitant (exprimé en parités de pouvoir d’achat), l’espérance de vie à la naissance et le niveau d’instruction, établi à partir du taux d’alphabétisation des adultes (compté pour deux tiers) et du taux de scolarisation des jeunes. À partir de l’IDH, le Pnud a ensuite élaboré l’Indicateur sexo-spécifique de développement humain (ISDH), qui permet d’évaluer les différences de situation des hommes et des femmes sous l’angle des trois critères retenus pour analyser le développement humain.
Quelles que soient les limites des différents indicateurs alternatifs mis au point, ils « indiquent » déjà bien des choses et contribuent, notamment, à relativiser la religion de la croissance économique, soulignent les auteurs. Ceux-ci saluent, à cet égard, l’influence croissante des femmes, qui contribuent à « revaloriser les critères humains, sociaux et environnementaux du développement ». De fait, il y a bel et bien des représentations sexuées du progrès, affirment les deux économistes. Et de citer une enquête d’opinion portant sur les principaux événements du xxe siècle : les hommes ont été majoritairement conquis par la conquête de l’espace ; les femmes, quant à elles, sont 90 % à placer le droit à la contraception en tête de leur palmarès.
[*]
In
Les nouveaux indicateurs de richesse,
La Découverte, coll. Repères, 2005, 128 p., 8,50 euros.