Informations sociales
CNAF

I.S.B.N.sans
156 pages

p. 59 à 59
doi: en cours

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Partie 2 : Des pratiques professionnelles en quĂȘte de redĂ©finition

n° 152 2009/2

2009 Informations sociales Partie 2 : Des pratiques professionnelles en quête de redéfinition

Contrepoint - Interculturalité et pratiques professionnelles

Caroline Helfter
L’intervention des travailleurs sociaux auprès des publics migrants, ou de ceux qui sont perçus comme tels, n’est « ni aisée ni neutre », explique Faïza Guélamine, chercheure en sociologie, responsable des formations supérieures à l’Institut régional de travail social de Montrouge [*]. Comme tout usager, les personnes immigrées doivent voir leur singularité respectée. Mais elles ont également besoin de professionnels qui reconnaissent leurs différences sans considérer que celles-ci sont figées une fois pour toutes. À cet égard, les travaux sur l’interculturalité sont d’un apport précieux. En permettant de mieux comprendre les cultures et leur incidence sur les comportements humains, ainsi que la relativité des normes sociales, l’approche interculturelle crée les conditions favorables au dialogue entre les praticiens et les migrants ou leurs descendants.
Pour se garder des risques d’ethnocentrisme, les travailleurs sociaux doivent pouvoir se distancier de leur propre système de référence et prendre en considération les particularités culturelles de leurs interlocuteurs. Cependant, il leur faut aussi « éviter de mettre au seul compte de la culture tout ce qui ferait obstacle à la communication », souligne F. Guélamine. Les caractéristiques propres à chaque famille – histoire, projet migratoire, conditions d’existence, environnement, relations intrafamiliales – sont autant d’éléments à envisager pour ne pas se livrer à une lecture culturaliste, réductrice des situations.
L’asymétrie d’une relation pouvant être vécue comme intrusive est également une dimension à ne pas ignorer. Toute famille, quelle qu’elle soit, vit souvent douloureusement la mise en question de son fonctionnement. Aussi, l’adhésion de parents immigrés à des modèles éducatifs éloignés de ceux qui leur sont proposés par les travailleurs sociaux n’est pas forcément l’unique raison des réticences manifestées par les intéressés devant l’intervention d’un juge pour enfants. Autrement dit, ce qui est désigné comme la « culture d’appartenance » n’a pas à tenir lieu de dogme simplificateur de phénomènes souvent complexes, insiste la chercheure.
Pour éviter de « réifier l’immigré, sa culture, sa religion, son “étrangeté” », la connaissance des cultures étrangères est intéressante, parce qu’elle fournit quelques clés de compréhension des comportements d’autrui. Mais attention aux savoirs anthropologiques mal maîtrisés, met en garde F. Guélamine : ils peuvent conduire à enfermer l’usager migrant dans des représentations, sans doute moins exotiques que les préjugés les plus stéréotypés, mais tout aussi gênantes pour entendre son désir d’entrer dans un processus de changement. Les identités culturelles, particulièrement en situation migratoire, ne sont pas des données de nature mais des constructions sociales dynamiques liées au contexte spécifique dans lequel elles s’inscrivent.
 
NOTES
 
[*]Faïza Guélamine, Action sociale et immigration en France, Paris, Dunod, 2008, 2e éd.
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