2009
Informations sociales
Partie 3 : Des incertitudes sur les nouveaux modes de gestion et les finalités du travail social
Focus - Expérience de développement social local à la Caf des Bouches-du-Rhône
Christel Baumet
Sous-directrice aux allocataires au Service des interventions sociales de la Caisse d’allocations familiales de Marseille.
Claudine Schoukroun
Responsable du travail social et des interventions sociales au Service des interventions sociales de la Caisse d’allocations familiales de Marseille.
Irène Rodanow-Mottet
Conseillère technique chargée de la thématique « Vie sociale et Développement social local » au Service des interventions sociales de la Caisse d’allocations familiales de Marseille.Les équipes de travailleurs sociaux des 13e et 14e arrondissements de Marseille, ainsi que du territoire d’Aubagne
L’intervention collective en travail social est une alternative au seul traitement social individuel et un complément nécessaire à la réalisation des missions des Caf, tant pour la prévention globale des exclusions et pour le soutien à la fonction parentale que pour l’amélioration du cadre de vie et le renforcement de la cohésion sociale. Elle trouve ses fondements dans la conviction que les individus, ensemble, ont des ressources à mettre en commun pour mieux appréhender les difficultés qu’ils rencontrent et peuvent contribuer au développement social de leur territoire.
C’est dans ce sens que l’un des quatre principes du projet de service du travail social de la Caf des Bouches-du-Rhône vise à promouvoir « un travail social collectif renforcé et ouvert sur le Développement social local (DSL) en développant notamment des interventions collectives ». Ces dernières prennent une réelle dimension de développement social local quand, au-delà de réunir et de relier des intérêts partagés, ces interventions permettent aussi :
- une expression et une implication plus directes des habitants dans la vie locale et dans les services qui les concernent (équipements de quartier, écoles, etc.) ;
- une mobilisation collective des personnes et de leurs capacités pour la résolution de problèmes et le développement du « mieux-être » sur un territoire (dynamique de projets, création de nouveaux services, etc.) ;
- un lien plus direct entre les aspirations des habitants et les projets partenariaux ainsi que les orientations des décideurs.
La démarche DSL s’articule donc autour d’une double dimension, prenant en compte des logiques dites « ascendantes », fondées sur la mobilisation des acteurs locaux, et des logiques de programmation issues d’orientations institutionnelles.
Contribuer au développement social dans une logique ascendante
Le parti pris pour l’exercice du travail social à la Caf des Bouches-du-Rhône se réalise sous forme d’interventions collectives ayant pour finalité «
le rétablissement de liens sociaux »
[1], en menant des actions permettant de :
- réunir des gens, partager une information, restaurer des lieux de parole et d’échange ;
- relier des personnes sur des intérêts partagés, sur des projets communs de solidarité et d’entraide mutuelle pouvant émarger à l’économie solidaire ;
- contribuer au développement du territoire, en lien avec des moyens dont dispose l’action sociale de la Caf (agréments, contrats enfance jeunesse, Lieux d’accueil enfants parents – Laep –, etc.).
Ce principe d’intervention s’appuie essentiellement sur des « projets sociaux locaux », propres à chaque équipe de travailleurs sociaux et qui, au-delà de l’offre de service de base du travail social, définissent des axes de développement du territoire dans une logique de DSL.
Les Projets d’initiatives sociales locales (PISL) sont les pivots de cette démarche. Ils visent à agir sur les dynamiques de groupe, sur la prise de conscience de recouvrer l’estime de soi, mais également sur la finalisation d’un processus de changement des rapports entre « soi et les autres », ainsi qu’entre « soi et la société ». Construits en lien avec les partenaires par les travailleurs sociaux de la Caf, pour et avec les familles, ils peuvent être financés sur des fonds Caf. L’objectif final est d’accompagner une réponse locale, partenariale, coconstruite avec les familles pouvant déboucher, le cas échéant, sur des actions partenariales concertées (formation-action des acteurs, essaimage au sein du territoire, etc.).
Une action collective partenariale par et pour les parents
Les travailleurs sociaux de la Caf du 14e arrondissement de Marseille, en s’appuyant sur un diagnostic partenarial territorial en lien avec les contrats locaux d’accompagnement à la scolarité, ont mis en place une action PISL ayant pour but la prévention de l’absentéisme scolaire. Cette action visait le moment charnière de l’entrée au collège. Dans une optique de DSL, les travailleurs sociaux ont progressivement associé les parents à cette action, jusqu’à ce que ces derniers en deviennent les véritables porteurs et acteurs. Ainsi, un groupe s’est constitué et a réalisé deux films, du tournage au montage, expliquant le fonctionnement d’un collège et la journée d’un collégien. Ces deux outils audiovisuels sont désormais à la disposition de tous les parents du secteur et apportent une réponse adaptée à leurs interrogations. Les écoles primaires, les collèges et les centres sociaux s’en sont saisis et les utilisent à présent dans leurs propres actions, dans un souci d’interactivité et de dynamique locale.
L’autre projet, conduit sur un territoire plus rural sous la forme d’une action collective partenariale, a permis de concrétiser un réseau intercommunal, « Harmonie de collines ». Sur ce territoire, composé de neuf communes, le travailleur social de la Caf a pu constater un isolement des intervenants engendrant des disparités d’information et de fonctionnement. Ce constat rejoignait l’un des objectifs du projet social local de l’équipe de travail social, à savoir la création de dynamiques intercommunales. L’action du travailleur social s’est tout d’abord concentrée sur la mise en lien des partenaires, notamment des centres communaux d’action sociale, afin d’échanger, d’améliorer les pratiques professionnelles, de partager les analyses et de construire des actions communes. Cette démarche s’est traduite par la création d’un réseau intercommunal ayant un double objectif : construire des réponses concrètes et structurer une réflexion sur le territoire. Ainsi, les acteurs ont élaboré un livret d’accueil commun recensant les ressources du territoire. De même, le réseau a conduit une démarche de diagnostic et de réflexion autour de thématiques telles que les modes de garde, le logement ou encore la mobilité.
L’action constitue aujourd’hui une dynamique qui modifie les pratiques professionnelles et inscrit les projets dans une logique de coopération et d’innovation. C’est pourquoi elle interpelle désormais les décideurs : les élus réagissent, s’informent et veulent participer notamment au projet de création d’un forum familles. C’est au travers de cette expérience qu’apparaît l’enjeu d’une bonne articulation entre les logiques ascendantes et descendantes. De fait, si une politique de développement social s’appuie sur la seule dynamique ascendante, elle risque de limiter dans le temps et dans l’espace le processus de changement induit par les dynamiques territoriales.
Les politiques publiques peuvent donc contribuer à ce processus, et ce à plusieurs niveaux :
- en impulsant de nouvelles dynamiques : le développement de dispositifs institutionnels tels que les contrats enfance, devenus contrats enfance jeunesse, a mis en mouvement le territoire, permettant aux acteurs locaux de s’approprier la thématique petite enfance et de renforcer leurs dynamiques locales (accueils itinérants, « bébébus », etc.) ;
- en étant le relais de dynamiques locales : à titre d’exemple, la création des Laep, structures de proximité centrées sur la relation parents/enfants, est souvent initiée par des collectifs de professionnels et de parents. La mise en Å“uvre et le développement de la prestation de service Laep permet de prendre le relais, de consolider l’action et de l’inscrire dans la politique publique locale. C’est dans cette logique que les Laep de la Caf des Bouches-du-Rhône se sont développés, en lien avec les centres sociaux et avec les actions collectives de parentalité ;
- en consolidant et en essaimant les expérimentations : l’initiative locale est porteuse d’innovation et d’efficacité en créant des réponses adaptées aux besoins locaux. Les politiques publiques peuvent permettre de consolider ces actions et de mutualiser la bonne pratique.
Cette articulation entre logiques ascendante et descendante suppose toutefois, dans la conception et dans la mise en Å“uvre des politiques institutionnelles, la prise en compte des valeurs et des pratiques portées par le DSL. En ce sens, il paraissait intéressant que les responsables de territoire pilotant les équipes de travailleurs sociaux et de prestations familiales soient les pivots de la politique d’action sociale territorialisée (suivi des dispositifs contractuels, des Contrats urbains de cohésion sociale, des agréments, etc.) et jouent le rôle d’interface des dispositifs institutionnels et des actions territoriales collectives portées par les travailleurs sociaux. C’est dans cette articulation, dans ce mouvement perpétuel descendant/ascendant que la Caf des Bouches-du-Rhône a essayé de contribuer au développement social local de son territoire.
[1]
in « Projet de travail social à la Caf 13 – 2001-2005 », document interne.