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Informations sociales

2009/1 (n° 151)

  • Pages : 158
  • Éditeur : CNAF


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Où sont les femmes ? La question tient de l’antienne, la réponse varie peu : au sommet du monde des affaires, la présence féminine reste des plus clairsemées. En Europe, 18 des 100 entreprises les plus importantes n’ont aucune femme dans leurs instances dirigeantes (conseil d’administration et comité exécutif). 82 en comptent au moins une – et seulement 5, plus d’une [1]  Étude réalisée durant l’été 2006 sur les 100 plus grandes... [1] . Ce constat peut constituer une révélation pour de brillantes sujettes qui ont débuté en pensant l’égalité professionnelle réalisée et, chemin faisant, ne voient pas s’ouvrir grand, devant elles, les portes du management. Aussi, nombre de femmes – comme cela a été son cas – « redécouvrent le féminisme » autour de la quarantaine, affirme Avivah Wittenberg-Cox, consultante, initiatrice de la fédération European Professionnal Women Network (EPWN).

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Progressivement constituée à partir de Paris, depuis 1996, celle-ci réunit, mi-2008, dix-huit associations de femmes occupant des postes à responsabilité, qui sont implantées dans douze pays européens [2]  L’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark,... [2] . En France, EPWN dispose de trois antennes – à Paris, Lyon et Sophia Antipolis (près de Nice, dans les Alpes-Maritimes) –, qui regroupent un peu plus de 1 500 adhérentes, dont 40 % sont des ressortissantes de différents pays d’Europe et d’autres continents. Au total, ce sont quelque 3 500 cadres supérieures et entrepreneures, ayant au moins cinq ans d’expérience professionnelle – acquise en totalité ou en partie à l’international – qui participent au réseau [3]  www. europeanpwn. net [3] . Elles partagent une plate-forme Internet, reliée aux sites publics de leurs associations locales, et un Intranet où diffuser leur curriculum vitae, présenter leur entreprise et/ou leurs prestations, trouver des opportunités d’emploi et échanger – en anglais – réflexions, informations, expériences et conseils.

Accompagner les femmes dans leur gestion de carrière

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Outil-clé pour nouer des contacts et gérer sa vie professionnelle, le réseau offre à ses membres une palette de services. L’un des plus originaux est le « mentorat », un mode d’accompagnement très répandu dans les entreprises anglo-saxonnes, mais exceptionnel en France, souligne Marie-Claude Peyrache, vice-présidente d’EPWN et présidente de la branche parisienne de la fédération. Le principe en est simple : il consiste à permettre à une adhérente qui souhaite un éclairage avisé sur une problématique liée à son activité de bénéficier des lumières d’une alter ego plus chevronnée, volontaire pour ce faire. L’appariement entre les protagonistes est réalisé par une équipe ad hoc du réseau et la relation qui s’instaure entre les co-équipières dure de trois à dix-huit mois. Depuis que cette forme de compagnonnage a été lancée, fin 2005, près de deux cents binômes ont été constitués, « sur des sujets qu’on ne traite pas avec sa hiérarchie, pas sur des questions d’expertise technique », précise M.-C. Peyrache. Comment s’y prendre pour changer de poste ou d’orientation, pour se positionner dans un univers masculin, obtenir le meilleur de son équipe ou annoncer sa grossesse sont autant de problèmes pouvant être, ainsi, stratégiquement envisagés.

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Pour « booster » leur carrière, les adhérentes se voient également proposer différents programmes de sensibilisation. Certains sont axés sur l’acquisition de compétences d’ordre organisationnel ou technologique, d’autres sur le développement de compétences comportementales. Le « marketing de soi » fait partie de cette seconde catégorie. De fait, il ne suffit pas de bien faire, encore faut-il le faire savoir, c’est-à-dire se rendre visible. Or, il semble qu’à cet égard, nombre de femmes aient d’importantes marges de progression.

Des arguments pour mettre « du rose dans le gris »

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C’est aussi autour de préoccupations très pragmatiques que « se retrouvent » sur la Toile les groupes de réflexion d’EPWN. Ils planchent sur des questions comme les conditions de réussite d’un retour à la vie active après une pause professionnelle ou la mobilité des couples à double carrière. Les notes de synthèse et/ou les livres issus de ces laboratoires d’idées ne sont pas uniquement destinés à outiller les adhérentes. Il s’agit également de médiatiser la question de la place des femmes dans les fonctions de direction et de faire largement connaître les « bonnes pratiques » à même de promouvoir une plus grande mixité des instances décisionnelles des entreprises.

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Pour mettre « du rose dans le gris », comme le revendiquent, dans un blog commun [4]  http:// drdlg. blogs. com [4] , six réseaux de femmes cadres supérieures – dont EPWN –, il faut partir du haut, c’est-à-dire commencer par convaincre le président-directeur général de l’intérêt que présente, pour l’entreprise, la féminisation de ses équipes dirigeantes, explique M.-C. Peyrache, qui a été la première femme à entrer au comité exécutif du groupe France Télécom. Pour nourrir leur argumentaire, les avocat(e)s de la cause des femmes peuvent recourir à différentes études récentes. A. Wittenberg-Cox et Alison Maitland en citent plusieurs dans leur ouvrage Womenomics [5]  Éditions d’Organisation, avril 2008. [5] . Par exemple, les travaux réalisés en 2007 par l’organisme américain Catalyst. Ils font apparaître que les entreprises ayant le plus de femmes dans leur conseil d’administration obtiennent les meilleurs résultats financiers, les mieux loties à cet égard étant celles qui comptent au moins trois administratrices. Ou bien, la recherche, conduite la même année, par Amazone Euro Fund avec le cabinet McKinsey, qui vient confirmer ces bonnes performances : les entreprises européennes où la mixité est la plus élevée décrochent des résultats supérieurs à la moyenne de leur secteur en termes de rendement sur capitaux propres, de progression du prix de l’action et de résultat d’exploitation. Voilà quelques arguments sonnants et trébuchants dont tirer profit quand il faut ergoter pour justifier de sa légitimité.

Notes

[1]

Étude réalisée durant l’été 2006 sur les 100 plus grandes entreprises européennes de l’Union des vingt-cinq, par Ricol, Lasteyrie & Associés, en partenariat avec Christian & Timbers et Capitalcom.

[2]

L’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la France, l’Italie, la Norvège, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse.

[5]

Éditions d’Organisation, avril 2008.

Plan de l'article

  1. Accompagner les femmes dans leur gestion de carrière
  2. Des arguments pour mettre « du rose dans le gris »

Pour citer cet article

Helfter Caroline, « Focus - Executive women : s'entraider à gravir les échelons », Informations sociales 1/ 2009 (n° 151), p. 82-83
URL : www.cairn.info/revue-informations-sociales-2009-1-page-82.htm.

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