Informations sociales 2009/1
Informations sociales
2009/1 (n° 151)
158 pages
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Le social en recherche
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Des blogs par millions

1 « Parole authentique versus parole instrumentalisée : le pouvoir communicationnel des blogs », Nolween Henaff. Thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication, Université de Rennes-II, laboratoire Plurilinguismes, représentations, expressions francophones – information, communication, sociolinguistique (PREFics), Campus Villejean, 35043 Rennes cedex, septembre 2008, 470 p. (disponible sur Archives ouvertes)

2 Apparu au début des années 1980, à la suite des pages personnelles, le phénomène blog a explosé il y a trois ou quatre ans, à la suite de la création de vastes plateformes dont Skyblog est la plus connue, surtout parmi les adolescents et les jeunes adultes. En mars 2006, on dénombrait 9 millions de blogs, dont 2,5 millions étaient réellement actifs. Journal intime informatisé, carnet de bord, promotion de soi ou de sa propre cause, appel au secours, témoignage d’amitié, d’amour ou de solidarité, la blogosphère cache des pépites de paroles authentiques dans une masse de sites qui intègre aussi des logiques de marchandisation. Élargissement de l’espace public ou projection de soi hors de l’espace privé, les blogs sont aussi des lieux de débat et de participation à la vie publique. Nolween Henaff décrit, dans une passionnante thèse, les multiples usages des blogs, en démonte la rationalité, en caractérise les différentes formes, propose des typologies et conduit une réflexion sur cette articulation entre parole pour soi et parole citoyenne. Réf. 1498

Quand l’usager évalue

3 « Les usagers évaluateurs ? Leur place dans l’évaluation des bonnes pratiques professionnelles en travail social », Michel Laforcade, Vincent Meyer (dir.). Séminaire du Groupe national des établissements publics sociaux et médico-sociaux, septembre 2008, 201 p., www.gepso.com, diffusion Les études hospitalières, Bordeaux

4 Le secteur médico-social est confronté, depuis plusieurs années, à un profond bouleversement. Après la loi du 2 janvier 2002 qui a redéfini l’ensemble des règles du jeu, la loi sur le handicap de février 2005 puis celle de mars 2007 réformant la protection de l’enfance, et enfin la réforme des tutelles sont venues dessiner un nouveau paysage dans lequel l’évaluation joue un rôle non négligeable. Chaque année, le Gepso (Groupe des établissements publics sociaux et médico-sociaux), qui regroupe des établissements et des services médico-sociaux publics, consacre un séminaire à ce thème. Dépassant les débats ordinaires sur les transformations gestionnaires et managériales dont l’évaluation serait pour les uns la conséquence et pour les autres la cause, les animateurs du dernier séminaire de septembre 2008 se sont interrogés sur la place que pouvaient tenir les usagers eux-mêmes dans le processus d’évaluation. Si l’on sait bien que le recueil de la parole de l’usager est nécessaire dans toute évaluation et dans toute démarche visant à améliorer la qualité des prestations, peut-on aller plus loin et introduire ce dernier au cœur de la fabrication de l’évaluation ? Des retours d’expériences et des travaux plus théoriques montrent que cette direction est envisageable et que la somme des précautions à prendre ne doit pas dissuader de s’engager sur un chemin qui permet aux personnes en difficulté de retrouver une part de citoyenneté. Réf. 1499

1 400 associations chaque semaine

5 « La France associative en mouvement », Cécile Bazin, Jacques Malet. Rapport, Recherches et solidarités, 7, Les Ridelières, 44140 Montbert, octobre 2008, 97 p., www.recherches-solidarites.org

6 Après plusieurs années d’études et de recherches réalisées dans le cadre de la Fondation de France, Jacques Malet, Cécile Bazin et Marie Duros viennent de fonder une association de recherche, sans but lucratif, afin de collecter et de diffuser de l’information, des études et des recherches concernant la vie associative et les pratiques de dons. Le rapport présenté sous le titre « La France associative en mouvement » constitue la sixième édition de ce regard porté sur les créations d’associations à partir de l’examen exhaustif des déclarations publiées au Journal officiel. Avec plus de 72 000 créations, l’année 2007-2008 est la plus dynamique depuis quinze ans. La culture et les pratiques d’activités culturelles viennent en tête, avec plus de 18 % des créations, suivies par les activités de loisirs et les actions socioculturelles, juste devant le sport, qui représente 13,4 %. Les activités à caractère social représentent 10,5 % des nouvelles associations et regroupent les interventions sociales, les associations caritatives et humanitaires, les services familiaux et aux personnes âgées, ainsi que l’aide à l’emploi, le développement local et les solidarités économiques. La carte des créations est très particulière : elle montre une France associative qui se densifie en dessous d’une ligne Avranches-Chambéry. Le secteur associatif est un très fort créateur d’emplois, principalement dans les domaines de la santé et du social. On peut toutefois s’interroger sur la pertinence d’une formule qui rassemble dans une même structure juridique des quasi-entreprises et des joueurs de cartes ou de pétanque. Réf. 1500

Droits des pauvres, pauvres droits ?

7 « Droit et pauvreté », Patrick Du Cheyron, Didier Gelot (coord.). Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES), Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees)-Mission de la recherche (Mire), 14, avenue Duquesne, 75350 Paris 07 SP, septembre 2008, 207 p. www.travail-solidarite.gouv.fr/web/observatoire-national-pauvrete-exclusion-sociale/

8 Le droit ne définit pas la pauvreté. En revanche, il participe à la construction des représentations de la pauvreté, lesquelles s’insèrent dans des conceptions plus larges de la justice sociale, de la citoyenneté et de la solidarité. Le politique use et parfois abuse de ces représentations pour donner de la solidité à ce qui n’est bien souvent qu’une construction idéologique – ainsi va actuellement le débat sur les droits et les devoirs. Outre cette question de la nature du rapport entre droit et pauvreté, les participants au séminaire organisé en 2007 par la Mire et l’ONPES se sont intéressés aux évolutions et aux ruptures entre droit et pauvreté. Qu’il s’agisse de la progression des notions de droit de l’homme et de droits fondamentaux, de la distinction entre droits civils et droits sociaux ou de la redéfinition du régime des droits et des obligations, dont la contractualisation constitue un axe majeur, ces évolutions ont un impact direct sur la construction actuelle des normes en usage dans les politiques sociales. Enfin, le compte rendu de ce séminaire qui en reprend les principales interventions laisse une large place à l’effectivité du droit. Il ne suffit pas que des droits existent, encore faut-il qu’ils soient applicables. Serait-il alors nécessaire de distinguer les droits opposables de ceux qui ne le seraient pas ? Réf. 1501

Hors les cases

9 « Une souffrance mal traitée. Parcours et situations de vie des jeunes dits “incasables” », Jean-Yves Barreyre, Patricia Fiacre, Vincent Joseph, Yara Makdessi. Rapport, Centre d’étude, de documentation, d’information et d’action sociale (Cédias) – Musée social, délégation de l’Association nationale des centres régionaux pour l’enfance et l’adolescence inadaptée (Ancréai), Île-de-France, 5, rue Las Cases, 75007 Paris, juillet 2008, 117 p., www.creai-idf.org

10 La lecture de leur dossier suffit à justifier une réponse négative aux demandes d’admission dans la plupart des établissements. Lorsqu’ils sont admis, ces jeunes fuguent, cassent et paraissent imperméables à toute aide ou prise en charge éducative ou thérapeutique. Leur échec est aussi celui des professionnels de l’aide sociale à l’enfance. Ils sont hors des cases, ou incasables, pour reprendre une expression souvent utilisée afin de les désigner. À la demande de l’Observatoire national de l’enfance en danger (Oned), le Cédias et la délégation de l’Ancréai de l’Île-de-France ont réalisé une recherche qualitative sur ces jeunes. S’appuyant sur un recueil rétrospectif d’éléments biographiques permettant de caractériser des parcours mais aussi d’écrire l’histoire des interventions sociales, les auteurs se sont ensuite focalisés sur l’examen de douze études de cas. Au terme de ce travail, Jean-Yves Barreyre et ses collègues montrent que ces jeunes « incasables » ont vécu des traumatismes sources de grandes souffrances, traumatismes mal traités, générant des souffrances latentes réactivées régulièrement par des rencontres, des événements, des malentendus, des « mal écoutés ». Une réponse possible pourrait consister à ne pas s’orienter vers l’une ou l’autre des institutions mais à renoncer à la structure idéale d’accueil, au profit de la mobilisation concertée des ressources d’un réseau territorialisé. Une seconde réponse tiendrait davantage dans la priorité donnée au soulagement de cette souffrance et d’abord à sa reconnaissance, avant toute volonté d’insertion, de réinsertion ou d’engagement dans un programme de traitement. Réf. 1502

Handicap, premiers plans

11 « Handicap et droit à compensation : quelles nouvelles pratiques ? Étude sur les plans personnalisés de compensation ». Rapport, Observatoire de l’action sociale décentralisée (Odas), 250 bis, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris, décembre 2007, 45 p., réalisé en partenariat avec la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), www.odas.net

12 L’étude de l’Odas, diffusée à la fin de l’année 2007, portait sur cinq cents plans personnalisés de compensation élaborés dans onze départements. Ces plans constituent un des points-clés de la loi du 11 février 2005, car ils doivent permettre aux personnes en situation de handicap de disposer d’aides et de ressources afin de se mettre au niveau des personnes valides. De ce point de vue, la notion de plan personnalisé va largement au-delà de la prestation d’autonomie mise en œuvre pour les personnes âgées dépendantes. En dépit de ce vaste projet qui s’appuie sur le fonctionnement des maisons départementales des personnes handicapées, les auteurs de l’étude montrent qu’à de rares exceptions près, les plans restent peu personnalisés. Dans certains départements, ils sont même fortement standardisés et se centrent majoritairement sur la prestation, au détriment d’une prise en compte globale des personnes. Si cette standardisation facilite la gestion administrative du dispositif et conforte un souci d’égalité, elle n’en reste pas moins assez éloignée du projet initial. S’agit-il d’une faiblesse de jeunesse ou d’une faille dans la mise en œuvre de la législation ? Il faudra attendre une prochaine évaluation pour répondre à cette interrogation. L’étude est très qualitative et on regrette parfois que les données portant sur l’ensemble des plans ne soient pas mises à la disposition du lecteur. Réf. 1503

La santé, d’une culture à l’autre

13 « Dimension bio-psycho-culturelle de l’homme. Mises en scène et traductions interculturelles de la santé publique », William Sherlaw. Thèse pour l’obtention du doctorat de sciences de l’information et de la communication, Université de Nantes, Unité d’enseignement et de recherche de psychologie, laboratoire « Éducation, cognition, développement », Chemin la Censive-du-Tertre, BP 81227, 44312 Nantes, octobre 2006, 215 p. + annexes

14 Surtout ne vous laissez pas impressionner par le titre de cette thèse. L’une des questions essentielles abordées par son auteur porte sur la découpe des gâteaux : « How do you cut up cakes in your country ? » À cette question, les Français répondent en calculant les angles de sorte que chaque part soit la plus égale possible aux autres ; les Anglais laissent l’invité choisir la taille de la part en fonction de son envie ou de sa faim ; les Lituaniens font une découpe égalitaire, mais laissent un morceau au centre du gâteau pour un enfant favori. Dans un autre chapitre, William Sherlaw compare les rédactions française et anglaise des notices en papier qui accompagnent les médicaments. Alors que les françaises répondent à une logique du type « les professionnels parlent aux professionnels », les notices anglaises cherchent surtout à donner une information immédiatement utilisable et compréhensible par le lecteur. D’exemple en exemple, dont beaucoup sont pris dans le domaine du handicap, l’auteur montre que les cultures de santé publique sont des constructions collectives et que toute démarche de traduction qui ne ferait pas l’effort de cette acculturation serait par trop réductrice. Réf. 1504

Handicapés, vers le travail

15 « La politique d’emploi des personnes handicapées, genèse et mise en œuvre d’une politique ordinaire », Laure Gayraud. Thèse pour le doctorat en sciences de l’éducation, Université Victor-Segalen, Bordeaux-II, septembre 2006, 506 p. + annexes, accessible sur hal.archives-ouvertes.fr

16 Trente années séparent deux lois qui voulaient réformer très profondément la vie des personnes handicapées. Le texte de 1975 affirmait une volonté d’insertion des personnes handicapées en milieu ordinaire, mais il n’en prenait pas moins de nombreuses précautions. Ainsi, en matière d’emploi, le passage du domicile à l’emploi ordinaire était conçu sur le modèle d’un sas. L’emploi en milieu protégé constituait l’élément d’un parcours de vie professionnelle au terme duquel la personne handicapée, formée et peut-être formatée, devait basculer dans le monde du travail ordinaire. Des quotas d’emplois réservés devaient favoriser cette insertion. La montée du chômage, à la fin des années 1970, mit un terme à cette idée avant même qu’elle puisse être sérieusement expérimentée. Laure Gayraud montre que ce modèle du sas a été utilisé pour d’autres catégories de travailleurs vulnérables en raison de leur jeunesse ou de leur trop grande distance à l’emploi. Au fur et à mesure de la création de nouveaux dispositifs, comme l’instauration des Plans départementaux pour l’insertion des travailleurs handicapés (PDITH), la notion de sas a régressé, au profit d’un accent plus important mis sur le droit commun. La loi de 2005 ne fait que conforter ce mouvement. Pour apprécier pleinement le caractère novateur de celle-ci, la thèse de Laure Gayraud constitue une bien intéressante somme d’informations. Réf. 1505

Sorties sans diplôme

17 « Un devoir national, l’insertion des jeunes sans diplôme ». Rapport, Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale (Cerc), 113, rue de Grenelle, 75007 Paris, juin 2008, 113 p., www.cerc.gouv.fr

18 Si la proportion de jeunes sortant sans qualification de la formation initiale a fortement baissé jusqu’au début des années 1990 avec la massification de l’enseignement secondaire, les enquêtes « Emploi » laissent apparaître une stabilisation de ce mouvement depuis 1994, puis une légère augmentation des sorties sans qualification depuis 2002. Près de 17 % des jeunes de chaque génération sont touchés par ce phénomène. Sortir sans diplôme, c’est être privé des outils pour acquérir ensuite une véritable qualification professionnelle, mais c’est aussi se vivre et être vécu en situation d’échec, sentiment renforcé par la multiplication des sources de stigmatisation ethniques, sociales ou géographiques. Au-delà d’une analyse maintenant bien identifiée, le rapport du Cerc s’intéresse surtout aux remèdes à apporter dans une Europe qui met au rang de ses priorités, dans le cadre de la stratégie dite de Lisbonne, la construction d’une économie de la connaissance. Refusant de privilégier une approche de type policy mix, allant de réduction des charges sociales sur les bas salaires en promotion de la modération salariale ou en création de dispositifs de compensation des revenus – ce que fait par exemple le Revenu de solidarité active (RSA) –, les auteurs du rapport font le choix d’une sortie par le haut, affirmant que les améliorations des qualifications devraient avoir un effet sur la croissance. Pour le Cerc, il importe de renforcer les articulations entre l’école et le marché du travail, en s’appuyant sur des programmes comme le Contrat d’insertion dans la vie sociale (Civis), sur les stages à fort contenu formatif, sur une meilleure coordination des acteurs de l’accompagnement des jeunes sur le marché du travail, et sans doute en apportant un revenu complémentaire à la démarche d’insertion. 1506

 

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POUR CITER CET ARTICLE

« Le social en recherche », Informations sociales 1/2009 (n° 151), p. 151-155.
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www.cairn.info/revue-informations-sociales-2009-1-page-151.htm.