2009
Informations sociales
Partie 3 : Genre et pouvoir social
Régimes d’état-providence et conventions de genre en Europe
Marie-Thérèse Letablier
Sociologue au CNRS-Centre d’économie de la Sorbonne à l’Université Paris-I, ses recherches portent sur les politiques familiales et sur les relations entre travail et vie familiale, dans une perspective comparative européenne. Ses publications récentes abordent la gestion de la parentalité dans les entreprises ainsi que les politiques d’accueil des jeunes enfants en Europe.
Le mouvement général d’émancipation des femmes vis-à-vis de leur assignation aux activités parentales et familiales modifie profondément les relations de genre dans la société et, de manière plus lente, dans la famille. Nous examinons ici comment cette émancipation liée à la participation des femmes au marché du travail s’inscrit dans différents régimes d’État-providence, et interrogeons plus particulièrement les changements relatifs à la construction de la citoyenneté sociale des femmes. Nous concluons sur la capacité de résistance et d’adaptation des régimes familialistes et montrons que le maternalisme continue de s’imposer dans les sociétés continentales.
Droits dérivés de ceux d’un conjoint « gagne-pain » ou droits propres, liés à l’exercice d’un emploi : en fonction de leur vision des rapports sociaux de sexe, les pays européens ont mis en place des régimes de protection sociale qui privilégient l’investissement domestique des femmes ou leur participation au marché du travail.
Interroger le « pouvoir social » des femmes implique, selon nous, de porter le regard sur deux dimensions de ce qu’il est convenu d’appeler la citoyenneté sociale : d’une part, sur la capacité de celles-là à prendre la parole (voice) et à exprimer des revendications au nom du collectif qu’elles forment, et d’autre part, sur les modalités d’accès aux droits sociaux. Bien que ces deux aspects soient plus ou moins liés, l’obtention de droits sociaux résultant généralement de luttes sociales, nous interrogerons ici la manière dont les femmes accèdent à ces droits et pour quelles contreparties, dans différents pays de l’Union européenne (UE). L’accès aux droits sociaux, en ce qui les concerne, est en effet tributaire du modèle de protection sociale qui prévaut dans le pays considéré, selon que les droits sont individualisés ou familialisés, et selon la prévalence plus ou moins grande du modèle familial de « monsieur Gagne-pain ».
Pour saisir la teneur des débats relatifs à cette question, nous ferons un détour rapide par l’histoire des systèmes nationaux de protection sociale, afin de comprendre sur quels présupposés relatifs à la place des hommes et des femmes dans la société ils se sont construits et réformés. Nous avançons la notion de « convention d’égalité » pour rendre compte des rapports sociaux de sexe tels qu’ils sont consignés dans les textes législatifs et tels qu’ils se donnent à voir en pratique dans les formes d’engagement professionnel et familial des femmes et des hommes. Les conventions d’égalité renvoient à diverses formes de contrats sociaux entre les sexes (Fouquet et al., 1999), qui reposent sur des formes d’engagement dans l’activité professionnelle des femmes et sur des formes variées d’acquisition des droits sociaux, selon que ceux-ci sont directement issus de la participation au marché du travail ou bien qu’ils dérivent de l’activité professionnelle d’un conjoint ou de la reconnaissance de l’activité « maternelle » comme travail. La question du care, c’est-à-dire des soins aux enfants et aux proches dépendants, de la reconnaissance et de la rétribution de ce travail est en effet au cÅ“ur des débats relatifs à la construction des droits sociaux des femmes. Nous examinerons ensuite les politiques permettant de promouvoir la citoyenneté sociale des femmes dans un contexte où elles sont incitées à intégrer le marché du travail, qui font de l’articulation entre travail et vie familiale une question sociale et politique centrale dans les débats sur l’émancipation des femmes et sur la modernisation des États-providence.
Les fondements historiques de la protection sociale des femmes
L’histoire de la protection sociale des femmes est celle de leur encastrement dans l’idéologie « familialiste ». Dans tous les pays, la mise en place des systèmes modernes de protection sociale visait à protéger les individus-citoyens-travailleurs contre un ensemble de risques sociaux liés à la perte d’emploi, à la maladie, au veuvage. Les programmes garantissaient des prestations aux hommes « chargés » de famille, afin qu’ils continuent à assurer une certaine sécurité financière à leurs proches et aux femmes privées du soutien du chef de famille. Ils reposaient sur l’idée que la famille est une unité sociale fondamentale dont les membres sont tous solidaires, au sein d’un système de spécialisation des activités. Le rôle des femmes n’était pas de travailler hors du domicile, même si beaucoup d’entre elles y étaient contraintes, mais de s’occuper des enfants et du « foyer ». Sous la pression de mouvements réformistes plus ou moins influents selon les pays, des aides publiques ont pu être attribuées pour les soutenir dans leur rôle de mères et protéger la maternité. La division du travail entre hommes et femmes était considérée comme naturelle et même souhaitable, et était acceptée tant par les acteurs politiques du début du XXe siècle que par les femmes elles-mêmes. Cette vision familialiste était largement partagée, y compris par les mouvements féministes réformistes qui revendiquaient la valorisation politique et le soutien social de l’activité « maternelle », au nom des services rendus à la société en mettant au monde et en élevant des enfants, de la même manière que les hommes étaient reconnus pour leur contribution à l’effort de guerre et à la production économique nationale.
La mise en place des États-providence, au milieu du XXe siècle, s’est faite sur la différenciation des rôles masculins et féminins au sein de la famille et donc sur l’affectation prioritaire des femmes aux activités maternelles et domestiques. La dépendance des femmes vis-à-vis de l’homme gagne-pain se reflète dans les notions d’« ayant droit », de « droits dérivés » ou encore dans l’expression « à charge », qui font dépendre l’accès aux droits sociaux des femmes (ou à une partie d’entre eux) des contributions de leur conjoint. Les prestations sociales destinées à la famille étaient souvent vues comme un complément au système du salaire familial, un soutien au revenu de la famille.
Certains systèmes ont cependant intégré l’aspiration des femmes à l’emploi et ont soutenu les mères dans leur « choix » de travailler ou de s’occuper des enfants. Alors qu’en France, des mesures de soutien ont permis aux mères de combiner un emploi avec des activités familiales (sans toutefois remettre en question le caractère « maternel » des activités familiales), au Royaume-Uni, les politiques ont plutôt eu pour effet de renforcer le modèle de l’homme gagne-pain par une spécialisation des activités au sein des ménages (Pedersen, 1993 ; Lewis, 1992). Ce même renforcement a pu être observé en Allemagne et aux Pays-Bas, où l’idéologie « maternaliste » est particulièrement bien ancrée. En revanche, les pays nordiques se sont affranchis des instruments « maternalistes »/« familialistes » de leur politique sociale, prônant l’égalité des femmes et des hommes à travers la participation au marché du travail, l’emploi étant considéré comme le moyen de l’indépendance économique des femmes et le support de leur citoyenneté sociale.
Régimes d’égalité : essai de définition
Si nous prenons comme point de départ le fait que la citoyenneté est ce qui relie l’individu au collectif, celle-ci recouvre trois composantes : des droits et des devoirs, une appartenance et des formes de participation à la vie collective. La citoyenneté est articulée à des contextes nationaux, politiques, économiques et sociaux reflétant des traditions culturelles et institutionnelles. La notion de régime permet de regrouper des pays qui partagent les mêmes régulations institutionnelles et les mêmes logiques politiques et de comparer leurs évolutions au fil du temps. Dans le champ de la protection sociale, elle a été utilisée par Gostä Esping-Andersen (1990) pour comparer les formes d’État-providence en Europe. Le classement des États-providence en trois catégories – libéraux, corporatistes-conservateurs et sociaux-démocrates – a suscité de nombreux débats, notamment en raison de l’absence de prise en compte de l’apport des familles dans le pourvoi de protection sociale des individus, et donc de l’apport des femmes. En intégrant la dimension du genre dans les politiques sociales, Jane Lewis (1992, 1997) distingue trois régimes male breadwinner, selon que la référence à l’homme gagne-pain dans les politiques sociales est forte, faible ou modérée. Cette qualification est cohérente avec les formes d’engagement professionnel et familial des femmes. Ce faisant, la question de la dé-familialisation des activités de soins aux enfants et aux personnes dépendantes est centrale dans la détermination des modèles familiaux observés en Europe. D’autres auteurs (Daly, 2001 ; Bettio et Plantenga, 2004) ont défini des régimes social care, c’est-à-dire des régimes de prise en charge des soins aux enfants et aux adultes en fonction de la place respective de la famille, des pouvoirs publics et du marché dans le pourvoi d’aide aux personnes.
Prenant appui sur ces travaux, il est possible de définir différents régimes d’égalité ou gender regimes encastrés dans les institutions, dans les pratiques sociales et dans les relations de pouvoir, permettant ainsi de construire une approche de la citoyenneté qui tienne compte des rapports sociaux entre les sexes. Les régimes de genre sont déterminés par les formes d’engagement professionnel et domestique des femmes et des hommes selon des règles ou des conventions d’égalité. Ce processus de répartition reflète des « cultures d’égalité » attachées aux relations entre les sexes (Pfau-Effinger, 2002, 2005).
Des conventions d’égalité variables en Europe
Nous utilisons la notion de « convention d’égalité » pour spécifier et analyser, dans une perspective comparative, les rapports sociaux de sexe tels qu’ils sont inscrits dans les textes fixant les droits individuels et tels qu’ils se donnent à voir dans les arrangements de la vie quotidienne. Ces conventions sont plus ou moins contractualisées, selon les régimes légaux en vigueur dans les pays comparés. Pour différencier les conventions de genre en Europe, nous partirons de la distinction entre droits propres et droits dérivés, qui établissent une première partition entre les pays, selon que les femmes mariées (ou vivant officiellement en couple) qui ne sont pas engagées dans une activité professionnelle bénéficient ou non des droits acquis par leur conjoint lorsqu’il travaille. Les femmes comme les jeunes enfants sont considérés comme « à charge » du mari chef de famille dans la tradition du male breadwinner, qui se doit de pourvoir aux besoins économiques de sa famille. Les solidarités sont d’abord organisées au sein de la cellule familiale, régie par un système d’obligations réciproques de soutien.
Compte tenu de l’héritage des différents pays européens en matière de conceptualisation des droits sociaux et des régimes de genre, le modèle de l’adult worker responsable de lui-même pour ses droits et sa survie économique, promu par l’UE, est encore loin d’être atteint. Les ménages à deux actifs et deux carers sont loin de constituer la majorité des couples dans la plupart des pays européens. En Espagne, en Italie, au Luxembourg et en Irlande, plus d’un ménage avec enfants à charge sur deux est composé d’un seul gagne-pain, alors qu’en Suède et au Danemark, moins d’un ménage sur cinq est dans ce cas. Au Danemark, 75 % des ménages avec enfants à charge sont composés de deux parents travaillant à temps plein. Bien que moins élevée, cette proportion est encore importante au Portugal (66 % des couples) et en Finlande (59 %). Elle excède 45 % en France, où, cependant, 36 % des ménages sont encore composés d’un seul parent actif. Aux Pays-Bas, et dans une moindre mesure au Royaume-Uni et en Suède, le modèle dominant est celui du ménage à un actif et demi. Cette répartition des ménages en fonction de leur structure de travail donne un aperçu de l’état de l’émancipation des femmes et de l’état des conventions d’égalité.
Le « maternalisme » d’Europe continentale
Selon Ruth Lister et al. (2007), le maternalisme identifie la maternité comme une forme sexuée de la citoyenneté fondée sur la contribution des femmes à l’éducation des générations suivantes de citoyens. Il revendique des droits pour les mères en reconnaissance de leur rôle compassionnel d’aidantes, de soignantes et d’éducatrices, complémentaire du rôle paternel de pourvoyeur de ressources économiques.
La logique de droits dérivés prévaut dans les pays ayant un régime de protection sociale de type bismarckien – c’est-à-dire fondé sur le travail, mais essentiellement sur celui du chef de famille – et dans lesquels la famille est considérée comme une cellule de base de la société, intermédiaire entre l’État et les individus. Ce régime de citoyenneté sociale est peu favorable à l’activité professionnelle des femmes dont le rôle est d’abord d’élever les enfants et de tenir le foyer, activité pour laquelle elles peuvent être rétribuées sous des formes variables : allocations, « salaire maternel », bonifications, avantages familiaux, pensions de réversion, etc. Les prestations de soutien aux parents sont plutôt sous forme monétaire et de déductions fiscales qu’en nature. Ce modèle familialiste commun aux pays de l’Europe continentale se réforme, parfois même de façon radicale comme en Allemagne, afin d’intégrer les objectifs communautaires en matière d’emploi et d’accueil des enfants. Toutefois, ces réformes restent des adaptations de systèmes nationaux dont les bases familialistes / maternalistes ne sont pas vraiment remises en question. L’Autriche, les Pays-Bas, la Belgique et la France relèvent de ce régime de genre, en dépit de différences notables concernant les représentations du travail des mères, de l’éducation des enfants et du rôle de l’État dans le soutien à la parentalité.
En France, les revendications maternalistes, c’est-à-dire relatives à la protection des mères et à la reconnaissance de droits sociaux liés à la maternité, ont été plus développées que dans les autres pays, sans doute en raison de la légitimité plus grande de l’État à intervenir dans les affaires familiales. Les mères ont ainsi pu bénéficier de mesures visant à compenser certains effets de la maternité et de la parentalité sur leur sécurité économique, par exemple des « avantages » familiaux dans les droits à retraite, ou bien des droits à congés rémunérés.
Convention d’égalité sociale-démocrate
À l’opposé, le système social-démocrate a éliminé la notion de droits dérivés, chaque individu étant pourvu de droits propres liés à son travail et/ou à sa qualité de citoyen. Ce régime de citoyenneté sociale est fortement incitatif à l’activité professionnelle pour les femmes qui ont peu de « choix » entre travailler et ne pas travailler, mais qui, en contrepartie, jouissent de droits leur permettant de combiner un travail et des enfants. Les politiques de soutien aux parents sont bien développées dans ces pays qui, par ailleurs, reconnaissent les enfants comme des citoyens sujets de droits sociaux, ayant par exemple le droit à une place dans une structure d’accueil. Dans ce régime de droits fortement individualisés, les solidarités sont d’abord collectives, régulées par l’État et par les pouvoirs publics, et fortement articulées à l’action de la société civile, des partenaires sociaux et des associations.
L’approche nordique représente, pour de nombreux chercheurs, le modèle idéal de soutien de État à l’emploi des mères, à la fois en termes d’emploi, de bien-être des enfants et d’égalité entre les sexes (Méda et Périvier, 2007). Les femmes au foyer y sont rares et les pères sont encouragés à partager les responsabilités parentales, même si, sur ce point, les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances. Si une proportion importante de femmes travaille à temps partiel, notamment en Suède, à la différence d’autres pays, ces emplois sont stables, bien rémunérés et avec des horaires longs. De fait, l’écart entre salaires masculins et féminins y est plus bas que dans les autres pays de l’UE. Les conventions de genre ou d’égalité s’articulent fortement non seulement à des modes d’insertion des femmes dans l’emploi mais aussi à des représentations de l’éducation et de la socialisation des enfants. Pour autant, si ce régime de genre égalitaire rapproche les pays de l’Europe du Nord, des différences notoires existent au sein de cet ensemble, notamment au regard des instruments promus par les politiques pour aider les parents à concilier travail et vie familiale.
Force des solidarités familiales dans l’Europe méditerranéenne
Dans les pays de l’Europe méditerranéenne prévaut encore le modèle familial de l’homme gagne-pain, même si les jeunes femmes ont davantage de possibilités d’emploi que celles des générations précédentes. Le mouvement d’émancipation par l’emploi s’accompagne d’une baisse des taux de fécondité, un phénomène observé aussi en Allemagne, où les conditions de travail restent marquées par l’empreinte masculine, se révélant ainsi difficilement compatibles avec les soins aux enfants. Dans les pays méditerranéens, le partage des tâches domestiques et des responsabilités familiales entre parents est limité et progresse lentement. Les politiques de soutien à la parentalité sont encore faibles et sont surtout très dispersées. L’égalité entre hommes et femmes est inscrite dans la loi mais elle reste formelle. Les solidarités familiales sont actives dans le pourvoi de soins aux enfants et aux personnes vulnérables, complétées par le recours à des services domestiques et à des services publics fournis par les municipalités ou par les régions. Le principe des droits dérivés perdure et la sécurité économique des femmes est attendue de l’emploi et d’une reconnaissance du travail qu’elles effectuent dans la sphère familiale.
Les nouveaux États membres : une grande hétérogénéité
Les nouveaux États membres forment un ensemble hétérogène. Le démantèlement des structures d’accueil des enfants et du système de politique familiale pendant la transition a conduit à une certaine « re-familialisation » de la prise en charge des enfants, ainsi qu’à une forte polarisation sociale entre les femmes qui peuvent déléguer leurs responsabilités parentales au marché et celles qui ne peuvent compter que sur l’entraide familiale. La plupart de ces pays consacrent une part minime de leur budget à l’aide aux familles, à l’exception toutefois de la Hongrie, ainsi que des Républiques tchèque et slovaque, qui témoignent d’une générosité plus grande. Pour ces dernières, une part très faible des dépenses est consacrée aux services d’accueil des enfants, les aides étant surtout sous forme monétaire.
Le régime «néolibéral » des pays insulaires
Dans la tradition néolibérale de pensée de la citoyenneté, les droits civils ont tendance à prévaloir sur les droits sociaux (Orloff, 2006) dont le communautarisme serait, avec le maternalisme, l’une des composantes.
Au Royaume-Uni ainsi qu’en Irlande, qui forment le noyau de ce modèle, la convention d’égalité repose essentiellement sur l’égalité des chances. Ce n’est que depuis la fin des années 1990 que le Royaume-Uni dispose d’une politique de soutien à la parentalité sous forme d’aides au développement des modes d’accueil des enfants, visant essentiellement à réduire la pauvreté des enfants, à assister les familles les plus vulnérables et à les rendre ainsi plus « employables ». L’essor de l’emploi des femmes ne doit pas grand-chose aux mesures de politiques publiques, qui interfèrent peu dans les affaires de famille, mais plutôt aux politiques family-friendly des entreprises qui cherchent à garder ou à attirer la main-d’Å“uvre féminine. Toutefois, la participation élevée des femmes au marché du travail s’accompagne de fortes disparités de salaires entre hommes et femmes, en dépit d’une moindre ségrégation professionnelle que dans les autres pays. Le temps partiel est l’un des instruments utilisés pour concilier travail et famille, ainsi que les formes flexibles de travail. Depuis 1997, la promotion de l’emploi pour les mères s’est appuyée sur le développement de services privés ainsi que de programmes de welfare to work, c’est-à-dire de mesures incitatives à l’emploi visant à rendre ce dernier plus attractif que l’assistance. La rhétorique du « libre choix » utilisée par les acteurs politiques ne s’accompagne pas d’une offre publique permettant d’exercer ce choix, sauf pour les familles pauvres (William, 2001). Au total, les droits sociaux associés à l’emploi restent limités, alors que les droits civils dans le même domaine sont plus développés. Cette orientation traduit une séparation entre sphère privée et sphère professionnelle, laissant les mères « choisir » entre travail et care, en fonction d’un calcul d’opportunité.
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La question de la division du travail entre hommes et femmes est devenue centrale dans les préoccupations des politiques, au niveau communautaire comme au niveau national. Elle est incontournable aussi dans la théorisation de la citoyenneté sociale, dès lors que l’on cherche à prendre en compte les inégalités entre hommes et femmes, tant dans la sphère professionnelle que dans la sphère domestique. Dès lors que le travail professionnel est promu comme un devoir pour tous les citoyens valides, il importe que des droits sociaux nouveaux soient octroyés aux parents pour leur permettre d’être à la fois parents et travailleurs, et pour garantir une forme de bien-être et de qualité de vie aux enfants. Le développement des politiques d’accueil des enfants va dans le sens d’une extension radicale de la citoyenneté sociale des femmes et des enfants. Mais les principes qui fondent ces droits nouveaux demanderaient à être reformulés, de façon à en faire des droits universels en Europe.
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Bettio F. et Plantenga J., 2004, « Comparing Care Regimes in Europe », Feminist Economics, vol. 10 (1), p. 85-113.
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Daly M., 2001, Care Work : The Quest for Security, Geneva International Labour Office.
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Fouquet A., Gauvin A., Letablier M.-T., 1999, « Des contrats sociaux entre les sexes, différents selon les pays de l’Union européenne », in Conseil d’analyse économique, Égalité entre femmes et hommes : aspects économiques, Paris, La Documentation française.
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Pfau-Effinger B., 2002, « Changing Welfare States and Labour Markets in the Context of European Gender Arrangements », in Andersen J. G. et Jensen P. (eds.), Changing Labour Markets, Welfare Policies and Citizenship, Bristol, The Policy Press, p. 235-56; 2005, « Culture and Welfare State Policies : Reflections on a Complex Interrelation », Journal of Social Policy, vol. 34 (1), p. 3-20.
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Williams F., 2001, « In and beyond New Labour: towards a New Political Ethic of Care », Critical Social Policy, vol. 21 (4), p. 467-93.