2009
Informations sociales
Partie 1 : Genre et pouvoir politique
Femmes, pouvoir exécutif et construction européenne
Yves Denéchère
Professeur d’histoire contemporaine à l’Université d’Angers. Dans le cadre de l’Unité mixte de recherche Centre de recherches historiques de l’Ouest (CERHIO), ses recherches portent sur les problématiques croisant histoire sociale et histoire des relations internationales. Auteur de Ces Françaises qui ont fait l’Europe, publié en 2007, chez Audibert, il a réalisé une exposition virtuelle sur ce thème, visitable sur http://musea.univ-angers.fr. Il a co-dirigé, avec Jean-Marc Delaunay, Femmes et relations internationales au XXe siècle, aux Presses de la Sorbonne nouvelle, en 2006.
La construction européenne est incarnée, à juste titre, par des hommes politiques qui sont considérés comme des « pères fondateurs ». Les femmes sont également bien présentes à chaque étape, mais, privées de l’accès au sommet des pouvoirs exécutifs nationaux, elles n’ont pas été en mesure de jouer un rôle de premier ordre. Même si quelques grandes personnalités s’imposent, les femmes ont plutôt assumé avec efficacité, à des postes subalternes, des tâches plus ingrates mais indispensables à la construction de l’Europe communautaire. Tel est le cas des ministres françaises des Affaires européennes.
Où sont les femmes ? Peu présentes au plus haut des exécutifs nationaux, leur rôle dans la construction européenne paraît bien limité. Toutefois, au sein des institutions européennes ou comme ministres, des Françaises ont largement contribué à écrire l’histoire politique de l’Europe.
La construction européenne est incarnée, à juste titre, par des hommes politiques considérés comme des « pères fondateurs ». Mais où sont les femmes ? Privées de l’accès au sommet des pouvoirs exécutifs nationaux – à quelques très rares exceptions –, elles n’ont jamais été en mesure de jouer un rôle de premier ordre. Elles ont plutôt assumé avec efficacité, à des postes subalternes, des tâches plus ingrates mais indispensables à la construction de l’Europe communautaire. Cet article présente également le cas très particulier des ministres françaises des Affaires européennes, qui permet de réfléchir sur la place des femmes dans la construction européenne, en même temps que dans la vie politique nationale.
Les femmes dans l’histoire politique de la construction européenne
Des absentes
Dans les années 1940 et 1950, les femmes n’ont pratiquement aucune place dans les vies politiques nationales des six États fondateurs de la Communauté économique européenne (CEE), et en tout cas pas aux échelons élevés du pouvoir exécutif. Or, les décideurs de la construction européenne ont été et demeurent les chefs d’État et de gouvernement des États membres. Cette situation historique explique la prépondérance des « pères fondateurs » (Robert Schuman, Alcide de Gasperi, Konrad Adenauer et d’autres) par rapport à quelques « grands-mères de l’Europe ». Mais Aliénor d’Aquitaine (XIIe siècle) et la reine Victoria (1819-1901) ne doivent cette qualification qu’à leur descendance qui a essaimé partout sur le continent ; aucune d’entre elles n’a construit l’Europe. Incontestablement, Louise Weiss (1893-1983) mérite davantage ce titre qui lui est attribué, en raison d’un engagement européen qui ne s’est jamais démenti pendant soixante ans, de la fondation de son journal L’Europe nouvelle, au lendemain de la Grande Guerre, à ses Mémoires d’une Européenne. Toutefois, si la journaliste, la féministe, l’européiste a fait avancer l’idée européenne, elle n’a jamais été dépositaire d’un quelconque pouvoir exécutif. Cette absence initiale des femmes a eu pour effet de laisser croire qu’elles n’ont joué aucun rôle dans la construction européenne. Mais ce qui est vrai pour les années 1950 et 1960 ne l’est plus à partir des années 1980.
Des exceptions
Le tournant a lieu très précisément en 1979. Le 4 mai, six ans seulement après l’entrée de son pays dans la CEE, Margaret Thatcher (née en 1925) devient Premier ministre du Royaume-Uni. Pour la première fois, au Conseil européen – qui réunit les chefs d’État et de gouvernement – siège une femme… sur neuf ; elle est la seule pendant toute la décennie 1980. Sur la scène internationale, ses interlocuteurs masculins sont sensibles à ses convictions politiques, à sa formation de scientifique et à son parcours remarquable, mais aussi au fait qu’elle soit une femme. Comme le disait l’un de ses anciens conseillers, le diplomate Sir Percy Cradock : « L’alliance de la féminité et du pouvoir intriguait et excitait ses interlocuteurs hommes, du président Mitterrand à Anthony Powell [secrétaire d’État américain] ».
Le premier objectif de la politique étrangère de Margaret Thatcher vise à redéfinir la place du Royaume-Uni sur l’échiquier international (Sanderson, 2006, p. 30). Au niveau européen, les modalités de l’adhésion britannique à la CEE (1er janvier 1973) avaient engendré des tensions avec les partenaires, notamment sur la participation financière britannique au budget communautaire. Margaret Thatcher a contribué à un retour du Royaume-Uni sur la scène européenne. Lors du Conseil européen, à Strasbourg, en juin 1979, tous les observateurs constatent que « Britain is back ». En 1984, au sommet de Fontainebleau, elle lance une formule qui résume bien sa politique : « I want my money back ! » Finalement, contre un chèque, elle ancre le Royaume-Uni dans l’Europe qui marche vers l’Acte unique. Pas par conviction, par nécessité. Élisabeth Guigou, alors conseillère à l’Élysée, avait travaillé sur le scénario du pire : la CEE pourrait fonctionner sans le Royaume-Uni, et la France l’avait fait savoir à Londres… En même temps, par ses exigences et par la priorité qu’elle donne aux relations avec les États-Unis, Margaret Thatcher nuit à l’image et au statut du Royaume-Uni au sein de la Communauté. Après son discours de Bruges (1988), son refus de renoncer à la livre sterling pour une monnaie européenne unique bloque tout débat au cÅ“ur même de son gouvernement. Sa politique européenne divise jusqu’à son propre parti, et contribue très largement à sa chute, en 1990 (Sanderson, 2006, p. 37).
Il n’y a plus alors aucune femme parmi les douze chefs d’État et de gouvernement européens. Certes, Mary Robinson est élue présidente de l’Irlande en 1990, mais selon la Constitution, elle ne dispose d’aucun pouvoir exécutif, puisque c’est le Premier ministre qui l’exerce. En France, Édith Cresson (née en 1934) devient Premier ministre en 1991, mais le dossier européen relève essentiellement du « domaine réservé » de l’Élysée. Pour autant, il faut rappeler les mots de François Mitterrand indiquant aux Français le changement de gouvernement : « Madame Édith Cresson […] m’est apparue comme la plus apte à diriger ce gouvernement, [à] muscler notre économie et [à] porter nos industries au plus haut avant l’ouverture du grand marché unique, le 1er janvier 1993. » La presse évoque la « mission européenne » d’Édith Cresson et est unanime sur ses aptitudes à défendre les intérêts de la France en Europe. À Bruxelles, la Commission européenne accueille positivement la nomination d’une personnalité politique française connaissant les mécanismes européens, ce qui n’est pas si courant. Mais Édith Cresson reconnaît aujourd’hui que « dans l’agenda très dense d’un Premier ministre, la construction européenne n’est pas la chose essentielle », et puis le temps a manqué… Elle est restée moins d’un an à Matignon (Denéchère, 2007, p. 174).
En fait, depuis 2005, en tant que chancelière d’Allemagne, Angela Merkel n’est que la deuxième femme disposant d’un pouvoir exécutif assez fort pour pouvoir jouer un rôle décisif dans la construction européenne. Sa sensibilité à l’Europe est marquée par sa génération (elle est née en 1954) et par son enfance passée en République démocratique allemande. Outre l’axe franco-allemand qu’elle entend maintenir, elle regarde vers les pays d’Europe centrale et orientale entrés dans l’Union européenne en 2004. En 2007, pendant la présidence allemande de l’UE, pour sortir l’Europe de l’impasse consécutive au « non » français et néerlandais, elle promeut l’idée d’un traité simplifié.
Ces quelques parcours exceptionnels ne permettent pas d’affirmer que les femmes qui ont disposé d’un pouvoir exécutif important aient particulièrement eu à cÅ“ur de faire avancer les droits des femmes en Europe. D’autres, dans des responsabilités différentes, ont Å“uvré bien davantage en ce sens.
Des premières… des Françaises
L’année 1979 a également été marquée par l’intrusion des femmes dans un Parlement européen désormais élu au suffrage universel. L’élection à la présidence de ce Parlement de Simone Veil (juillet 1979) marque les esprits, d’autant que c’est Louise Weiss, doyenne des élus, qui préside la séance électorale. Même si elle ne dispose d’aucun pouvoir exécutif, Simone Veil joue un rôle essentiel dans la construction européenne en imposant le nouveau Parlement comme un véritable rouage institutionnel et en incarnant l’Europe à un moment où la Commission est peu visible. De Bruxelles à Washington, en Afrique comme en Asie, elle fait avancer l’idée que l’Europe existe, qu’il faut désormais compter avec elle (Denéchère, 2007). Cette contribution importante à la construction européenne, notamment le rapprochement de l’Europe des citoyens et en particulier des femmes, est encore très sous-estimée aujourd’hui. Vingt ans après elle (1999), une autre femme, également française, sera élue présidente du Parlement européen. Nicole Fontaine aura à cÅ“ur de promouvoir la dimension internationale de l’institution.
L’année 1989 marque une autre évolution : deux femmes – la Grecque Vasso Papandréou et la Française Christiane Scrivener – intègrent enfin la Commission européenne qui, pendant les années Delors, va exercer une certaine forme de pouvoir exécutif au niveau communautaire. En 1993 et 1994, la Française reste la seule femme au sein d’un collège qui compte dix-sept membres. Alors que le Parlement européen s’ouvre davantage aux femmes à chaque élection européenne, la Commission leur reste très hermétique. Il faut préciser que les commissaires sont nommés par les exécutifs des États membres, qui voient dans ce poste une courroie de transmission importante (Hallier, 2006, p. 136). En 1995, la nomination d’Édith Cresson comme commissaire par François Mitterrand est à envisager dans ce sens. Contrairement à Christiane Scrivener, dont l’efficacité et la discrétion sont saluées par tous, l’ancienne Premier ministre a constitué très tôt une cible intéressante pour ceux qui voulaient trouver une caisse de résonance médiatique afin de dénoncer les dérives de la Commission.
Plutôt que de leur laisser les postes de commissaires, les responsables politiques nationaux préfèrent consentir aux femmes quelques sièges de parlementaires européens dont la visibilité sur la scène politique nationale est nulle. Cette analyse concernant l’infériorité du niveau politique européen par rapport au niveau national est renforcée par le nombre significatif de Françaises qui se retrouvent à assumer des responsabilités européennes. En 1989, Catherine Lalumière est élue secrétaire générale du Conseil de l’Europe, la plus vieille institution du continent (1949). Sans pouvoir exécutif, elle saura néanmoins mener des actions décisives au moment où l’Europe de l’Est connaît tant de bouleversements. C’est également elle qui, dès juillet 1989 lors d’un Comité des ministres, lance une réflexion au niveau européen sur les femmes et le pouvoir politique en Europe et participe ainsi à initier le débat sur la parité, ce qui lui est peu reconnu aujourd’hui (Denéchère, 2007).
Avec ce bref panorama, on peut comprendre pourquoi les femmes n’ont guère de place dans l’histoire politique de la construction européenne. L’exercice par les hommes du pouvoir exécutif dans les États membres explique qu’ils ont joué les rôles principaux. Mais à l’échelon inférieur de l’exécutif, celui des ministres, et particulièrement dans les Affaires européennes, les femmes sont bien présentes.
La contribution des femmes ministres des Affaires européennes
Des postes très difficiles
Sur les vingt-sept États membres de l’Union, plus de la moitié ont confié au moins une fois le ministère des Affaires étrangères à une femme ; surtout depuis les années 1990, davantage dans les années 2000. Au Royaume-Uni, il faut attendre 2006, mais ni en Allemagne ni en France, une femme n’a encore été nommée à ce poste. Les portefeuilles des Affaires européennes, le plus souvent subordonnés à ceux des Affaires étrangères, ont été bien plus souvent confiés à des femmes : au moins une fois dans chaque État membre de l’Union.
En France, six femmes ont eu la responsabilité des Affaires européennes, souvent comme ministres déléguées : Catherine Lalumière (1984-1986, secrétaire d’État), Édith Cresson (1988-1990, ministre plein), Élisabeth Guigou (1990-1993), Noëlle Lenoir (2002-2004), Claudie Haigneré (2004-2005), Catherine Colonna (2005-2007). Depuis 1984, ce portefeuille a été confié, pendant onze années, à des femmes, ce qui est rarissime pour un ministère qui ne fait pas partie des domaines de compétence traditionnellement confiés aux femmes (consommation, famille, droits des femmes…). Seul celui de l’Écologie/Environnement a également été souvent occupé par des femmes : sept depuis 1981. Ce qui mène à l’hypothèse que l’on a pu nommer volontiers des femmes à la tête de ministères dont les délimitations et les attributions étaient floues, sujettes à empiètements notoires et qui n’étaient pas des domaines d’action prioritaires… Dans l’organigramme de la politique européenne de la France, la décision revient au président de la République d’abord, puis au ministre des Affaires étrangères, plus qu’au Premier ministre. Ce n’est qu’au niveau de l’exécution qu’intervient le/la ministre délégué(e) aux Affaires européennes (Lequesne, 1993). Sans réel pouvoir, donc sans autorité ministérielle, constamment sous la tutelle du Quai d’Orsay, le poste est ingrat et très difficile : déplacements incessants, connaissance indispensable de langues étrangères et des arcanes européens, gestion de dossiers très techniques, pas de visibilité médiatique…
La question de la « légitimité » des femmes en politique
Conseillère à l’Élysée, Élisabeth Guigou devient la « Madame Europe » de la présidence de la République, notamment pendant la période clé de la première cohabitation (1986-1988). Elle joue un rôle essentiel dans les années suivantes, qui sont consacrées à la préparation du traité de Maastricht. À l’instar de Jacques Delors, tous les observateurs et les protagonistes français et étrangers de cette époque rendent hommage à son action décisive, à un moment déterminant de la construction européenne. Il suffit de rappeler que de 1990 à 1993, elle est le seul membre du gouvernement français à participer – et à animer – les deux Conférences intergouvernementales (CIG) sur l’Union économique et monétaire et sur l’Union politique.
En juin 2005, pour assister le nouveau ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, Catherine Colonna est nommée aux Affaires européennes. Énarque et diplomate de formation, elle a été porte-parole du président Chirac, et membre de la cellule diplomatique de l’Élysée. La compétence européenne de Catherine Colonna est certaine et tranche avec l’inexpérience du titulaire du Quai d’Orsay. Dans le contexte délicat de l’après « non » français au projet de traité constitutionnel (2005), elle peut s’appuyer sur les deux têtes de l’exécutif pour assumer la politique européenne de la France.
Au contraire des précédentes, Noëlle Lenoir et Claudie Haigneré ont pâti d’une absence de légitimité. En 2002, la nomination de Noëlle Lenoir comme ministre déléguée aux Affaires européennes dans le gouvernement Raffarin suscita beaucoup de commentaires, mais bien davantage sur ce qui apparaissait à certains comme un revirement politique (en 1992, elle avait été nommée au Conseil constitutionnel par Henri Emmanuelli, alors président de l’Assemblée nationale) que sur les compétences de la nouvelle ministre. Quant à la nomination de Claudie Haigneré, en 2004, elle fut comprise comme la volonté du président Chirac de la garder au sein du gouvernement, mais sans la laisser à la Recherche, où elle avait connu beaucoup de difficultés. Le défi majeur des deux ministres déléguées a été d’être visibles, alors que les ministres des Affaires étrangères s’appelaient Dominique de Villepin et Michel Barnier. Un rapport, daté de juin 2003, faisant le bilan d’« un an d’action européenne » de Noëlle Lenoir illustre parfaitement la difficulté d’exister au sein du gouvernement en tant que ministre déléguée aux Affaires européennes. Le document liste des actions toujours communes avec d’autres ministères. Outre le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères, pas moins de douze ministres sont cités, certains d’entre eux plusieurs fois. Si la marge de manÅ“uvre d’un ministre est proportionnelle à son poids politique, on comprend la situation difficile de ces deux femmes en politique, mais pas femmes politiques, sans troupe, sans véritable soutien.
Une tentative unique : le ministère « plein » d’Édith Cresson (1988-1990)
Après la réélection de François Mitterrand, Édith Cresson devient ministre des Affaires européennes ; elle est la seule femme ministre du premier gouvernement Rocard. Le décret d’attribution de ses compétences précise qu’elle est chargée de préparer l’achèvement du marché intérieur pour 1992, de « favoriser l’adaptation de l’économie à cette fin, en concertation avec les agents économiques et les partenaires sociaux », et de préparer la présidence française du Conseil européen du second semestre 1989.
Une des premières décisions de la nouvelle ministre est de s’affranchir des Affaires étrangères et de s’installer dans un hôtel particulier de la rue Raymond-Poincaré. Mais son cabinet fonctionne pratiquement sans administration, puisque rien n’était prévu en dehors du Quai d’Orsay pour les Affaires européennes, d’où des problèmes de moyens, de définition des compétences, et des relations difficiles avec les Affaires étrangères. Édith Cresson ne nomme qu’un diplomate de carrière sur les quatorze membres de son cabinet, ce qui apparaît au Quai d’Orsay comme une provocation… contre-productive. En effet, de quels moyens va-t-elle pouvoir disposer sans l’appui ni le relais de la diplomatie française ?
Pour pallier cette difficulté, sont créés, en septembre 1988, six Groupes d’étude et de mobilisation (Gem). Constitués surtout de socioprofessionnels, d’élus de toutes tendances politiques (sauf du Front national) et de représentants des administrations et des ministères concernés, les Gem expertisent des secteurs soumis aux politiques intégrées européennes et ceux qui peuvent le devenir. Autant dire qu’avec ces groupes, Édith Cresson est présente dans la plupart des dossiers de ses collègues ministres : une « stratégie du coucou », en quelque sorte. « Craignant d’être un ministre fantôme, Édith Cresson a choisi d’être omniprésente », écrit Libération, en septembre 1988. Même si les prétentions budgétaires de la ministre ont été revues très à la baisse et si elle est privée d’administration autonome, elle entend bien montrer que c’est elle qui est chargée des projets européens comme l’Eurêka audiovisuel ou la construction d’un espace social européen.
À partir du début de l’année 1990, Édith Cresson se plaint de plus en plus des entraves que l’on met à son action. En octobre 1990, elle démissionne. Ainsi prend fin la tentative la plus poussée de réformer l’organisation de la politique européenne de la France. Malgré des idées intéressantes et quelques promesses, aucun président, aucun Premier ministre n’a créé un grand ministère des Affaires européennes, qui pourrait être confié à une sorte de vice-Premier ministre…
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Á partir des années 1980, les femmes – et plus particulièrement des Françaises – ont été des actrices de la construction politique de l’Europe, mais davantage au Parlement européen qu’à la Commission européenne, davantage aux échelons subalternes de l’exécutif national qu’à son sommet. N’est-ce pas le signe que l’Europe n’intéresse pas beaucoup une classe politique masculine focalisée sur le niveau national ? Bien sûr, on ne peut pas conclure cet article sans évoquer la question de la parité en politique. C’est en accédant à tous les échelons de la représentation et de l’exécutif national, et ce dans tous les États membres de l’Union, que les femmes pourront participer pleinement à la construction politique de l’Europe.
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Denéchère Y., 2007, Ces Françaises qui ont fait l’Europe, Paris, Audibert.
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Hallier T., 2006, « Vénus endormie ? Les commissaires européennes », in Delaunay J.-M. et Denéchère Y. (dir.), Femmes et relations internationales au XXe siècle, Presses de la Sorbonne nouvelle, p. 135-142.
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Lequesne C., 1993, Paris-Bruxelles. Comment se fait la politique européenne de la France, Paris, Presses de la FNSP.
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Sanderson C., 2006, « Margaret Thatcher et la politique extérieure du Royaume-Uni : vision, conviction, intransigeance », in Delaunay J.-M. et Denéchère Y. (dir.), op. cit., p. 27-37.