Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
156 pages

p. 40 à 48
doi: en cours

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Partie 1 : Des mutations sociales et institutionnelles d'ampleur

n° 152 2009/2

2009 Informations sociales Partie 1 : Des mutations sociales et institutionnelles d’ampleur

Les enjeux contemporains du travail social en Europe

Évelyne Baillergeau Sociologue, elle est chercheure au Cremis (Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales et les discriminations), professeure associée au département de sociologie de l’Université de Montréal et chercheure associée au Centre de recherches sociologiques sur le droit et sciences pénales (CNRS-France). Au cours des quinze dernières années, elle a mené diverses recherches sur les pratiques d’intervention sociale aux Pays-Bas, dans une perspective de comparaison avec d’autres pays européens, puis au Québec, à partir de 2005.
Quels sont les principaux éléments d’unité et de diversité du travail social européen ? Malgré l’existence d’un socle commun, les formes et les sources d’inspiration du travail social peuvent être très variables d’un pays à l’autre. Au cours des deux dernières décennies, les travailleurs sociaux européens ont néanmoins été confrontés à de nouveaux défis communs, liés à l’évolution des problèmes sociaux auxquels doivent faire face les publics visés mais aussi à celle des cadres d’intervention. Les principaux défis actuels sont analysés à l’aune d’observations concernant plus particulièrement les pratiques d’intervention sociale visant les jeunes dans différents pays d’Europe occidentale.
Comparer le travail social dans les pays d’Europe de l’Ouest revient à repérer les éléments communs et ceux qui diffèrent d’un pays à l’autre. Si les champs d’intervention sont relativement homogènes, les modalités et les outils de l’action sont très disparates. Toutefois, l’augmentation du nombre de travailleurs pauvres, le vieillissement de la population et les enjeux liés à la diversité ethnoculturelle constituent autant de défis partagés par les travailleurs sociaux européens.
Offrir un regard européen sur le travail social en l’espace de quelques pages est une entreprise délicate. En effet, si certains chercheurs ont mis en évidence le flou qui entoure cette notion en France, en qualifiant de « nébuleuse de métiers disparates » l’ensemble des intervenants qui mettent en Å“uvre le travail social (Ion et Ravon, 2005), on pourrait en dire autant des autres pays européens. Cela tient en grande partie à la nature de l’objet du travail social. En effet, même si cette notion présente des équivalents dans la plupart des pays européens, la délimitation du champ du travail social est une question épineuse dans bien des pays. En outre, la difficulté de la tâche réside dans le fait que, si le travail social a inspiré la rédaction de nombreux écrits d’un bout à l’autre de l’Europe, il n’en demeure pas moins que très peu d’ouvrages offrent une vision synthétique de ce champ à l’échelle de l’Europe – tout au moins si l’on s’en tient à une définition large du travail social, comprenant l’intervention sociale dans son ensemble, au-delà du domaine d’exercice des « assistant(e)s de service social », au sens français du terme. Cet article s’attache néanmoins à esquisser les principaux éléments d’unité et de diversité de cette « nébuleuse » du travail social européen, avant de présenter quelques défis majeurs qui se présentent aux praticiens. Pour cette dernière partie, l’analyse est principalement focalisée sur l’intervention sociale en direction des jeunes.
 
Homogénéité du champ : assurer le bien-être social
 
 
Pour présenter très brièvement le champ du travail social en Europe, je voudrais tout d’abord en montrer la relative homogénéité. En effet, dans tous les pays européens, il existe un champ couvert par des pratiques spécifiques visant à la prise en charge de l’incapacité provisoire ou durable de certaines personnes à assurer leur « bien-être social » (social welfare en anglais) ; celui-ci peut être défini au sens étroit (assurer sa subsistance et celle de sa famille) en certains lieux et/ou à certaines époques, ou au sens large (assurer son épanouissement personnel dans la société, bien au-delà de la satisfaction des besoins élémentaires des individus et des familles) en d’autres lieux et/ou à d’autres époques. En Europe, et plus largement dans l’ensemble des sociétés occidentales, ce champ de pratiques puise sa source dans des initiatives de la bourgeoisie philanthropique inspirée par la tradition chrétienne de la charité (Jovelin, 2008). La principale forme d’intervention est alors l’assistance prodiguée aux « pauvres ». À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, de nouveaux courants de pensée se font jour et contribuent à ouvrir de nouvelles perspectives pour le travail social, lesquelles s’épanouissent plus nettement à partir des premières décennies du XXe siècle, dans le sillage des pionniers de la pédagogie sociale, de l’éducation populaire et de l’organisation communautaire (Lorentz, 1994). En plus de proposer de nouveaux angles d’approche et de nouveaux outils, ces différents courants de pensée offrent une perspective critique sur le socle de l’assistance, qui se cantonne, selon les instigateurs de ces courants, à soulager la misère sans chercher à contribuer à faire évoluer le système qui la génère. Dans la plupart des pays, le champ du travail social a d’abord été investi par des bénévoles qui ont fait place à des professionnels, formés dans des écoles spécifiques à partir du tournant du XXe siècle [1]. Dans l’ensemble, il existe une assez grande diversité d’intervenants mais celle-ci est très variable d’un pays à l’autre. D’une manière générale, il existe, dans la plupart des pays, une figure centrale du travail social, celle qui correspond à l’assistant(e) de service social français(e) – social worker au Royaume-Uni, Sozialarbeiter en Allemagne, maatschappelijk werker aux Pays-Bas et en Flandre, trabajador social en Espagne, etc. –, dont les missions gravitent autour de l’assistance aux personnes et aux familles en difficulté sociale ou économique. Ces figures sont à la fois les plus anciennes et les plus structurées autour de métiers – si ce n’est de professions à part entière – dont l’exercice est réservé aux titulaires d’un diplôme spécifique. Ces intervenants sont également représentés dans un regroupement international, l’Association internationale des travailleurs sociaux [2], dont il existe une section européenne. Il est enfin à noter que les établissements qui dispensent des formations dans le champ de l’assistance sociale disposent d’une Association européenne des écoles de formation de travailleurs sociaux [3].
 
Disparité des thèmes et des actions d’intervention
 
 
Ces éléments d’unité ne doivent pas occulter la présence d’importantes disparités dans le monde européen du travail social. Tout d’abord, nous avons vu que le terme français de « travail social », même s’il vient de l’anglais, n’a pas le même sens que son ancêtre, le social work, qui désigne un champ de pratiques en principe plus restreint. D’un pays à l’autre, les termes n’ont pas la même signification et ils ne recouvrent pas les mêmes réalités. Les grandes variations du point de vue des relations entre le travail social et les politiques publiques accentuent encore le phénomène. Malgré leur lien originel avec le monde caritatif privé évoqué ci-dessus, les pratiques des intervenants sociaux ont très tôt pu bénéficier de fonds publics. Dans les pays où un État-providence s’est développé au cours du XXe siècle, le travail social est fortement lié aux politiques sociales de l’État en général et à la mise en Å“uvre des différents volets de la protection sociale en particulier. Mais, de la même manière qu’il existe plusieurs formes d’État-providence en Europe (Esping-Andersen, 1990), les politiques sociales ne se sont pas étendues de manière uniforme dans les mêmes divers champs de la protection sociale. Certains États ont, par exemple, investi dans le domaine du logement social, d’autres pas du tout ou très peu. De surcroît, certains ont développé, ou soutiennent, des dispositifs visant à combler le décalage entre l’ouverture théorique de droits sociaux et l’accès réel à ces droits (c’est toute la problématique du non-recours), en intervenant auprès des ayants droit, en vue de favoriser leur accès aux prestations et aux services sociaux, tandis que d’autres se cantonnent principalement à l’ouverture des droits. Du fait de ces disparités au niveau des thèmes comme au niveau des outils d’intervention, les mandats qui fondent l’action des travailleurs sociaux peuvent être très variables d’un pays à l’autre (Campanini et Frost, 2004). De plus, alors qu’un certain nombre de pratiques liées au travail social reposent sur des services publics dépendant de l’État ou de collectivités territoriales publiques, d’autres sont le fait de structures associatives, certaines percevant des crédits publics, d’autres non. Dans certains pays, l’ensemble de ces cas de figure coexiste, tandis que dans d’autres, le travail social repose essentiellement sur l’initiative privée. C’est notamment le cas en Europe du Sud. Il existe également de grandes variations au niveau des systèmes d’enseignement du travail social – qui sont certes en cours d’harmonisation dans le cadre du processus de Bologne. Dans la plupart des pays, les formations sont liées au milieu universitaire, dans d’autres non, à l’instar de la France (Frost et alii, 2007). Dans certains pays, il existe enfin des formations doctorales spécifiques au travail social tandis que d’autres pays n’en ont pas (Laot, 2002).
Par ailleurs, l’influence des courants de pensée nés au XIXe siècle sur la diversification des pratiques sociales n’est pas la même d’un bout à l’autre de l’Europe : la pédagogie sociale est surtout déterminante en Allemagne ainsi qu’en Europe septentrionale et centrale, tandis que l’éducation populaire dispose d’une certaine audience en Europe occidentale, et l’organisation communautaire au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Belgique et en Europe du Sud. De plus, autour de la figure de l’assistant(e) de service social, la formalisation des autres métiers du social est très variable d’un pays à l’autre. Dans certains d’entre eux, comme en Allemagne, l’influence des principes de la pédagogie sociale a donné lieu à l’émergence d’un champ d’intervention plus ou moins autonome (Niemeyer, 2003). Dans d’autres, tels que les Pays-Bas ou la Pologne, l’influence de la pédagogie sociale sur certaines pratiques est indéniable mais sans que l’on puisse réellement parler de métier spécifique. Il en va de même pour l’organisation communautaire : autant le community worker britannique ou l’opbouwwerker néerlandais sont des figures plus ou moins spécifiques (Baillergeau, 2002), autant l’organisation communautaire ne constitue qu’une modalité de l’intervention parmi d’autres pour les trabajadores sociales espagnols (Llobet, 2007). Quant à la France, cette approche y est pour le moins absente. En revanche, l’idée d’animation socioculturelle, si présente dans ce pays, est extrêmement difficile à traduire en certaines autres langues européennes, notamment les langues germaniques (Gillet, 2004 ; Smith, 1999).
 
Des enjeux communs
 
 
On voit donc qu’au-delà de l’existence d’un socle partagé, les formes du travail social peuvent être très variables d’un pays à l’autre. Les travailleurs sociaux européens sont néanmoins confrontés à un certain nombre de défis communs à l’heure actuelle. En effet, dans l’ensemble des pays européens, le monde du travail social est fortement perméable au contexte sociopolitique, où l’on peut désormais lire deux tendances qui se révèlent contradictoires à certains égards. D’une part, la sortie de l’ère industrielle ainsi que la remise en cause du salariat et des protections qui lui sont associées ont conduit à l’émergence de nouvelles formes de vulnérabilité sociale (Castel, 1995). Incarnées par de nouvelles catégories d’exclus telles que le « chômeur de longue durée » et, de plus en plus, le « travailleur pauvre » (qui doit combiner plusieurs « petits boulots » pour parvenir à un revenu tout juste décent), ces formes de vulnérabilité contribuent à la multiplication et à la complexification des problématiques auxquelles les travailleurs sociaux doivent désormais faire face. Ce mouvement de complexification est également alimenté par deux autres évolutions majeures qui concernent l’ensemble des pays européens : le vieillissement et la diversification ethnoculturelle de la population. D’autre part, les politiques sociales qui constituent le socle des pratiques d’intervention sociale depuis l’essor de l’État-providence ont connu de profondes transformations au cours des deux dernières décennies. En particulier, l’infiltration des principes néolibéraux dans les politiques publiques contribue à la précarisation des moyens d’intervention alloués par les pouvoirs publics aux professionnels de l’action sociale. La concomitance de ces deux tendances majeures concernant les publics visés et le contexte d’intervention contribue à la fois à l’émergence de nouvelles détresses et à l’affaiblissement des ressources disponibles pour les intervenants (Baillergeau et Bellot, 2007). Elle concourt également à l’évolution des pratiques des travailleurs sociaux dans le sens d’une homogénéisation, à l’échelle européenne, autour de nouveaux thèmes et de nouveaux dispositifs d’intervention. Je me propose de développer cette idée, et les enjeux qui en découlent, en mettant l’accent sur les pratiques sociales qui concernent particulièrement les jeunes.
 
Une illustration par la jeunesse
 
 
Pour ce faire, je prends pour référence ce qu’on appelle en anglais le youth work (littéralement : travail auprès des jeunes), une notion difficile à traduire en français, qui désigne l’ensemble des interventions visant à promouvoir auprès des jeunes (au sens large : enfants et jeunes adultes) les loisirs, l’éducation et l’aide sociale – que ces trois objectifs soient pris séparément ou qu’ils soient combinés deux à deux, voire trois à trois. Parmi cet ensemble d’interventions, je m’intéresse plus particulièrement à celles qui ne visent pas uniquement les loisirs. Il s’agit donc de regrouper sous une même expression – l’intervention sociale auprès des jeunes – des pratiques qui, en France, peuvent relever des animateurs mais aussi des éducateurs, deux domaines beaucoup plus disjoints dans ce pays que dans bien d’autres pays européens. Précisons d’emblée que l’éducation est ici entendue au sens informel du terme [4].
Pour l’ensemble de ces pratiques, les transformations récentes des politiques sociales se sont traduites par un recentrage sur des publics jugés prioritaires. Jusque dans les années 1980, il était possible de percevoir d’abondants fonds publics afin de promouvoir des pratiques destinées à l’ensemble des jeunes sans distinction, par exemple pour des équipements socioculturels. Or, depuis quelques années, il faut de plus en plus avoir vocation à toucher les jeunes les plus démunis pour percevoir de tels fonds, au besoin en se basant sur les revenus familiaux. Cette tendance a pour effet de rendre plus difficile à concrétiser la mixité souhaitée par certains équipements en vue de favoriser un brassage social dès la première phase de la vie des personnes. De plus, la lecture territorialisée des problèmes sociaux (autour des notions de quartiers sensibles, de quartiers en crise, etc.), que l’on connaît bien en France depuis les années 1980, prévaut également dans bon nombre de pays européens. Parallèlement, les dispositifs dans lesquels s’insèrent les pratiques d’intervention sociale auprès des jeunes sont de plus en plus ciblés sur certains quartiers jugés prioritaires en raison de la concentration de « problèmes sociaux » dans ces endroits [5]. Cette tendance est fortement alimentée, depuis la fin des années 1980, par l’existence de fonds européens visant spécifiquement à la rénovation immobilière et sociale de ceux-ci (les programmes Urban I et II notamment). Ces programmes entraînent la concentration de la majeure partie des moyens publics débloqués pour la lutte contre la pauvreté et « l’exclusion » sur ces quartiers, ce qui n’est pas sans conséquence pour l’activité des intervenants sociaux impliqués directement ou indirectement dans la mise en Å“uvre des politiques sociales.
Une autre tendance lourde au cours des deux dernières décennies est l’émergence – ou la réémergence – du thème de l’insécurité dans le champ de l’intervention sociale. À partir des années 1980, on note un regain d’attention pour la délinquance des jeunes et notamment pour les actes de « petite délinquance ». Dans le cadre de la politique de la ville française, il existe un volet spécifiquement consacré à la prévention de la délinquance et c’est également le cas dans d’autres pays européens comme les Pays-Bas et la Belgique, à partir des années 1990. Progressivement, les travailleurs sociaux du champ jeunesse ont été appelés à intervenir dans une optique de prévention de la délinquance, tout autant que dans une perspective d’insertion des jeunes dans la société, pour reprendre une formulation fréquente des objectifs communs à ces intervenants. C’est notamment le cas au Royaume-Uni, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne (Schaut, 2000 ; Baillergeau et Schaut, 2001). Depuis les années 1990, non seulement le souci de la délinquance mais aussi le sentiment d’insécurité entourant la présence de jeunes se sont affirmés. C’est sans doute en France que la problématique des « violences urbaines » a reçu le plus large écho. Néanmoins, les voisins européens ne sont pas en reste pour produire des termes traduisant les nuisances – voire les peurs – vécues par certains citoyens en la présence de jeunes marginalisés : les Neet (Not currently engaged in employment, education or training – désignant les jeunes de 16 à 18 ans qui ne sont ni à l’école, ni au travail ni en stage) au Royaume-Uni, les risicojongeren (« jeunes à risque ») et les hangjongeren (« jeunes qui traînent ») aux Pays-Bas. À travers ce vocabulaire, ce ne sont plus tant les délits qui sont en mis en cause que le risque de délit, voire même le comportement des jeunes, considéré comme « antisocial ». L’attention envers ce type de comportement est également perceptible en Espagne, de même que la tendance à établir un lien direct entre risque social et délinquance (Costa et al., 1999).
Bien au-delà des rubriques des faits divers des journaux, ces termes sont également au cÅ“ur de dispositifs d’intervention globale, comportant à la fois des mesures de lutte contre le chômage et contre la délinquance, suivant la tendance que l’on connaît dans la politique de la ville française. Ces dispositifs impliquent une large palette d’intervenants représentés ou même présents dans les quartiers où vivent les jeunes visés. Parmi ces intervenants, de nombreux travailleurs sociaux sont désormais appelés à coopérer avec d’autres acteurs, tels que les enseignants mais aussi les policiers. Ils doivent alors négocier leurs priorités et leurs façons de faire qui ne sont pas toujours très compatibles, et ce dans un contexte qui ne leur est pas nécessairement favorable. La coopération entre les intervenants sociaux et la police ne pose pas spécialement de problème dans certains pays où celle-ci s’est depuis longtemps impliquée dans la mise en place de dispositifs visant à se rapprocher de la population, tels que la police de proximité (par exemple aux Pays-Bas). Dans d’autres pays où elle a gardé un visage essentiellement répressif, la coopération est plus délicate (comme en Belgique, cf. Baillergeau et Schaut, 2001). Ces contextes en évolution sont d’autant plus délicats à aborder pour les travailleurs sociaux qu’ils doivent en même temps appréhender de nouveaux thèmes, tel celui de la parentalité, où il s’agit d’intervenir très en amont de la question de la délinquance ou du chômage. Ces thèmes, parfois largement investis par les institutions européennes (Conseil de l’Europe, 2007), ne sont pourtant pas sans poser de question d’ordre normatif aux intervenants sociaux.
***
Ce nouveau contexte et ces nouveaux thèmes d’intervention contribuent à faire ressortir l’ambivalence originelle de l’assistance, qui a suscité tant de débats sur les valeurs du travail social tout au long de son histoire : s’agit-il de soulager la misère et/ou de conjurer le péril social présumé lié à celle-ci ? À cette ambivalence s’ajoute la question, jamais clairement tranchée depuis le début du XXe siècle, relative à l’oscillation des pratiques du travail social entre deux pôles : l’objectif est-il d’alléger les souffrances découlant des déséquilibres sociaux et/ou de contribuer à faire évoluer le système qui génère ces déséquilibres ? La permanence de ces débats montre, une fois de plus, que le travail social ne repose pas sur un système de valeurs homogènes. De ce point de vue, la situation française n’est pas très éloignée de celle de ses voisins européens. En ce qui concerne l’action sociale auprès des jeunes, elle présente cependant une difficulté supplémentaire, tenant aux divisions au niveau des champs et des logiques d’intervention (entre animation et éducation), qui compliquent la formulation de priorités communes à négocier avec d’autres intervenants et contribuent donc à affaiblir le poids des travailleurs sociaux.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Baillergeau É., 2002, « L’opbouwwerk, la promotion de la participation des habitants aux Pays-Bas, entre militantisme et pratique professionnelle », thèse de doctorat, Grenoble, Université de Grenoble-II.
·  Baillergeau É. et Bellot C. (dir.), 2007, Les transformations de l’intervention sociale, entre innovation et gestion des nouvelles vulnérabilités, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, coll. « Problèmes sociaux et interventions sociales ».
·  Baillergeau É. et Schaut C., 2001, « Social Work and the Security Issue in The Netherlands and Belgium », European Journal on Criminal Policy and Research, vol. 9.
·  Campanini A. et Frost E. (dir.), 2004, European Social Work. Commonalities and Differences, Rome, Carocci.
·  Cannan C., Berry L. et Lyons K., 1992, Social Work and Europe, Londres, Macmillan.
·  Castel R., 1995, Les métamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat, Paris, Fayard.
·  Conseil de l’Europe, 2007, « La parentalité dans l’Europe contemporaine : une approche positive », La Documentation Française.
·  Costa M., Mato J. et Morales J. M., 1999, « El comportamiento antisocial grave en jóvenes y adolescentes », in Ortega J. (dir.), Educación social especializada, Barcelone, Ariel Educación.
·  Esping-Andersen G., 1990, The Three Worlds of Welfare Capitalism, Cambridge/Princeton, Polity Press/Princeton University Press.
·  Frost E., Freitas M. J. et Campanini A., 2007, Social Work Education in Europe, Rome, Carocci.
·  Gillet J.-C. (dir.), 2004, L’animation professionnelle et volontaire dans vingt pays, Paris, L’Harmattan, coll. « Animation et territoires ».
·  Ion J. et Ravon B., 2005, Les travailleurs sociaux, Paris, La Découverte, coll. « Repères », n° 23.
·  Jovelin E. (dir.), 2008, L’histoire du travail social en Europe, Paris, Vuibert, coll. « Perspectives sociales ».
·  Laot F., 2002, « Recherches en travail social : l’échelle européenne », Vie sociale, n° 2.
·  Llobet M., 2007, « La créativité sociale comme stratégie pour renforcer la perspective communautaire », Pensée plurielle, n° 15.
·  Lorenz W., 1994, Social Work in a Changing Europe, Londres, Routledge.
·  Niemeyer C., 2003, Sozialpädagogik als Wissenschaft und Profession. Grundlagen, Konzeptionen, Perspektiven, Weinheim, Münich, Juventa.
·  Schaut C., 2000, « Travail social et nouveaux dispositifs, entre tensions et redéfinitions », in Campenhoudt L. van et alii (dir.), Réponses à l’insécurité, des discours aux pratiques, Bruxelles, Labor.
·  Smith M. K., 1999, « Animation », Encyclopædia of Informal Education (http:// www. infed. org/ animate/ b-animat. htm) ; 1999, « Youth Work : an Introduction », Encyclopædia of Informal Education (www. infed. org/ youthwork/ b-yw. htm).
 
NOTES
 
[1]La première école de travail social a été fondée à Amsterdam, en 1899. D’autres ont rapidement suivi au Royaume-Uni et aux États-Unis.
[2]http:// www. ifsw. org
[3]http:// www. eassw. org
[4]Il faut cependant noter que, dans certains pays européens, les liens entre l’éducation informelle et l’éducation formelle (celle qui mène à l’obtention d’un diplôme, à une qualification) sont plus développés que dans d’autres pays.
[5]La localisation des concentrations de la pauvreté en banlieue a longtemps été une particularité française. Cela dit, si les « quartiers en crise » britanniques, néerlandais, espagnols ont d’abord été principalement situés dans les quartiers anciens au cÅ“ur des villes, ils tendent désormais à s’en éloigner du fait du mouvement généralisé de reconquête des quartiers anciens par les couches moyennes et aisées, bien au-delà de l’Europe d’ailleurs.
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Il faut cependant noter que, dans certains pays européens, ...
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