Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
156 pages

p. 145 à 149
doi: en cours

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Le social en recherche

n° 152 2009/2

2009 Informations sociales Le social en recherche

Le social en recherche

 
Victimes à l’abri
 
 
« Permettre la reconstruction de victimes d’infractions pénales par la création d’une structure d’accueil temporaire », Jacques Walker. Mémoire pour l’obtention du Cafdes, École supérieure en travail éducatif et social (ESTES), 3, rue Sédillot, BP 44, 67065 Strasbourg Cedex, décembre 2008, 85 p. + annexes, www.estes.fr
Dans une société où le droit était inexistant ou inopérant, il ne restait à la victime ou à l’agressé qu’à subir ou à répondre à la violence par la violence. L’émergence d’un État assumant, sous la forme d’un véritable monopole, la fonction de punition a fait largement disparaître la pratique de la vengeance mais, en même temps, a contribué à l’effacement de la présence de la victime. Tenue à l’écart de la procédure pénale, celle-ci ne peut obtenir réparation que devant une juridiction civile. Au fil de la dernière décennie, un retour certain de la victime sur la scène publique s’est effectué. Témoignage d’une insécurité à combattre ou de la compassion à manifester, on se souvient de l’image de cet homme agressé, diffusée en boucle par les télévisions françaises à quelques heures d’une élection présidentielle. Toutefois, en dépit de la loi du 15 juin 2000 renforçant la protection de la présomption d’innocence et les droits des personnes victimes, le secteur de l’aide aux victimes reste composé essentiellement d’associations, fragilisées par le faible appui des pouvoirs publics et mal intégrées dans le secteur social ou médico-social. Cette aide est d’autant plus importante que l’on sait les conséquences négatives d’une agression en termes de perte d’estime de soi, d’adoption de conduite d’évitement pouvant aller jusqu’à l’enfermement, de sentiment de culpabilité et de conduites d’autodestruction. Jacques Walker présente une intéressante innovation : la création par une association d’un lieu d’accueil et d’hébergement temporaire, le Chat perché, dont la mission est de proposer un lieu de vie et un accompagnement à des victimes, le temps d’une mise à l’abri et d’un début de reconstruction de soi. Réf. 1507
 
Éducation populaire, action sociale
 
 
« Repenser le partenariat entre l’UFCV et le secteur médico-social dans l’organisation des séjours de vacances adaptées », Philippe Régenass. Mémoire pour l’obtention du Cafdes, Institut régional du travail social (IRTS) de Franche-Comté et Institut régional supérieur du travail éducatif et social (Irtess) de Bourgogne, Irtess de Bourgogne, 2, rue du Professeur-Marion, 21000 Dijon, décembre 2008, 88 p. + annexes, http://irtess.fr www.irts-fc.fr
Les liens entre les domaines de l’éducation populaire et de l’action sociale sont plus anciens que les rapprochements ministériels actuels entre le sanitaire, le médico-social et la jeunesse et les sports. Depuis sa création, en 1907, l’Union française des centres de vacances et de loisirs (UFCV) a porté constamment un projet associant des finalités éducatives et sociales. Lorsque des associations accueillant des personnes handicapées dans des établissements se sont tournées vers l’UFCV pour proposer à leurs résidents des vacances qui ne soient pas seulement le transfert de l’établissement dans un lieu autre mais une véritable rencontre entre des personnes handicapées et d’autres, l’Union s’est naturellement engagée sur ce chemin. Actuellement, plus de 7 500 personnes handicapées partent chaque année en vacances grâce à cette association. Ces vacances ne sont pas des transferts d’établissements ni des moments éducatifs mais de véritables loisirs. Le mémoire de Philippe Régenass analyse, sans a priori ni réserve, les conditions d’une rencontre satisfaisante, le temps des vacances, entre des personnes handicapées et d’autres qui ne pensent pas l’être. L’intérêt de ce mémoire est de montrer les contraintes ainsi que les actions entreprises et à développer pour proposer une offre de séjours individuels et collectifs adaptés à des personnes handicapées physiques mais aussi mentales. Réf. 1508
 
Crèches à entrées multiples
 
 
« Instaurer un dispositif de co-éducation pour servir l’intégration d’enfants en situation de handicap dans une crèche », Chérifa Zrari. Mémoire pour l’obtention du Cafdes, IRTS Paris Île-de-France, 154, avenue Parmentier, 75014 Paris, décembre 2008, 67 p. + annexes, www.irtsparis.asso.fr
Deux enfants handicapés sont accueillis à temps partiel dans une crèche située en milieu rural. Le premier doit être alimenté par gastrostomie et le second possède un appareillage auditif. Les personnels de la crèche, dont la formation est principalement éducative, s’inquiètent de leur absence de compétences en matière thérapeutique. Les parents, s’ils souhaitent que leurs enfants se retrouvent dans un milieu de vie ordinaire, s’interrogent sur les modalités de cette intégration ainsi que sur les apports mais aussi sur les risques de cette présence. Pour les professionnels de l’éducation spécialisée, ce passage du service spécialisé à la crèche constitue un signe de réussite mais, de façon plus ambiguë, il est l’occasion de l’émergence d’un doute concernant leur identité professionnelle. Rappelant, après Amadou Hampâté Bâ, écrivain sénégalais, qu’« il faut tout un village pour éduquer un enfant », l’auteure de ce mémoire construit une démarche de co-éducation. Par ce concept, il faut comprendre autant un principe pédagogique qu’une éthique de travail, visant à identifier et à nommer les complémentarités de chacun dans l’accompagnement des enfants accueillis. S’agissant d’un mémoire pour l’obtention du Cafdes, on ne s’étonnera pas que l’accent soit mis principalement sur le rôle de l’encadrement dans la conduite de cette forme de partenariat. Réf. 1509
 
Café pour boire, café pour vivre
 
 
« Créer un atelier chantier d’insertion pour prévenir l’exclusion de jeunes adultes souffrant de troubles psychiques », Nicole Haccart. Mémoire pour l’obtention du Cafdes, Institut régional de formation aux fonctions de direction (IRFFD), Campus des formations sociales, 1011, rue du Pont-de-Lavérune, 34070 Montpellier, 2008, 86 p., www.irffd.fr
S’inspirant des cafés citoyens qui se développent depuis le début des années 2000, faisant converger vers un même espace la mode des cafés à thème et le souci de développer des espaces publics de discussion, Nicole Haccart propose d’ouvrir une boutique-café. On y trouvera de l’artisanat, des objets de décoration, du prêt-à-porter, de l’alimentation. Bien évidemment, ces produits seront tous issus des réseaux de l’économie solidaire et de la vente à distance associative. Le café proposera des boissons chaudes ou froides en provenance de l’agriculture biologique et du commerce équitable. Les sandwichs seront bio et, surtout, le café sera une vitrine de l’activité des acteurs locaux du développement durable. Il ne s’agira pas tout à fait d’un café comme les autres mais d’un atelier d’insertion ouvert à de jeunes majeurs en situation de souffrance psychique. De l’analyse des besoins de la population jeune ayant des troubles mentaux jusqu’aux modalités de recrutement des intervenants sociaux en passant par le montage budgétaire, le mémoire de Nicole Haccart constitue un véritable vade mecum pour la création de ce type de projet. Il reste toutefois une interrogation que ce travail n’aborde pas : elle porte sur le devenir de cette population lorsqu’elle atteint l’âge de 21 ans et que les structures psychiatriques de ville peinent à répondre aux demandes. Réf. 1510
 
Alzheimer, accueil de jour
 
 
« Diversifier les modes d’accueil des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer en Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) », Serge Julien. Mémoire pour l’obtention du Cafdes, IRFFD, Campus des formations sociales, 1011, rue du Pont-de-Lavérune, 34070 Montpellier, décembre 2008, 82 p., www.irffd.fr
En 1964, sur l’initiative du curé et du maire, aidés de quelques bénévoles, une petite maison de retraite d’une quinzaine de lits est créée dans une commune de l’Aveyron. Petite maison est devenue grande et s’est transformée en un établissement pour personnes âgées de 85 lits, de plus de 5 000 m2 de surface habitable. Au fil des années, l’esprit initial a perduré. Accueillant majoritairement des personnes de la commune et du canton, l’établissement est toujours géré par une association locale attachée à des valeurs de respect, de dignité et de solidarité. Convention tripartite, mise en place des outils de la loi de 2002-2, charte, projet d’établissement, livret d’accueil, conseil de la vie sociale, contrat de séjour : l’établissement s’est progressivement glissé dans la législation du secteur médico-social. Une nouvelle évolution va devoir être engagée. Le tiers de l’effectif des résidents est concerné par la maladie d’Alzheimer, or aucune prestation ou services spécifiques ne sont proposés à cette population. Faute de pouvoir mettre en Å“uvre une refonte architecturale de l’établissement, Serge Julien, le directeur, a proposé la création d’un petit service d’accueil de jour visant à favoriser le maintien à domicile des personnes malades, puis à préparer leur entrée définitive en établissement. L’étude de faisabilité de ce service constitue l’ossature de ce mémoire très rigoureux et bien écrit. Réf. 1511
 
Centre social, stabilisation
 
 
« Remobiliser les familles et les jeunes par l’inscription d’un centre social dans un dispositif territorial », Charly Duconge. Mémoire pour l’obtention du Cafdes, Centre régional de formation et de perfectionnement aux fonctions de direction (CRFPFD), Complexe scientifique de Rangueil, IAS, 23, avenue Édouard-Belin, BP 44013, 31028 Toulouse Cedex, décembre 2008, 84 p. + annexes, http://crfpfd.free.fr
Que deviennent les centres sociaux ? Le mémoire de Charly Duconge ne prétend pas répondre à la question dans son ensemble mais les indications qu’il apporte à partir de l’évolution d’un centre de la banlieue bordelaise sont plutôt éclairantes. Comme bien d’autres centres, celui-ci a connu deux périodes de vie bien distinctes. La première, du début des années 1960 jusqu’au milieu des années 1980, s’est caractérisée par un positionnement institutionnel et des missions relativement précises. Les complexités sont venues ensuite, dans le prolongement de la décentralisation, avec l’inflexion du rôle des Caisses d’allocations familiales (Caf) et l’émergence de la politique de la ville. Le centre social, s’il doit rester un lieu d’animation globale au service des familles, est amené à composer avec de multiples instances qui gèrent des politiques sociales territorialisées et avec des élus locaux qui ne partagent pas toujours les mêmes objectifs pour l’action sociale locale. Les conflits sont devenus plus fréquents, le turn-over des directions s’est accentué. Certains centres se sont définitivement abîmés dans ces tensions, d’autres ont su trouver, souvent en utilisant des modèles issus du développement social local, de nouvelles sources de dynamisme. Le centre décrit par Charly Duconge appartient à cette dernière catégorie. Développant une véritable ingénierie sociale, servie par un management dynamique et participatif, l’équipe du centre semble avoir su s’inscrire au point de rencontre des préoccupations de la ville, de la Caf, des associations locales et surtout des habitants du quartier. Réf. 1512
 
Après la crise
 
 
« Instaurer une prise en charge de qualité au service de l’accueil des usagers d’une maison d’accueil à la dérive », Frédéric Cathou. Mémoire pour l’obtention du Cafdes, IRTS, Paris Île-de-France, 154, avenue Parmentier, 75014 Paris, décembre 2008, 67 p. + annexes, www.irtsparis.asso.fr
Des établissements peuvent traverser des crises graves pouvant aller jusqu’à la remise en cause de leur existence. Créée en 1999, après un long temps de gestation du projet, cette maison d’accueil spécialisée du nord de Paris, passé le temps des enthousiasmes associatifs, a rencontré de très grandes difficultés. Les coûts d’investissement dépassant les prévisions initiales et nécessitant un recours important à l’emprunt, les unités de vie mal organisées, le non-respect du droit du travail, l’absence d’un projet d’établissement, ainsi que les manques dans l’accompagnement quotidien des personnes accueillies furent quelques-unes des sources de multiples conflits très durs entre le personnel et l’encadrement de cette maison d’accueil spécialisée. La nomination d’un administrateur provisoire devait aboutir à la reprise de l’établissement, en 2003, par une nouvelle association. Alors que de très nombreux mémoires portent sur la diversification des publics des établissements ou sur les innovations à mettre en Å“uvre pour répondre aux orientations nouvelles des politiques, le travail de Frédéric Cathou s’interroge sur les conditions et sur les modalités qui rendent possible une sortie de crise. L’auteur souligne le rôle d’une démarche managériale appliquée à l’ensemble de l’institution, qui, tout en rassurant les équipes et en renouant avec une participation régulière des personnels et des résidents, réaffirme les missions et recadre les façons de faire. Réf. 1513
 
Des choix pour une fin de vie
 
 
« Restructurer un foyer d’hébergement en réponse au projet de vie de retraite de travailleurs d’établissements et services d’aide par le travail », Marie-Brigitte Maris. Mémoire pour l’obtention du Cafdes, IRTS, Nord-Pas-de-Calais, rue Ambroise-Paré, BP 71, 59373 Loos Cedex, décembre 2008, 80 p.
Pascal, adulte trisomique, « toujours joyeux et de bonne humeur », a été atteint par la maladie d’Alzheimer. Perte de la parole, de la mobilité, il a dû quitter le centre où il vivait et travaillait pour aller à l’hôpital les derniers mois de sa vie. Lorsqu’il a fallu orienter Francine vers une maison de retraite médicalisée après une hospitalisation, elle est partie dans le premier établissement qui l’a acceptée. Aucun contact préalable n’avait été pris ni aucune information du personnel de l’établissement d’accueil transmise concernant le handicap intellectuel dont elle souffrait. Ces deux exemples, parmi d’autres, illustrent les difficultés rencontrées par les personnels des Établissements et services d’aide par le travail (autrefois des centres d’aide par le travail et maintenant des Esat) lorsque les personnes accueillies arrivent en fin de vie. Passage à la retraite, accompagnement du vieillissement et de la maladie jusqu’à la mort, les Esat ne sont pas tous préparés à ces nouvelles missions. La tentation existe alors de transférer ces personnes handicapées vieillissantes dans des établissements de type Ephad. On peut aussi imaginer de faire évoluer certains Esat pour leur permettre de maintenir dans ce qui fut leur domicile des personnes qui ne souhaitent pas perdre leurs repères et leurs habitudes de vie. Cette seconde stratégie est développée par Marie-Brigitte Maris, dans un mémoire qui laisse une place importante aux personnes hébergées. Réf. 1514
 
L’insertion comme processus
 
 
« Redéfinir le projet d’une entreprise d’insertion pour favoriser l’employabilité des publics accompagnés », Marc Darand. Mémoire pour l’obtention du Cafdes, Institut du travail social de Tours, 17, rue Groison, 37075 Tours Cedex, décembre 2008, 77 p. + annexes, www.its-tours.org
Le point d’équilibre entre les deux logiques qui guident une entreprise d’insertion est complexe à atteindre. La recherche d’une trop forte rentabilité, voire même d’une trop grande qualité de service, remet en question l’objectif d’accueil des publics éloignés du marché du travail. Directeur d’une telle entreprise qui intervient dans le domaine de l’environnement et des espaces verts, Marc Darand conduit, à travers ce mémoire, une passionnante réflexion sur les indicateurs utilisés pour analyser l’efficacité des entreprises d’insertion, et, en particulier, sur le taux de sortie vers l’emploi. Lorsque, dans une entreprise d’insertion, les résultats économiques et sociaux sont plutôt bons, n’est-ce pas justement parce que celle-ci s’éloigne de sa mission en accueillant des publics moins fragiles, dotés d’une plus grande capacité de travail ? L’auteur affronte ce paradoxe en proposant un changement de perspective et de projet. Si la finalité de l’entreprise d’insertion n’était pas de vendre des services ou de permettre un accès à l’emploi, mais plutôt de renforcer l’employabilité des personnes accueillies, nous sortirions de ce paradoxe impossible entre l’économique et le social. Bien entendu, les indicateurs de résultats doivent changer. Le mémoire montre que c’est toute la logique de l’entreprise d’insertion qui doit bouger. Pour Marc Darand, le jeu en vaut la chandelle. Réf. 1515
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