2009
Informations sociales
Partie 1 : Genre et pouvoir politique
Contrepoint - Construction de l’Europe : visages de femmes
Fille d’Agénor, roi de Phénicie (l’actuel Liban élargi à la Syrie), la jeune princesse Europe fit un jour un rêve étrange, où deux continents personnifiés tentaient de la séduire. Le matin venu, pour chasser ce rêve, elle alla cueillir des fleurs dans une prairie voisine. C’est là que Zeus l’aperçut, en tomba immédiatement amoureux et l’enleva pour la conduire en Crète. Née en Asie, Europe passa donc bon gré mal gré le reste de sa vie dans l’Ouest méditerranéen, continent auquel elle donna son nom.
La construction de l’Europe politique doit certainement beaucoup à des hommes qui, de Charlemagne à Victor Hugo, en ont rêvé, et qui, comme Konrad Adenauer, Jean Monnet, Robert Schuman, Mario Soares, Helmut Schmidt, Felipe Gonzales, Pierre Pflimlin, Edouard Heath ou Jacques Delors, entre beaucoup d’autres, l’ont faite depuis 1951.
Mais l’histoire de la Communauté est également redevable à des femmes qui, si elles n’ont pas toutes laissé leur nom à des lois ou à des institutions, n’en ont pas moins joué un rôle décisif dans la construction de l’Union européenne. Trois pionnières se distinguent, dont le point commun, outre leur activité pour la cause européenne, est d’avoir porté la question des droits des femmes devant l’opinion communautaire et d’en avoir assuré la prise en considération. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, Louise Weiss (1893-1983) a Å“uvré pour le rapprochement franco-allemand et pour les premiers projets d’union européenne. Féministe de la première heure, elle était la doyenne d’âge du Parlement européen en 1979. Marcelle Devaud (1908-2008) a été, en 1947, l’une des premières femmes candidates à des élections en France. Sur le plan européen, elle a participé à de nombreuses missions à l’étranger et a siégé, pendant plus de dix ans, à la Commission femmes auprès des Nations unies. Irène de Lipkowski (1898-1995), enfin, a eu le courage, à la fin du second conflit mondial, de tendre la main en direction des veuves de guerre allemandes.
Parmi les femmes qui se sont distinguées au sein des institutions européennes depuis 1950, quelques figures se détachent, sans épuiser pour autant la liste du mérite. Beaucoup d’entre elles sont françaises : Simone Veil, la première présidente du Parlement européen en 1979, Nicole Fontaine, qui exerça les mêmes fonctions de 1999 à 2002, Catherine Lalumière, secrétaire générale du Conseil de l’Europe en mai 1989 et gestionnaire, à ce titre, d’une situation caractérisée par la chute du mur de Berlin, ou encore Élisabeth Guigou, présidente et co-fondatrice du lobby féministe Femmes d’Europe et l’une des inspiratrices du traité de Maastricht. Mais deux autres noms au moins méritent d’être cités : celui de l’Italienne Emma Bonino d’abord, qui a été, pendant cinq ans, une commissaire européenne courageuse et déterminée, affirmant ses convictions sans détours… et les mettant en pratique, et celui d’Angela Merkel, actuelle chancelière d’Allemagne.
Pierre Grelley