2009
Informations sociales
Partie 2 : Des pratiques professionnelles en quête de redéfinition
Contrepoint - La ville et ses métiers
Alain Vulbeau
Dans le contexte politique du rapport Sueur et du lancement des politiques « Nouveaux emplois, nouveaux services », Édith Heurgon et Nikolas Stathopoulos publient, en 1999, un ouvrage sur les métiers de la ville, issu du colloque de Cerisy de 1998
[*]. Malgré ses dix ans d’âge, cette publication (dont certains éléments furent repris dans le rapport Brévan-Picard de 2001) reste un des rares repères sur la question des métiers de la ville et, à ce titre, elle permet de revenir sur des questionnements et des solutions qui restent à l’ordre du jour.
La problématique des métiers de la ville s’inscrit dans un espace politique où il apparaît nécessaire d’agir en même temps sur le lien social et sur le développement économique. Il s’agit d’une voie mixte où le social et l’économique sont censés s’articuler : le social apporte son âme et l’économique, ses ressources. Les points d’entrée de ces métiers ont été, entre autres, la violence et la gouvernance.
Les métiers de la violence ont pour origine les troubles importants que connaissent régulièrement certains quartiers d’habitat social ainsi que les pratiques délinquantes plus constantes (trafics divers). Les référents de l’action sont parfois nord-américains (tolérance zéro, théorie de la vitre cassée) et placent la police au centre mais, dans ce cas, c’est faire porter à cette institution un rôle de « bout de chaîne » dans la prise en charge de la question sociale. Une série de pistes ont commencé à être envisagées, comme la police de proximité et le recours à la community, groupe de voisinage ou de projet local. C’est de cette communauté que peuvent émerger des médiateurs, habitants et/ou militants pouvant, à terme, se professionnaliser, comme ce sera le cas des femmes-relais.
Les métiers de la gouvernance renvoient à plusieurs préoccupations. Il s’agit de repenser la fonction sécurité par une prise en charge répartie dans diverses institutions. Ainsi, dans le secteur du logement social, les bailleurs peuvent intégrer certaines dimensions de cette fonction dans le profil de poste d’agents de proximité. Il y a la responsabilité de transformer le passage au conflit physique en proposant des possibilités d’affrontements démocratiques, ce qui suppose une prise en compte et un respect de l’altérité. On cherche également à intégrer l’écologie dans le champ de la sécurité urbaine, en promouvant la qualité d’usage et de perception des espaces privés ou publics.
Les nouveaux métiers, où l’implication des femmes est à noter, sont centrés sur l’interface et sur la médiation. Ils permettent aux institutions de reprendre pied sur le territoire. Il serait bon de restaurer la fonction de « receveur », qui existait autrefois à la RATP, en ne limitant pas ce terme à une fonction technique mais en y incluant une dimension d’hospitalité. Le savoir-faire central des métiers de la ville consiste à mettre en jeu la participation des habitants, ce qui peut se concevoir avec la notion de coproduction. Ce terme est méthodologique car il permet de poser un diagnostic et d’envisager des solutions : si les problèmes entre une institution et son public sont coproduits (et non dus à une seule des deux parties), les solutions peuvent l’être aussi, ce qui suppose bien la participation du public et non la seule compétence institutionnelle.
[*]
Édith Heurgon, Nikolas Stathopoulos,
Les métiers de la ville, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 1999.