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L’ouvrage[*] [*] Catherine Gonnard et Élisabeth Lebovici, Femmes artistes...
suite commence avec un clin d’œil. Sur la couverture, des sortes de badges sont marqués d’un nom évoquant des artistes connus mais dotés d’un prénom féminisé : Marcelle Duchamp, Renée Magritte, Jacqueline Pollock, etc. On trouve même le nom d’une certaine Miss van der Rohe[1] [1] Il s’agit là d’un jeu de mots en abyme, puisque l’architecte...
suite. Ces patronymes ne désignent pas d’hypothétiques compagnes de ces artistes, mais la volonté de secouer l’imaginaire du lecteur en suggérant de se figurer ce qu’auraient été la production et surtout la réception de femmes artistes occupant des places majeures dans l’histoire de l’art.
2 Comme dans beaucoup d’autres domaines, les auteures constatent que l’histoire « a été cruelle » en confinant les femmes dans une place mineure et dévalorisée. Ou bien elles étaient les muses, les modèles, ou bien elles étaient des artistes maudites, comme Camille Claudel. Le projet de ce beau livre est de recenser les grandes artistes connues ou méconnues qui ont exercé ou exercent toujours leur art, à Paris, depuis et tout au long du XXe siècle. Cet inventaire se situe aussi bien dans la première moitié du siècle, qui fut l’époque faste où tout se passait dans la capitale française, qu’après la guerre, où les avant-gardes s’installaient durablement à New York.
3 Il faut d’abord rendre compte de ce que les auteures appellent les « vieilles maîtresses » de la peinture, déjà connues à la fin du XIXe siècle. Il s’agit, par exemple, de Rosa Bonheur, directrice d’une école de dessin pour jeunes filles. Spécialisée dans la peinture animalière, elle connaît un grand succès en Angleterre et aux États-Unis. Parmi celles-ci, il y a également Berthe Morisot, élève de Corot, qui sera de la première exposition impressionniste et dont l’œuvre sera promue par son époux, Eugène Manet.
4 Dans l’entre-deux-guerres, des femmes artistes participent aux différents mouvements modernes. Franciska Clausen, Florence Henri, Ragnhild Keyser et d’autres sont des élèves de l’Académie moderne, où exercent comme professeurs Fernand Léger, Marie Laurencin et Alexandra Exter, cette dernière enseignant la scénographie théâtrale et la cinématographie. Ces artistes s’engagent dans les mouvements de l’abstraction (suprématisme, purisme, constructivisme, etc.) et peignent des tableaux sans corps, renvoyant leur peinture à un universalisme hors genre. Membre de cette Académie, Marcelle Cahn participe au groupe « Cercle et carré », avant de s’orienter vers une production à base de collages et d’éléments photographiques.
5 Il n’y a pas que des peintres parmi ces artistes, mais également des sculptrices (Niki de Saint Phalle), des photographes (Claude Cahun), des cinéastes (Chantal Ackerman), jusqu’à des auteures de formes très contemporaines comme les graffitis (Miss Tic) ou le body art (Orlan). Au-delà des différentes esthétiques, sont aussi présentées les femmes qui ont compté ou qui comptent dans différents métiers de l’art. Ainsi, les galeristes sont mises à l’honneur, surtout celles qui ont conçu leur activité comme une forme de militantisme, telles Jeanne Bucher (qui organisa la première exposition de Vieira Da Silva), Denise René (Sonia Delaunay) ou Iris Clert (Dora Tuynmann).
6 Au total, ce livre redonne aux femmes leur place dans l’histoire de l’art, en (re)valorisant leurs productions mais aussi en explicitant les mécanismes qui ont permis aux hommes, pendant toute cette période, d’y exercer un pouvoir discriminant et misogyne.
7 Alain Vulbeau
Notes
[ *] Catherine Gonnard et Élisabeth Lebovici, Femmes artistes / artistes femmes : Paris, de 1880 à nos jours, Paris, Hazan, 2007, 479 p., 45 euros.
[ 1] Il s’agit là d’un jeu de mots en abyme, puisque l’architecte Mies van der Rohe avait uni, dans son pseudonyme d’artiste, les patronymes paternel (Mies) et maternel (Rohe).
POUR CITER CET ARTICLE
« Contrepoint - Elles sont artistes », Informations sociales 1/2009 (n° 151), p. 60-60.
URL : www.cairn.info/revue-informations-sociales-2009-1-page-60.htm.





