Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
158 pages

p. 8 à 11
doi: en cours

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Points de repères

n° 151 2009/1

2009 Informations sociales Points de repères

Femmes/hommes dans la prise de décision en Europe : quelques chiffres clés

Sandrine Dauphin
Ces dernières années, la visibilité apportée par les statistiques aux inégalités entre les femmes et les hommes qui persistent et se déplacent ainsi qu’aux progrès dans tel ou tel champ s’est nettement améliorée. Le rôle des institutions européennes dans la production de connaissance, qu’il s’agisse de la Commission au niveau communautaire ou du Conseil de l’Europe, a permis d’alimenter les analyses comparatives entre les situations des différents pays. Dans le domaine de ce qui est communément appelé « la prise de décision », le dernier rapport de la Commission européenne, L’égalité entre les femmes et les hommes 2008, livre un véritable état des lieux de la question, plus spécifiquement dans le champ économique. L’objectif fixé par cette production de données chiffrées sur les vingt-sept États membres est d’impulser des actions afin d’atteindre une égalité effective des femmes et des hommes. Ces actions nécessitent la collaboration des partenaires sociaux et de la société civile.
Si les orientations proposées par la Commission [1] s’appliquent à l’ensemble des États, les situations sont très diverses d’un pays à l’autre. Ceux-ci peuvent être distingués à partir de leurs aires géographiques [2] :
  • les pays scandinaves, souvent présentés comme des modèles au regard d’une égalité des sexes qui fait l’objet d’une large mobilisation tant politique que dans la société civile ;
  • les pays anglo-saxons ou libéraux, caractérisés par le « libre choix » des individus et l’expression légitime des « particularités » sur la scène publique ;
  • les pays continentaux (parmi lesquels on pourrait inscrire pour partie la France), basés sur une division traditionnelle du travail des femmes et des hommes ;
  • les pays méditerranéens, caractérisés par une étanchéité des sphères publiques et privées ;
  • enfin, les pays d’Europe de l’Est, dont l’histoire politique et les transformations sociales profondes ont bousculé la situation des femmes.

Tableau 1
Les femmes en politique
Agrandir l'image Pays Année d’acquisition du droit de...
Pays Année d’acquisition du droit de vote et d’éligibilité % de femmes ministres* % de femmes dans la chambre basse du Parlement Moyenne européenne 23,50 23,00 Allemagne 1918 37,50 31,60 Autriche 1918 42,86 32,80 Belgique 1948 40,00 35,30 Bulgarie 1944 22,22 21,70 Chypre 1960 8,33 14,30 Danemark 1915 36,84 38,00 Espagne 1931 50,00 36,30 Estonie 1918 21,43 20,80 Finlande 1906 55,00 41,50 France 1944 43,75 18,20 Grèce 1952 11,76 14,70 Hongrie 1918 12,50 11,10 Italie 1945 16,67 21,30 Irlande 1928 20,00 13,30 Lettonie 1918 21,05 20,00 Lituanie 1918 14,29 22,70 Luxembourg 1919 15,38 23,30 Malte 1947 22,22 8,70 Pays-Bas 1919 27,78 39,30 Pologne 1918 26,32 20,20 Portugal 1976 11,76 28,30 Rép. tchèque 1920 11,11 15,50 Roumanie 1946 0 9,40 Royaume-Uni 1928 22,73 19,50 Slovaquie 1920 12,50 19,30 Slovénie 1945 16,67 12,20 Suède 1921 45,45 47,00 * Le Premier ministre est comptabilisé. Source : Fondation Robert Schuman et Union interparlementaire, état de la situation au 31.07.2008.


Tableau 2
Situation des hommes et des femmes sur le marché de l’emploi
Agrandir l'image Pays Taux d’emploi en 2006 Taux d’em...
Pays Taux d’emploi en 2006 Taux d’emploi (25-49 ans) sans enfant en 2006 Taux d’emploi (25-49 ans) avec enfants en 2006 Part de femmes à temps partiel dans l’emploi total en 2007 Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Moyenne européenne 57,20 71,60 76,00 80,80 62,40 91,40 31,40 Allemagne 73,40 72,80 80,30 80,60 62,70 91,40 46,20 Autriche 63,50 83,60 87,70 68,50 92,90 41,50 Belgique 54,00 67,90 75,50 81,70 69,30 92,20 41,90 Bulgarie 54,60 62,80 74,70 76,60 61,50 81,20 2,30 Chypre 60,30 79,40 82,10 87,80 70,80 95,70 10,40 Danemark 73,40 81,20 36,50 Espagne 53,20 76,10 75,50 84,30 84,30 93,20 23,00 Estonie 65,30 71,00 82,70 86,90 66,70 92,40 11,60 Finlande 67,30 78,90 79,50 70,60 92,70 18,70 France 57,70 68,50 73,70 76,60 65,90 91,10 31,00 Grèce 47,40 74,60 64,10 82,50 57,00 96,80 10,50 Hongrie 51,10 63,80 76,10 79,10 49,80 86,10 5,70 Italie 46,30 70,50 66,70 80,70 54,60 93,80 26,60 Irlande 59,30 77,70 32,70 Lettonie 62,40 70,40 82,10 80,90 80,90 91,20 9,20 Lituanie 61,00 66,30 81,50 78,90 78,90 89,70 10,30 Luxembourg 54,60 72,60 80,20 90,30 65,00 95,70 39,70 Malte 34,90 74,50 68,70 88,60 32,60 94,00 25,30 Pays-Bas 67,70 80,90 83,80 87,90 72,70 94,50 74,90 Pologne 48,20 60,90 69,90 71,50 60,80 88,00 12,40 Portugal 62,00 73,90 77,30 82,70 76,40 94,20 16,90 Rép. tchèque 56,80 73,70 83,20 87,10 53,40 93,90 8,70 Roumanie 53,00 64,60 70,70 76,90 66,30 85,40 10,30 Royaume-Uni 65,80 77,30 82,90 84,10 63,10 91,00 42,50 Slovaquie 61,80 71,10 77,10 82,70 84,80 95,30 12,10 Slovénie 51,90 67,00 79,00 79,50 54,20 88,20 4,70 Suède 70,70 75,50 40,30 Source : Eurostat.

Or, les chiffres présentés ci-dessous conduisent à relativiser quelque peu cette typologie et à souligner à quel point il convient de connaître finement les contextes nationaux, dans un souci de pertinence des comparaisons. Ce à quoi invite également ce numéro.
À la lecture de ces tableaux, les choses apparaissent effectivement très contrastées. La sphère politique reste assurément un milieu très masculin, avec en moyenne seulement 23 % de femmes parmi les députés nationaux. Les parlements les plus féminisés sont ceux de Belgique, d’Espagne, du Danemark, des Pays-Bas, de Finlande et de Suède. En revanche, on trouve moins de 15 % de députées pour la Grèce, Malte, Chypre, l’Irlande, la Roumanie, la Slovénie et la Hongrie. Une analyse plus fine montre également que les femmes sont plus présentes au niveau régional que national. Par exemple, en France, les lois sur l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives de 2001 ont permis des conseils municipaux et régionaux paritaires. Il y a aussi davantage de femmes au Parlement européen (une moyenne de 33 %) que dans les parlements nationaux. Des travaux sur les femmes en politique [3] ont bien montré qu’outre l’effet propre des systèmes électoraux, plus les mandats sont valorisants et plus la compétition électorale pour les candidatures joue en défaveur des femmes.

Tableau 3
Les femmes dans les entreprises privées
Agrandir l'image Pays Ecart de salaire entre hommes e...
Pays Ecart de salaire entre hommes et femmes en 2006 (différence entre la moyenne des taux horaires) Part des femmes dans les emplois de direction en 2006 Moyenne européenne 15 30,10 Allemagne 22 27,00 Autriche 20 30,30 Belgique 7 33,30 Bulgarie 14 32,40 Chypre 24 19,40 Danemark 18 20,80 Espagne 13 32,30 Estonie 25 34,20 Finlande 20 France 11 35,60 Grèce 10 24,70 Hongrie 11 35,20 Italie 9 17,80 Irlande 9 27,30 Lettonie 16 37,70 Lituanie 15 46,70 Luxembourg 14 30,50 Malte 3 15,80 Pays-Bas 18 26,00 Pologne 12 32,10 Portugal 9 30,80 Rép. tchèque 18 26,50 Roumanie 10 Royaume-Uni 20 31,00 Slovaquie 8 31,80 Slovénie 22 31,20 Suède 16 30,30 Source : Eurostat.

Toutefois, il apparaît notamment difficile de trouver une stricte corrélation entre une forte présence des femmes en politique au niveau national et une meilleure participation de celles-ci à la vie économique. Ainsi, les résultats des pays du Nord de l’Europe dans le champ politique apparaissent moins brillants dans le champ économique, où les femmes travaillent pour une large part à temps partiel et où elles sont peu présentes aux postes de décision des entreprises, se situant même en dessous de la moyenne européenne [4].
Inversement, les femmes managers sont davantage présentes (plus de 35 %) en France, en Hongrie, en Lettonie et en Lituanie, alors même que leur nombre en politique est relativement faible.
D’une manière plus générale et toujours dans le champ économique, le taux d’emploi des femmes en Europe progresse chaque année, atteignant 57,2 % en 2006, pour un objectif de 60 % en 2010 fixé par la stratégie de Lisbonne [5]. Certains pays ont d’ores et déjà atteint cet objectif : l’Allemagne, l’Autriche, la Suède, les Pays-Bas, Chypre, la Finlande, les pays baltes, la Slovénie et le Portugal. Toutefois, dans les pays continentaux (centre de l’Europe) et nordiques, la forte présence des femmes sur le marché de l’emploi se décline à temps partiel. En effet, plus des trois quarts des travailleurs à temps partiel sont des femmes, soit une femme sur trois, contre un homme sur dix. Il paraît important de considérer le taux d’emploi des femmes avec et sans enfant(s) comparativement à celui des hommes. Sans surprise, les femmes avec enfant(s) se retirent sensiblement du marché de l’emploi, tous pays confondus ; a contrario, le taux d’emploi des hommes avec enfant(s) progresse.
Le rapport de la Commission européenne sur l’égalité femmes/hommes en 2008 rappelle que celles-là sont sous-représentées dans les secteurs en plein développement économique et bien rémunérés : on compte seulement 29 % de femmes ingénieurs, en moyenne, en Europe. Il met également en avant que la ségrégation sectorielle (la concentration des femmes dans les emplois traditionnellement féminins) ne baisse pas et augmente même dans certains pays. Elle est particulièrement forte en Estonie, en Slovaquie, en Lituanie, en Irlande, en Finlande et en Suède. Les différences de modalités de travail entre femmes et hommes (le recours au temps partiel, à des contrats à durée déterminée ou à des emplois de moindre qualité et moins rémunérés), ainsi que la ségrégation horizontale et verticale du marché du travail qui persiste expliquent sans doute en grande partie le fait que l’écart de rémunération entre les sexes reste stable, à 15 % en moyenne [6].
 
NOTES
 
[1]Augmentation tant quantitative que qualitative de l’emploi des femmes dans le nouveau cycle de la Stratégie européenne pour la croissance et l’emploi ; intégration d’une perspective de genre dans toutes les dimensions de la qualité du travail ; développement tant de l’offre que de la qualité des services permettant de concilier vie professionnelle et vie privée pour les hommes comme pour les femmes ; lutte contre les stéréotypes dans l’éducation, l’emploi et les médias et accent sur le rôle des hommes dans la promotion de l’égalité ; développement des outils d’évaluation d’impact des politiques dans une perspective de genre.
[2]Voir l’article de Marie-Thérèse Letablier sur les conventions de genre, page 102.
[3]Voir, par exemple Achin C., Lévêque S., 2006, Femmes en politique, La Découverte ; Phillips A., 1995, The Politics of Presence, Oxford, Clarendon Press.
[4]Voir l’article d’Elisabeth Elgán dans ce numéro, page 84.
[5]La stratégie de Lisbonne désigne l’ensemble des objectifs fixés au Conseil européen de Lisbonne de mars 2000 par les quinze États membres de l’Union européenne d’alors, sur les grandes orientations de politique économique visant à maintenir une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale.
[6]Il s’agit d’un ordre de grandeur calculé à partir des taux horaires.
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[1]
Augmentation tant quantitative que qualitative de l’emploi ...
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[2]
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[3]
Voir, par exemple Achin C., Lévêque S., 2006, Femmes en pol...
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[4]
Voir l’article d’Elisabeth Elgán dans ce numéro, page 84. Suite de la note...
[5]
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