Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
158 pages

p. 110 à 110
doi: en cours

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Partie 3 : Genre et pouvoir social

n° 151 2009/1

2009 Informations sociales Partie 3 : Genre et pouvoir social

Contrepoint - Un abécédaire malin

Le diable se cache dans les détails, dit-on. La domination masculine aussi, mais c’est moins connu. Aussi, le petit abécédaire réalisé par Ilana Löwy, historienne de la biologie et de la médecine, et Catherine Marry, sociologue du travail et du genre, est-il du plus grand intérêt. Il propose cent mots-clés à partir desquels débusquer la satanée mécanique de l’infériorisation des femmes [*]. D’« Accouchement » à « Violence (dans le couple) », en passant par « Cerveau », « Divorce » ou « Travail domestique », certaines des notions retenues constituent sans doute des incontournables de la critique féministe, mais c’est précisément pourquoi leur analyse a déjà été assez largement vulgarisée. Moins attendues, sans être moins édifiantes, d’autres entrées livrent leur pesant de sous-entendus que les deux chercheuses se font un malin plaisir de mettre à nu.
Il en est ainsi de la notice consacrée aux « Poils ». Certaines cultures (musulmane, juive, orthodoxe) vénèrent la pilosité masculine, signe visible de virilité, tandis que les femmes sont obligées de cacher, voire de raser leurs cheveux. Ce n’est pas le cas dans l’Occident laïc : seule la pilosité corporelle des femmes y est mise à l’index. Bien sûr, telle ou telle forte tête ne s’épilera pas systématiquement, mais la plupart des femmes ont intériorisé cet idéal de peau lisse qui accentue leur différence « naturelle » avec l’autre sexe.
Pour éliminer ces poils que l’on ne saurait voir, l’une des solutions est le « Rasoir électrique ». Mais encore fallait-il donner une aura de féminité à ce viril instrument pour gagner les femmes à sa cause. Les experts de la marque Philips s’y sont vite employés. Principale différence entre le « Ladyshave » et son homologue masculin ? En dehors de ses couleurs pastel, le premier est doté d’un boîtier qui ne peut pas se démonter, « renforçant ainsi l’idée que les femmes ne sont pas intéressées par le bricolage et la manipulation d’objets techniques », soulignent les auteures.
Toujours du côté des « Machines », l’une d’elles est devenue l’outil du féminin par excellence : la machine à écrire. Tout a commencé de façon quasi fortuite. La proximité qui a existé, d’emblée, entre machines à écrire et machines à coudre résulte de la construction, par Remington, des premières machines à écrire dans ses ateliers de production de machines à coudre. Le reste sera affaire de marketing : le discours promotionnel met en scène les prouesses de cette « machine domestique » qui incarne les vertus de ses utilisatrices – rapidité, discrétion, docilité… –, cependant que les intéressées voient occulter le travail d’apprentissage qui a rendu cette dextérité possible.
« Un des mécanismes les plus récurrents de perpétuation de la domination masculine est celui de la légitimation des inégalités entre les sexes par leur renvoi à des différences “naturelles” » qui seraient évidentes et indiscutables, commentent les chercheuses. S’attachant à traquer ce naturel, elles espèrent bien l’empêcher de revenir au galop.
Caroline Helfter
 
NOTES
 
[*]Pour en finir avec la domination masculine. De A à Z, Les Empêcheurs de penser en rond, 2007, 340 p., 20 euros.
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